Archives
8 août 2016

Petits, mais déjà si compétents

On les croit perdus dans le monde extérieur... Grossière erreur: les nouveau-nés possèdent déjà de nombreuses aptitudes stupéfiantes.

Un bébé en langes en train de rigoler, sur un fond neutre
Photo: Alamy Picture Stock

Malgré sa taille minuscule, le bébé n’est de loin pas si «bébé» que ça.

Il y a encore des parents qui pensent que le tout-petit n’est qu’un tube digestif, tout juste animé de quelques réflexes,

remarque le professeur Edouard Gentaz, directeur du Babylab et du SMAS (Laboratoire du développement sensori-moteur, affectif et social) à la Faculté de psychologie de l’Université de Genève. Et qu’avec son regard flou, il est comme un chaton aveugle.»

Grosse erreur: dès la naissance – et même avant! –, le bébé perçoit de nombreux éléments et possède déjà des compétences perceptives insoupçonnées.

Edouard Gentaz et son équipe effectuent ainsi régulièrement des tests, destinés à mieux cerner le monde mystérieux du bébé durant la première année. Un monde encore parfois mal connu, et qui ne suscite que peu d’intérêt scientifique, «sans doute pour des raisons techniques et institutionnelles».

C’est qu’il n’est pas facile de tester un nouveau-né ou un bébé âgé de quelques mois, et toute analyse exige de la créativité et de l’imagination. Par ailleurs, les compétences d’un bébé évoluent au fil des mois, mais certaines disparaissent quelques jours après la naissance, pour réapparaître quelques mois plus tard. Difficile dès lors de savoir à quoi s’en tenir…

Trois méthodes d’analyse

Depuis une trentaine d’années, les principales méthodes des chercheurs en psychologie pour analyser un tout-petit sont les suivantes: la méthode d’habituation et de réaction à la nouveauté est la plus fréquemment utilisée.

Elle consiste à présenter plusieurs fois une scène au bébé afin qu’il s’y habitue et commence à s’en désintéresser. On lui montre ensuite une nouvelle scène pour vérifier s’il fait la différence ou pas.

L’autre méthode, celle du temps de fixation relatif, consiste à analyser la capacité du bébé à associer deux événements indépendants: on présente deux scènes au bébé et on détermine celle qu’il regarde le plus longtemps. Mais le conditionnement est difficile à utiliser avec un nouveau-né.

La réponse à de nombreuses questions

Afin de venir en aide aux parents et répondre à leurs questions récurrentes, l’équipe du Babylab a réuni dans un fascicule les informations qu’elle a obtenues lors de ses tests et auprès de différents confrères. Elle y met entre autres en lumière les aspects suivants:

La vision est le seul sens que le bébé n’a pas pu développer dans le ventre de sa mère. Elle est encore inachevée lorsqu’il vient au monde et est de 10 à 30 fois plus faible que chez les adultes. Cependant, le nouveau-né est déjà capable de voir une barre noire de 1 cm de large sur fond blanc à une distance de 50 cm, et les traits d’un visage situé à 30 cm.

Il apprécie les objets mouvants et ceux de nuances vives et est capable de différencier des formes telles que des triangles, des carrés ou des ronds. Il préfère regarder des configurations structurées, régulières et avec des courbes, et des objets fortement contrastés et en trois dimensions, ainsi que les rayures horizontales.

Par ailleurs, il ne suffit que de quelques jours pour que le bébé marque une préférence pour le visage de sa mère, qu’il reconnaît d’abord grâce à la forme de son visage et aux cheveux. Il sait aussi lire certaines émotions, même s’il ne peut pas forcément encore leur donner une signification.

Le bébé est capable d’identifier les mélodies qu’il a entendues régulièrement dans le ventre de sa mère. Mais aussi des poèmes et des histoires, si on les lui a lues fréquemment durant les dernières semaines avant sa naissance. Il distingue et préfère la voix de sa mère aux autres, et est capable de savoir quand elle s’adresse à lui ou à quelqu’un d’autre.

Dès sa naissance, le bébé est capable d’imiter ce qu’il entend ou voit comme expression (si celle-ci est mobile) sur le visage de son interlocuteur, et de reproduire les gestes qu’il voit. Cette capacité diminue ensuite vers 3 mois, pour réapparaître de manière plus contrôlée vers 8 mois.

Le nouveau-né sait déjà faire la différence entre un groupe de deux éléments et un de trois. Il a donc déjà une notion des quantités.Il possède aussi une perception manuelle dès la naissance, et est capable de différencier les formes et les textures des objets avec les deux mains.

A chaque enfant son développement

Afin de permettre aux parents de découvrir au mieux les compétences de leur bébé, Edouard Gentaz leur recommande de prendre le temps d’être et de jouer avec ce dernier, et de l’observer. «Il est également utile de discuter avec d’autres parents et de lire différents ouvrages sur le sujet», remarque-t-il.

Mais attention, dans une juste mesure: il est inutile de se stresser en voulant en faire trop. Le psychologue déconseille ainsi de comparer son enfant aux autres:

Chacun possède son développement propre, et il ne faut pas s’affoler si son bébé ne fait pas comme celui d’à côté.»

Il recommande aussi d’éviter de lire seulement les magazines grand public, «qui n’ont pas beaucoup de place dans leurs pages et ont donc tendance à n’indiquer que les normes». «C’est l’effet de la moyenne, note-t-il. Mais on peut avoir la tête dans le four et les pieds dans le frigo et se sentir très bien comme ça!»

Enfin, l’expert déconseille aussi la surstimulation de son enfant, qui peut provoquer surcharge, stress et/ou des problèmes d’endormissement. «On vit dans une société assez riche pour permettre de bonnes conditions de développement, sans que les parents aient besoin d’en faire beaucoup plus.

Il s’agit de trouver un bon optimum et de gérer les choses tranquillement, en favorisant simplement un environnement bien-veillant.»

Et si les parents sont intéressés, ils sont les bienvenus pour participer à de futures études sur le développement de leur tout-petit.

Texte: © Migros Magazine / Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer