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15 juin 2013

Phobies: comment aider son enfant

Pas facile pour un parent de raisonner son fils ou sa fille souffrant de phobies. Pourtant des solutions existent.

un enfant panique
Si un enfant tremble devant un serpent ou une araignée, il faut faire preuve de compréhension et d’empathie. (Photo: plainpicture/Mira)

Nathan*, 9 ans, est un garçon ni craintif ni casse-cou qui suit vaillamment son petit bout de chemin. Seulement voilà, Nathan a particulièrement peur des araignées. Le simple fait d’entrapercevoir une patte de ces arachnides peut littéralement le figer d’effroi. Ses parents ont alors beau lui dire que ce n’est pas la petite bête qui va manger la grande et que l’araignée – qui a déguerpi depuis belle lurette – a eu bien plus peur que lui, rien n’y fait. Les palpitations cardiaques augmentent, le teint blêmit et la voix part dans les aigus. Alors que faire?

Pierre-Alain Matile, psychiatre et psychothérapeute pour enfant et adolescent à Lausanne:

Si l’on observe un comportement proche de la panique, il s’agit alors davantage d’une phobie que d’une peur.

Face à ce trouble anxieux, la première règle à observer est bien évidemment d’éviter de paniquer avec lui. Si un enfant tremble devant une araignée ou un serpent, par exemple, il faut alors faire preuve de compréhension et d’empathie. De plus, les parents doivent lui montrer qu’ils sont là pour le protéger.

L'homme a développé des peurs des animaux pour sa survie. (Photo:  Getty Images/Alija. Montage: MM)
L'homme a développé des peurs des animaux pour sa survie. (Photo: Getty Images/Alija. Montage: MM)

En l’absence de statistiques précises, on estime qu’un quart de la population est, à des degrés divers, concerné par cette peur irraisonnée. Un pourcentage élevé qui s’explique par le fait que celle-ci englobe en fait une foule de craintes, allant de la phobie simple (animaux, vide, eau, etc.) à la phobie sociale (interaction avec des individus).

«Les phobies des animaux sont d’ordre phylogénétique, c’est-à-dire qu’elles sont liées au développement, précise Pierre-Alain Matile. Anthropologiquement, l’homme a par exemple appris à adopter une attitude prudente face aux serpents afin d’augmenter ses chances de survie. Il était donc bon d’en avoir peur.»

Aujourd’hui, toutefois, il reste difficile d’expliquer pourquoi un individu donné développe un tel trouble. Des facteurs familiaux pourraient participer à la naissance de ces phobies, puisque des parents eux-mêmes craintifs auront tendance à créer un environnement propice à leur apparition.

Si la phobie est handicapante dans la vie de tous les jours, il est recommandé d’entreprendre une thérapie comportementale avec un professionnel. «Il peut en effet être bénéfique d’aller vers la confrontation, indique Pierre-Alain Matile. Un père ou une mère ne doit pas chercher à tout prix à éviter telle ou telle situation sous prétexte qu’elle pourra placer son fils ou sa fille devant sa phobie. Car vouloir contourner une peur permet à celle-ci de se perpétuer.»

Cours de désensibilisation au vivarium de Lausanne

A Lausanne, le vivarium, qui présente au public la plus grande concentration de reptiles en Europe, propose justement sur demande une forme originale de thérapie. «Le taux de réussite de nos cours de désensibilisation dépasse les 90%, annonce Christian Derwey, responsable des formations et des prestations du zoo. (Photo: DR)

Christian Derwey, responsable des formations et des prestations du vivarium de Lausanne.
Christian Derwey, responsable des formations et des prestations du vivarium de Lausanne.

Les séances qui durent entre une et trois heures se déroulent en quatre phases. «Tout d’abord, nous prenons le temps de discuter avec le participant pour savoir d’où vient cette peur et si un événement particulier peut l’expliquer. Puis nous lui montrons des photos rassurantes d’animaux. Cela peut-être un serpent très coloré, une élégante araignée ou simplement une grenouille verte. Surtout, dans cette deuxième phase, nous expliquons leur mode de vie.» Christian Derwey détaille alors en quoi un reptile peut être utile et comment les protéines contenues dans le venin de certains serpents ou lézards peuvent être utilisées à bon escient en médecine. De quoi rendre plus sympathiques des animaux souvent considérés comme inutiles.

«Ensuite seulement, et pour autant que la personne soit prête à aller plus loin, nous passons au toucher. La troisième étape consiste donc à caresser une mue d’un serpent ou d’une araignée. Puis, au final, c’est la confrontation directe avec un animal vivant. Pour cela, je choisis toujours les spécimens les plus affectueux.»

Libérant souvent de fortes émotions, le processus étonne par sa rapidité et sa simplicité.

La peur vient souvent d’une méconnaissance.

Christian Derwey précise: «Les cours de désensibilisation ne fonctionnent toutefois que si le participant souhaite surmonter ses peurs. Nous avons déjà eu le cas de parents qui ont forcé leur adolescent à venir ici. L’efficacité est alors bien moindre.»

Il est possible de vivre avec ses phobies

D’une manière générale, les enfants ont tendance à suivre une version allégée du cours. «Souvent, ils ne souffrent en fait pas d’une phobie mais ont simplement très peur de tel ou tel animal, précise Christian Derwey. Nous nous contentons de corriger leurs connaissances, et les craintes s’envolent très vite.»

Dans le cas d’un adulte, le travail est plus important. Il faut parfois rattraper quinze ans de terreur.

«Cela étant, nous arrivons à de bons résultats, et les participants eux-mêmes sont souvent étonnés de sortir du vivarium avec l’envie de protéger des espèces qu’ils détestaient en y entrant.»

Par ailleurs, il faut aussi préciser qu’il est parfaitement possible de cohabiter avec ses phobies. «La peur du vide par exemple peut se développer vers 10-12 ans. Néanmoins, celle-ci ne va pas forcément entraîner de souffrance chez l’adolescent et n’aura rien d’invalidant, rassure Pierre-Alain Matile. Il suffit de renoncer à se rendre dans les endroits vertigineux.» Au quotidien, la qualité de vie de la personne phobique n’en sera que très peu amoindrie.

* Identité connue de la rédaction.

Auteur: Pierre Wuthrich