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19 mai 2014

Pistes cyclables: la Suisse romande à la traîne

Tout nouveau, tout chaud, le classement des villes les plus cyclophiles de Suisse publié par Pro Vélo est sans appel: les villes romandes sont une fois de plus en queue de peloton.

La ville la plus «vélo-friendly» de Suisse romande est Bienne.
La ville la plus «vélo-friendly» de Suisse romande est Bienne. (photo Keystone)

Il ne fait pas bon pédaler en Suisse romande. C’est ce qu’il ressort du dernier sondage mené par Pro Vélo auprès de 15 000 cyclistes pour son classement des villes les plus cyclophiles du pays (www.villes-cyclables.ch) . Réalisé tous les quatre ans, ce coup de sonde renseigne sur la façon dont est perçu le réseau cyclable d’une agglomération, mais aussi sur l’offre de stationnement ainsi que sur la promotion de la petite reine qui y est faite.

Une fois de plus, c’est Berthoud, dans le canton de Berne, qui arrive en tête. La petite cité de 15 000 habitants est talonnée de près par Coire (33 000 habitants) et Winterthour (101 000 habitants). Voilà pour le trio de tête. Première ville romande, Bienne ne se classe qu’à la 11e place… En queue de peloton, Fribourg, Genève et Lausanne ferment la marche juste devant Zurich et Saint-Gall.

A l’heure où la mobilité douce est présentée comme le graal, difficile d’expliquer le retard pris par la Suisse romande au niveau des infrastructures.

Pourtant, les autorités ne restent pas les bras croisés. Les nouveaux plans d’affectation prévoient notamment à Genève et à Lausanne d’étendre le réseau cyclable. Il manque toutefois de quoi satisfaire les cyclistes. Car en dehors des pistes pour vélos, il s’agit aussi d’assurer une sécurité adéquate tout au long du parcours ainsi que des places de stationnement en nombre suffisant. Sur ce dernier point, et même si Lausanne vient par exemple d’inaugurer une Vélostation de 100 places à la gare, on est loin des 1600 places de celle de Bâle…

Bien sûr, la topographie de certaines villes (les mollets des cyclistes lausannois en savent quelque chose) et les caprices de la météo ont aussi leur part d’influence dans le découragement de certains cyclistes en herbe. Mais ces derniers points pèseraient peu face au manque d’infrastructures. Alors qui sait, peut-être que dans quatre ans les villes romandes auront remonté la pente?

«Les villes manquent de pistes sécurisées»

Jean-François Steiert, président de Pro Vélo Suisse.
Jean-François Steiert, président de Pro Vélo Suisse.

Jean-François Steiert, président de Pro Vélo Suisse.

Les villes romandes n’ont vraiment pas la cote auprès des cyclistes. Cela vous étonne?

Non, car ces dernières sont relativement mal équipées si on les compare aux grandes villes alémaniques. Elles manquent d’infrastructures et la sécurité des cyclistes y est très relative. Il faut vraiment être un mordu du vélo pour se lancer.

Il ne s’agit donc pas uniquement d’un manque de pistes cyclables?

Leur développement est essentiel mais l’important est d’avoir un bon réseau et une continuité dans le parcours. La majorité des accidents de vélo survient aux passages mal conçus des pistes et bandes cyclables vers des carrefours ou des giratoires dangereux: si on veut encourager la pratique du vélo, c’est là qu’il faut intervenir en premier lieu. Dans les villes où les choses ont été bien faites, les vélos roulent sur des sites séparés de ceux des voitures - ce qui laisse aussi plus de fluidité à ces dernières.

Des progrès ont pourtant été faits. Genève a aménagé 65 kilomètres de réseau en quatre ans et Lausanne vient d’annoncer la création de nouvelles pistes...

C’est vrai, mais ces villes partent de très bas. Moins de 5% de la population y utilise le vélo pour les déplacements quotidiens contre 16% à Bâle, par exemple. Il y a donc encore de gros efforts à faire. Investir 1 ou 2 millions de francs pour l’aménagement de pistes paraît beaucoup, mais on est à 0,1% du montant investi pour les routes nationales. Cela ne suffit pas pour des réseaux cyclables qui incitent à un changement de pratique.

Justement, quel intérêt pour les pouvoirs publics de promouvoir un moyen de transport somme toute peu utilisé?

Il est avant tout financier. L’utilisation du vélo reste le moyen le plus avantageux pour créer de la fluidité dans le trafic. Plus de 50% des Suisses font une distance de moins de 5 kilomètres pour se rendre au travail. En convainquant 10% des automobilistes de passer au vélo, la majorité des bouchons disparaîtra en ville, tout cela pour un coût modeste pour la collectivité.

Et comment convaincre les automobilistes de se privilégier le vélo?

Grâce à des pistes sûres et des places de stationnement en nombre suffisant.

© Migros Magazine - Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey