Archives
7 septembre 2015

Pierric ou la magie de la polyvalence

Connu du grand public avant tout en sa qualité d’illusionniste – il vient d’ailleurs de se voir décerner le titre de champion du monde de magie – Pierric Tenthorey a plus d’une corde à son arc et jongle habilement entre cinéma, théâtre et écriture.

Pierric Tenthorey photo
Pierric Tenthorey s’engouffre dans le monde du burlesque avec la même verve que Buster Keaton.

Comparez-le à Buster Keaton, vous ne sauriez lui servir un plus beau compliment! Qu’il officie sur scène en costume noir et chapeau melon – pour son spectacle signature Homme encadré sur fond blanc – ou qu’il joue les gaffeurs en «ratant» un tour de cartes, Pierric Tenthorey s’engouffre dans le monde du burlesque avec la même verve que la star du muet américain. Et ça paie: le Veveysan de 34 ans vient en effet de remporter à Rimini le titre de champion du monde de magie, catégorie close-up, avec un numéro faisant la part belle au comique de situation. «Je suis content que mon univers ait été ainsi reconnu, récompensé.»

Un amoureux du théâtre

D’autant qu’il ne s’est inscrit au concours qu’au dernier moment: «Après ma dernière participation en 2012, qui m’avait valu la troisième place, je ne pensais pas que je me présenterais à nouveau.

J’ai quand même retravaillé le tour que j’avais soumis à l’époque, avec la collaboration de Pierre Naftule, et c’est lui qui m’a incité, sur une boutade, à retenter ma chance.»

Grand bien lui en a pris, même si Pierric Tenthorey considère aujourd’hui la magie davantage comme un hobby que comme un métier. Ou plutôt comme un moyen supplémentaire de «créer du spectacle n’importe où, avec un simple jeu de cartes par exemple. Et de laisser une histoire se mettre en place.»

Car le Vaudois reste avant tout un amoureux du théâtre. Une passion née à l’âge de 5 ans et qui n’a cessé d’évoluer tout au long de sa carrière. Tour à tour comédien ou metteur en scène, il donne aussi bien dans le classique que dans le boulevard ou l’expérimental. Et n’hésite pas, si l’occasion se présente, à jouer dans la langue de Shakespeare, notamment avec la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art de Londres. Dramaturge à ses heures, il a également publié en 2014 son premier roman, Les aventures de, aux Editions L’Age d’Homme. Une histoire volontairement décousue, à l’image de ses œuvres théâtrales, où il laisse libre cours à son penchant pour l’absurde.

«La forme m’intéresse davantage que le fond. J’aime le comique de répétition, creuser à l’infini une même situation. En général, quand je commence un projet d’écriture, je ne sais pas très bien où je vais. Je pars d’une question et j’essaie d’y répondre. C’est le côté recherche qui me plaît.» Et de citer le cinéaste Alain Resnais: «Je tourne pour voir comment ça va tourner.»

En parlant de 7e art, Pierric Tenthorey s’y intéresse aussi de près. «J’ai étudié le cinéma à l’université, en parallèle à la littérature anglaise et à la psychologie. Je n’y connaissais pas grand-chose, mais c’était la branche qui se rapprochait le plus du théâtre. C’est là que j’ai notamment découvert le muet. J’ai eu envie ensuite de passer de la théorie à la pratique.» A son actif, trois courts métrages où burlesque, absurde et poésie se marient...

Plus d’une corde à son arc

Autant dire que le Veveysan a plusieurs cordes à son arc. La casquette sous laquelle il se sent le plus à l’aise? «C’est une question que je me pose souvent...sans savoir comment y répondre. Pour moi, c’est important d’explorer les domaines qui m’intéressent. En revanche, tout tourne autour de la création artistique, il ne faudrait pas me demander de jouer au football!»

S’il ne renie aucune de ses disciplines, il évoque toutefois son envie de se consacrer davantage au cinéma, pour profiter de la polyvalence de l’exercice:

Je peux ainsi écrire, mettre en scène, jouer, mais aussi travailler sur la plastique des décors et sur le montage.


Des projets pour la suite? Plein, bien sûr! Et tous azimuts... Il travaille actuellement sur un recueil de nouvelles humoristiques et parodiques, s’apprête à monter sur les planches dans une pièce de Marivaux*, mettra en scène l’an prochain Le Pélican d’August Strindberg. Et espère bien ensuite transformer ce spectacle en film, afin de réaliser son premier long métrage. Et la magie, dans l’histoire? «Mais son lien avec le cinéma existe bel et bien! Voyez entre autres Georges Méliès...»

* «Les acteurs de bonne foi», Théâtre de Carouge à Genève du 22 septembre au 1er novembre, Théâtre des Osses de Fribourg du 14 novembre au 8 décembre.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: François Wavre