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31 janvier 2015

«Depuis tout gosse, j’ai eu envie de faire rire les copains»

Pierre Aucaigne se sent bien en Suisse, à tel point qu’il a fini par jeter l’ancre à Neuchâtel. Rencontre avec cet humoriste autodidacte, enfant aussi illégitime qu’improbable de Louis de Funès, Bourvil et Mr Bean.

Pierre Aucaigne portrait
Par amour, le comédien français Pierre Aucaigne a posé ses valises à Neuchâtel. Il tourne avec son spectacle en Suisse romande.

Tiens, Pierre Aucaigne, vous vivez maintenant à Neuchâtel, comme vos compatriotes les tennismen Gilles Simon et Richard Gasquet!

Ben oui, mais je ne les ai encore jamais aperçus en ville. En revanche, j’ai eu l’occasion de croiser plusieurs fois Didier Cuche, qui est maintenant un vieux skieur à la retraite. Ahahah!

C’est aussi en tant qu’exilé fiscal que vous avez déposé vos valises dans notre pays?

J’aimerais bien parce que ça voudrait dire que j’ai énormément d’argent. Non, c’est par amour que je me suis installé ici. Et puis, ça faisait déjà pas mal de temps que je faisais les navettes France-Suisse pour les spectacles, depuis pratiquement dix ans quand j’ai commencé à travailler avec Cuche et Barbezat.

En Suisse romande, vous avez trouvé une nouvelle famille…

Oui, plein de comédiens qui sont devenus des copains. En plus, c’est compliqué financièrement parlant en France, les budgets sont limités. Les collègues qui bossent actuellement sur Paris tirent un peu la langue… Moi, j’ai eu l’opportunité de partir juste avant la crise culturelle.

Pour revenir au tennis, vous étiez pour qui lors de la dernière finale de la Coupe Davis?

Euh, j’étais pour Wawrinka parce que je le connais un peu… Sa femme est intervenue dans une pièce de théâtre dans laquelle je jouais.

Et du coup, j’ai rencontré Stan, on a mangé la fondue ensemble

Votre truc à vous, on l’aura compris, c’est plutôt les planches que la terre battue, la culture que le sport…

On va dire ça comme ça. De toute façon, je fais du sport sur la scène pendant deux heures et ça me suffit.

La marmite du rire, vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit?

Depuis tout gosse, j’ai toujours eu envie d’écrire des sketches et de faire rire les copains. C’est un peu inné, quoi.

C’était un moyen de se rapprocher des autres?

Oui, ça permet de dédramatiser certaines situations, d’approcher les gens plus simplement et d’une façon détendue. C’est peut-être un exutoire à la timidité. Il y a d’ailleurs pas mal de comiques qui sont de grands timides.

L’humour, ça marche aussi avec les filles?

Ça eut marché… Enfin, je ne suis pas Dubosc non plus. Dubosc, il est plus vilain que moi physiquement. De toute façon, mieux vaut faire rire que d’arriver avec une chemise, un collier avec une grosse perle au milieu et de montrer son torse poilu. J’en ai pas, alors c’est vite vu! Non, décidément, je ne peux pas jouer l’Italien avec le bras sur la portière, c’est pas trop mon truc!

Avant de basculer du côté absurde de la force, vous vous êtes lancé dans des études de droit. Pourquoi cela?

C’était pour rassurer tout le monde, pour montrer que je n’étais pas si bête que ça. Mais je n’ai pas lâché le théâtre pour autant. J’ai même décroché mon premier contrat professionnel à ce moment-là et j’ai finalement laissé tomber les études pour partir en tournée.

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir la scène plutôt que le barreau?

De monter sur une scène, c’est un virus qu’on a et dont on ne peut plus se passer. C’est comme la cigarette, c’est une espèce d’addiction. Dans la mesure où l’on peut vivre de ce métier, c’est parfait, c’est que du plaisir!

Et vos parents, qu’est-ce qu’ils en ont pensé?

Mon choix était respectable et a été respecté. Du coup, j’ai pu faire ce que j’avais envie. Le seul truc qu’ils m’ont dit, c’est: «Passe ton bac et on verra après!»

Ça n’a pas dû être facile de se lancer sans filet dans ce métier de saltimbanque!

Oui et non. En fait, je suis parti travailler assez vite dans les festivals en France et dans le reste de la francophonie. Je n’ai pas vécu dans une petite chambre avec une écuelle en bois et deux grains de maïs à me mettre sous la dent, je n’ai pas été obligé de faire les pare-brise de voitures aux carrefours. Donc, ça s’est plutôt bien passé, tout s’est enchaîné assez vite.

Ce qui a fait décoller votre carrière, c’est le fameux Momo, ce personnage candide avec ses lunettes triple foyer, sa valise et son vieux béret…

C’est lui, oui! Ce personnage est né d’une impro totale. Avec un camarade, on allait piquer les lunettes de sa mère, on se déguisait, on déconnait et puis gentiment Momo a pris de l’ampleur… Et voilà qu’une productrice de la télévision belge me remarque lors d’un festival et me lance: «Ça vous dirait de participer à notre émission d’humour qui s’appelle Bon week-end?» J’y suis passé une fois et ça a tellement marché qu’ils m’ont rappelé, rappelé, rappelé… Du coup, je suis devenu un personnage récurrent de cette émission qui était pratiquement regardée par la Belgique entière.

La «Momomania» était lancée!

C’est devenu une espèce d’institution en Belgique, les gens s’habillaient en Momo, j’avoue que je n’ai pas tout bien compris ce phénomène, ça m’a un peu dépassé.

Cette drôle d’épidémie a atteint la Belgique, débordé sur le Québec, mais n’a pas vraiment touché la France…

Nul n’est prophète en son pays comme on dit.

Pour être connu en France, vous avez dû passer par «Les Grosses Têtes»?

Oui, j’ai fait Les Grosses Têtes pendant deux ou trois ans. Avec Philippe Bouvard qui est d’une intransigeance quasi absolue, qui remet en question les choses de manière permanente: il pouvait très bien dire oui une semaine avant l’émission et non deux secondes avant.

Avec moi, ça se passait très bien parce que je le faisais marrer

Plus tard, vous avez été décoré de la «Légion d’Humour» par Patrick Sébastien! Une belle revanche, non?

Si l’on veut, oui. Je retourne d’ailleurs dans son émission au mois de mars! Patrick Sébastien, il est décrié pour sa gouaille, pour son égocentrisme, mais moi je le défends bec et ongles. Il fait partie de ces personnes qui sont passionnées par les gens de la balle, par les gens du spectacle. Il n’y en a plus des types comme ça, à la fois très professionnels et fidèles en amitié.

Voilà une trentaine d’années que vous exercez ce métier: pas de regrets?

Non, aucun.

Même pas un petit bémol?

Si, j’aurais bien aimé toucher un peu plus au cinéma. Là, j’ai participé à Station Horizon, une série de la RTS qui sera diffusée ce printemps. Il y a d’autres projets qui sont dans les tuyaux, mais c’est toujours très long avec le cinéma... Mais je ne désespère pas puisque Louis de Funès a commencé à 52 ans!

«Alors heureux?», c’était le titre de votre premier one man show et ce sera la dernière question de cet entretien.

Complètement. Ma carrière a perduré tranquillement et continue son chemin. Alors, c’est sûr que je ne suis pas devenu une star, mais je n’ai jamais vraiment cherché ça.

Auteur: Alain Portner

Photographe: Matthieu Spohn