Archives
13 février 2015

Péril en cuisine

La chronique de Xavier Filliez, un Suisse expatrié à New York.

Vue à travers la baie vitrée d'une personne en train de manger dans un restaurant fastfood
Manger sainement aux Etats-Unis n'est pas toujours à la portée des petits budgets.

Je savais, d’expérience, que les Etats-Unis offraient leur lot de périls culinaires. Tu peux facilement t’étrangler avec des ribs (côtes) de 24X16 inches. Les burgers, même «organic» (bio), auront toujours raison de ton cholestérol. Et 3$ le hot-dog sur un chariot devant Grand-Central, c’est toujours trop cher en termes de santé publique.

Anecdote tout à fait futile avant d’en venir à l’essentiel: lors d’un précédent séjour en Californie (il y a fort longtemps), mon épouse Estelle avait cru bon de s’enfiler (je ne crois pas qu’il y ait un terme plus juste dès lors qu’il s’agit de goinfrerie) trois – parfois quatre – Donuts au chocolat tous les matins au petit-déjeuner. Elle avait pris 13 kilos en un an et avait fini par ressembler à une poire dans un verger de buildings et de palmiers.

Un bénévole de la Food Coop de Park Slope accompagnant une cliente pour ses courses.
Un bénévole de la Food Coop de Park Slope accompagnant une cliente pour ses courses. La Food Coop est l'un des plus anciens (et plus importants, 16 000 membres) supermarchés coopératifs des Etats-Unis.

Cette humiliante rétrospective pour dire quoi? Qu’arrivé à New York en famille, il y a désormais près de six mois, nous avons très vite concentré nos effort sur une alimentation saine. Bien qu’il ne soit pas propre à l’Amérique, l’art de se nourrir correctement est un exercice d’équilibriste que l’on pourrait résumer ainsi:

marcher sur le fil des bonnes adresses en gérant le vertige des prix.

On a commencé par Key Food, le supermarché voisin. Okay pour les besoins de consommation courants. Pas du tout okay pour la viande (aux hormones) et le poisson (congelé). Moyen pour les légumes. Excellent pour les prix. On a enchaîné avec Whole Foods, magasin «100% organic». Le rayon légumes: on dirait un musée. Le traiteur: un abattoir 5 étoiles. Les poissonniers: des moussaillons de Cousteau à peine arrivés au port. Autant dire: irréprochable. Jusqu’à la caisse.

Par gros temps, on a aussi testé FreshDirect, magasin en ligne avec livraison à domicile. Pour l’essentiel: de très bon produits, sensiblement plus chers qu’au magasin du coin. Avec un petit bonus «culpabilité» quand tu fais venir tes filets de sole, tes escalopes et ton Coca light sans caféine (oui, on se permet quelques écarts d’aspartame) par camion.

J’ai tenu six mois. J’ai pesé le pour et le contre. J’ai tout mis dans la balance. Et il va donc falloir se rendre à l’évidence. Je vais m’inscrire à la «Food Coop». La Park Slope Food Coop, (lien en anglais, ne manquez pas le reportage en français ci-dessous) c’est la fierté du quartier. Le plus grand supermarché coopératif alimentaire des Etats-Unis, créé en 1973, 16 000 membres, qui fonctionne selon le principe suivant:

chaque membre travaille 2h45 par mois, et en échange, il peut faire ses courses à la Food Coop pour une haute qualité de produits à des prix imbattables.

Avis aux négationnistes de la diététique: pour le fun, et pour les mômes, il y aura toujours un gallon d’ice cream au frigo. Les beignets de poulet du voisin chinois continueront de remplir les trous dans notre agenda culinaire. Et, au nom de quoi tirerais-je un trait sur les pizzas de Franny’s accompagnées d’un excellentissime vin rouge toscan? On a dit «bien manger», pas capituler.

Texte: © Migros Magazine - Xavier Filliez

Reportage sur la Park Slope Food Coop (Source: Youtube)

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez