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2 juillet 2012

Pique et pique et colégram

Elles collent, brûlent ou piquent: les plantes ont développé 
des défenses contre les agressions.

dessin d'une plante, une lance à la main
Chacun a le droit de se défendre. Y compris les végétaux.

Plongez vos bras nus dans les plants de haricots ou de courgettes. Si vous êtes un brin sensible, ce n’est pas des légumes que vous en ressortirez, mais des boutons qui démangent salement. Chacun a le droit de se défendre. Y compris les végétaux. Et comme dans le genre humain, certains sont du genre guerrier, d’autres altruiste.

Ainsi, avec les siècles, de nombreuses plantes ont développé de puissantes stratégies pour éviter d’être broutées comme du simple fourrage, me racontait poétiquement mon herboriste de village. Certaines n’y sont pas allées avec le dos de la feuille et se sont carrément armées de substances toxiques pour empoisonner l’agresseur, comme la belladone. Plus subtils, la lavande ou le romarin ont concocté des huiles essentielles qui empêchent les ruminants d’y revenir à deux fois sous peine de sacrées nausées.

Et puis il y a celles qui brûlent, les urticantes, avec l’incontournable ortie dont tous les jeunes mollets font l’expérience un jour ou l’autre. Il y a aussi les piquantes, tel l’emblématique chardon, dont les dards laissent d’impérissables souvenirs aux pieds nus qui foulent gazons et prairies. Enfin, il y a les cirses, noires brebis d’une famille de soignantes comme la camomille, la pâquerette et l’arnica.

C’est que la nature est bien faite: là où elle crée le bobo, elle propose le remède. Agressé par une ortie ou même une guêpe lors d’une balade en forêt, sautez sur le plantain! Il pousse sous vos pieds, carrément sur les chemins. Enroulée autour d’un doigt, la variété à feuille étroite, lancéolée, s’utilise comme un sparadrap. Froissez-la et frottez-la sur une piqûre: la douleur disparaît. Contre les otites – dont les attaques sont certes plus rares en pleine nature – le plantain à feuilles larges fait merveille, en calant dans l’oreille ses nervures roulées en boulettes… Quant à l’arnica des plaines, la frêle pâquerette, elle donne de romantiques cataplasmes très efficaces pour bien cicatriser: en bouquet directement sur la blessure ou en compresse après avoir macéré dans de l’eau.

Quand ce n’est pas la même plante qui pique et pique et... soigne. Telle l’ortie qui combat les douleurs articulaires et améliore la circulation.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck