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11 septembre 2015

Pet-friendly, des chiens «à bouffer»

C’est l’obscène exercice de la chronique qui l’exige. Je dois déterrer des souvenirs intimes pour votre culture générale. En l’occurrence, ma première rencontre avec une Américaine.

Réception d'un hôtel pour animaux domestiques
Spas, hôtels, sites internet spécialisés, bière pour chiens: les animaux domestiques («pet» en anglais) n'ont jamais été aussi bien traités en Amérique.

Elle s’appelait «Panache». C’était il y a presque vingt ans. J’ai sonné à la porte de cette jolie villa d’une rue en cul-de-sac de Pacific Palisades, banlieue chic de Los Angeles. «Panache» m’a reniflé pendant que sa propriétaire, Annette, se débattait avec le reste de la tribu, un Shi Tsu prénommé «Déjà vu all over again» (!), et «Minou», un bichon frisé.

Ce face-à-face enflammé – avec un lévrier nain donc – la passion d’Annette pour les concours d’agilité, et mes expériences, plus tard, dans un salon de toilettage de chiens («dog-grooming») pour un salaire de misère mais l’immense bonheur de shampouiner des cockers anglais au poil soyeux, ont dû laisser des traces dans mon rapport à l’Amérique.

Peu de pays sur terre rivalisent avec la France s’agissant du bon traitement des animaux domestiques. Je pense que l’Amérique le peut. Ici, on jauge votre propension à l’empathie animale en un terme: «Pet-friendly». Et même si New York a encore des efforts à faire, la «pet-friendly attitude» se répand d’Est en Ouest comme une bonne vieille tornade.

La toute nouvelle…. bière pour chiens d’Indianapolis, annoncée par USA Today (lien en anglais) il y a peu, n’est pas le moindre exemple de ce phénomène. Os concassés, carottes, patates, levures: le breuvage sans alcool, servi au bol pour 1$, sera bientôt disponible en pression.

Boutiques, restaurants, destinations de vacances, hôtels multiplient les campagnes et les newsletter, comme le portail spécialisé www.bringfido.com (lien en anglais). En mire: les six Américains sur dix qui possèdent un animal domestique. 47% des ménages possèdent au moins un chien (=83 millions de chiens), et 46% au moins un chat (=95 millions de chats).

On trouve des spas pour chiens. Des hôtels. Des start-up comme The Honest Kitchen (lien en anglais), répondant exclusivement à leurs envies et caprices. Les assurances pour animaux de compagnie prennent l’ascenseur (15 milliards de dollars dépensés dans les soins vétérinaires en 2014). De même que les factures de «doggy daycare» (crèches pour chien) et les thérapies pour autisme ou autres traitements psychiatriques.

Et puis, cette immense attention que l’on accorde aux chiens présidentiels. «Bo» et «Sunny», les «portuguese water dogs» de la famille Obama ont leur page Wikipédia et donnent régulièrement de leurs nouvelles sur le compte Twitter de Michelle. Saviez-vous que Theodore Roosevelt avait eu un Saint-Bernard? Que «Lady Boy», le chien du 29e Président des Etats-Unis, Warren G. Harding, était une célébrité, que la Maison Blanche invitait des «copains» à son anniversaire et qu’il avait son propre siège pour les réunions de cabinet?

Dans le genre ridicule mais cru 2015: «Bailey», un labrador noir de l’Illinois, a postulé à l’élection présidentielle comme «démocrate socialiste», inscrit par deux ados rigolos. Il a même son site internet (lien en anglais). Je suis sûr qu’il ferait un tabac au Festival canin de Yulin. C’est en Chine. Là-bas, les chiens, on les boufferait.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez