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10 août 2015

Petite visite aux seigneurs de la forêt

Une balade au départ de Saint-Martin (FR) vous mène sur la route de trois arbres qui sauront vous intriguer par leur aspect ou leur histoire. Suivez le guide!

Paysage champêtre de la campagne fribourgeoise.
Cette balade en Veveyse permet d'admirer trois des arbres spectaculaires recensés sur sol fribourgeois.
Charlotte Fisler, guide du jour et ancienne conseillère communale de Saint-Martin (FR).
Charlotte Fisler, guide du jour et ancienne conseillère communale de Saint-Martin (FR).

L’Hydre, le Vainqueur et le Triplé... Tels sont, aujourd’hui, les protagonistes de notre aventure fribourgeoise. Diable, allons-nous à la rencontre de héros et de créatures de légendes? Presque! Ces noms désignent ici des arbres dits spectaculaires. Le Service des forêts et de la faune du canton en a répertorié vingt-sept sur l’ensemble du territoire. Spectaculaires par leur taille, remarquables par leur histoire, impressionnants par leur aspect... Un choix subjectif bien sûr, mais qui promet de belles découvertes!

En cette chaude journée d’été, c’est sur la piste de trois de ces rois de la forêt que nous nous lançons. Point de départ: Saint-Martin, une commune située à quelques encablures de la frontière vaudoise. Pour nous escorter, Charlotte Fisler, ancienne membre du Conseil communal, en charge de l’environnement: «Lorsque nous nous sommes rendu compte que trois de ces arbres spectaculaires étaient situés sur notre commune, nous avons décidé de les relier par un chemin pédestre.» Aussitôt dit, aussitôt fait: d’étude de terrain en création de sentier («Nous avons élargi une sente créée par les animaux pour une certaine portion du trajet, le reste de l’itinéraire suivant majoritairement le tracé officiel de Suisse Rando»), le parcours a été inauguré en 2010.

L’«Hydre», un hêtre dont les cinq bras s’enlacent avant de se diviser au sommet, est l'un des trois arbres spectaculaires du Sentier.
L’«Hydre», un hêtre dont les cinq bras s’enlacent avant de se diviser au sommet, est l'un des trois arbres spectaculaires du Sentier.

Devant l’administration communale, au beau milieu du village, un panneau détaille la randonnée: une boucle de quinze kilomètres, environ quatre heures et demie de marche. «Calculées large», nous rassure notre accompagnatrice. Le temps de nous rafraîchir sur la terrasse ombragée du café du coin, et nous voilà partis.

Le monstre de bois

Si les premières vingt minutes de la balade s’effectuent sur une route goudronnée – mais peu fréquentée par les voitures – nous arrivons rapidement en forêt. De quoi faire le plein d’ombre par ces grosses chaleurs! Point de doute sur les directions à prendre, des indicateurs verts et blancs balisent clairement le chemin. Nous nous rapprochons de l’Hydre, première étape de l’itinéraire. Charlotte Fisler:

Il a été baptisé ainsi en l’honneur du monstre à neuf têtes de la mythologie grecque contre lequel s’est ­battu Hercule.»

En effet, en levant les yeux, nous constatons que ce hêtre possède bel et bien plusieurs têtes, ou plutôt plusieurs sommets: dès la base, son tronc se sépare en cinq bras qui s’enroulent et s’étreignent avant de poursuivre chacun leur route et de se diviser à leur tour jusqu’à la cime. Pour atteindre finalement une hauteur de 30 mètres, lit-on sur le panneau installé par le Conseil communal de Saint-Martin. On en apprend également davantage sur le hêtre, tant au niveau de ses caractéristiques botaniques – saviez-vous que ses fleurs poussaient en même temps que ses feuilles? – qu’historiques: au Moyen Age, on en fabriqua des tablettes qui remplacèrent celles de cire pour l’écriture. Un dernier coup d’œil à ce singulier occupant de la forêt, et nous reprenons notre chemin.

Visite à un rescapé de la foudre

Jadis il y avait deux chênes, seul le «Vainqueur» a survécu...
Jadis il y avait deux chênes, seul le «Vainqueur» a survécu...

Prochaine étape: le Vainqueur! Mais avant de le rejoindre, une belle balade à travers bois, champs et patelins nous attend. L’occasion de visiter Le Crêt, situé sur la commune de La Verrerie, voisine de Saint-Martin et qui contribue à l’entretien du sentier. «D’ailleurs, il est possible de commencer la randonnée depuis ici», précise Charlotte Fisler.

Après avoir traversé le village de Grattavache – magie des noms fribourgeois! – nous longeons la rivière la Mionna pour finalement atteindre un vénérable chêne. Mais pourquoi ce glorieux titre de Vainqueur?

A l’origine, ils étaient deux, raconte notre accompagnatrice. L’autre a été frappé par la foudre.»

Aux côtés du rescapé, une souche à terre, nettoyée et lissée par les intempéries, fait en effet figure de vaincue. Notre arbre quant à lui, s’il n’est plus tout jeune, impressionne par l’étendue de ses racines tortueuses qui enserrent un rocher pour s’enfoncer finalement dans le sol. Difficile de ne pas songer ici à l’aura mystique des chênes, associés dans de nombreuses mythologies à la magie, aux druides, et à l’immortalité...

Trois hêtres ayant poussé harmonieusement 
ensemble forment le Triplé.
Trois hêtres ayant poussé harmonieusement ensemble forment le Triplé.

Cap à présent sur le Triplé. Une petite mais abrupte grimpette nous mène sur la route du Jordil, un hameau de la commune. On admire au passage la chapelle de Saint-Nicolas, derrière laquelle s’étend la région de la Haute-Veveyse, entre collines et coteaux. De l’autre côté, au loin, sous un ciel voilé, on devine plus que l’on aperçoit le Mont-Blanc et les Dents-du-Midi.

D’anciennes mines de charbon

Puis nous rejoignons bien vite la fraîcheur d’une hêtraie. Seuls quelques résineux se mêlent aux longs fûts gris qui courent vers le ciel: clairs et majestueux, ces lieux méritent bien leur nom de forêt-cathédrale. Tout aussi judicieusement baptisé, le Triplé regroupe en réalité trois hêtres ayant poussé ensemble, en telle harmonie que leurs troncs ont fini par se confondre complètement. «Et regardez leurs branches, indique Charlotte Fisler: elles sont toutes orientées dans la même direction, comme par grand vent. En réalité, elles cherchent le soleil, la lumière.» L’arbre se trouve en effet en bordure de forêt... et de frontière! Des bornes venant rappeler qu’un pas suffit pour se retrouver dans le canton de Vaud.

La balade touche à sa fin. Mais avant de rallier notre point de départ, une dernière curiosité nous attend dans le même bois: d’anciennes mines de charbon, exploitées pour la dernière fois entre 1942 et 1947. Quelques cavités témoignent encore de ce passé, et afin d’enrichir son Sentier des arbres, le Conseil communal de Saint-Martin a décidé l’an dernier d’ajouter quelques panneaux explicatifs, retraçant l’histoire de cette laborieuse époque. L’occasion d’en apprendre encore davantage sur cette bien belle région…

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Mathieu Spohn