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5 septembre 2016

Plus belle sera la chute

La société RealFly exploite à Sion le premier «Wind tunnel» de Suisse. Autrement dit, un simulateur qui reproduit les sensations d’un saut en parachute. Sans angoisse ni vertige ou danger.

Le «Wind tunnel» de Sion fait partie des plus grands simulateurs au monde.

Chambre de vol, 2e étage.» La plaque dans l’ascenseur peut sembler insolite. C’est que nous sommes chez RealFly, dans la zone industrielle de Sion. A l’entrée d’un bâtiment qui abrite «le premier simulateur de chute libre indoor en Suisse». Appelé aussi «Wind tunnel», une structure qui a «révolutionné ces dernières années la pratique du parachute». Le principe: un système de soufflerie qui recrée «les sensations réelles de la chute libre».

Nous voici au deuxième étage, constitué d’un bar et de divers chaises, canapés, tables basses et fauteuils d’où l’on peut contempler confortablement une sorte de remake de Mission impossible: des gens en combinaisons rouges comme suspendus en l’air et qui volent dans un tube de verre, effectuant des figures plus ou moins abouties. D’autres personnes attendent sagement leur tour, dans un sas à côté du tube. Au fond, un type impassible semble à la manœuvre assis devant une console. Le tout dans un environnement sonore qui rappelle l’intérieur d’un avion au moment du décollage.

Accessible à tous

Deux chiffres s’inscrivent sur un panneau lumineux indiquant la vitesse du vent et le pourcentage de puissance de la machine. Des paramètres choisis «en fonction du poids et du niveau de la personne», explique David Scholberg, responsable marketing chez RealFly. Voler dans le tunnel attire en effet une clientèle des plus variées:

«Les enfants dès 5 ans, des groupes, des amis, des anniversaires, des enterrements de vie de garçon ou de jeune fille. Nous avons aussi des parachutistes professionnels, voire des militaires qui viennent s’entraîner.

Et beaucoup d’entreprises qui organisent des sorties, et apprécient un double avantage: cette activité est indépendante de la météo et accessible à tous.»

Ce qui motive d’abord tous ces parachutistes virtuels? «Dans le tunnel, il n’y a pas de vertige, quasiment aucune peur, voyez cette fillette comme elle s’amuse, et elle n’a que 7 ans.» Et puis, semble-t-il, on y prend vite goût. Diana Comito au début n’a pas trop eu le choix. Cette jeune femme a été engagée chez RealFly pour travailler au bar. «Lors de mon premier jour de boulot, on m’a mis dans le simulateur et je suis tombée amoureuse du vol. Le reste a suivi, maintenant je fais aussi du «vrai parachutisme», dans le ciel. Les sensations sont quand même différentes. Là on a plus l’impression de voler que de chuter. Et puis sauter d’un avion, c’est autre chose. L’air au final n’est pas pareil dans le ciel et dans la soufflerie.»

Les «vols» s’effectuent par tranche d’une minute, pas une seconde de plus, le décompte s’affiche d’ailleurs lui aussi sur un écran lumineux.

Dans tous les tunnels du monde c’est pareil, explique David Scholberg, sans doute parce que cela correspond à la durée d’un saut en parachute.

Vous sortez de l’avion habituellement à 4000 mètres, et n’ouvrez votre parachute qu’à 1000 mètres, soit une chute de 3000 mètres à 50 mètres par seconde, cela fait exactement une minute. Mais une minute c’est déjà long.»

Préparation au parachutisme

Le jeune homme prénommé Mathias, qui vient d’enchaîner cet après-midi là huit séances de 1 minute pour sa première découverte du «Wind tunnel», ne dit pas le contraire. «A la fin, j’avais trop mal aux bras, j’arrivais plus à les lever, je sentais que ça tirait trop.» Moins que la sensation du vide, Mathias raconte avoir éprouvé celle «d’être soufflé, de passer à travers la vitre d’une voiture».

«C’est normal au début, relativise David, c’est comme dans tout sport, au départ, tu te crispes, quand tu fais du cheval par exemple, et au fur et à mesure du temps on apprend à être détendu.» Et puis quand même Mathias vient de faire en un après-midi plus de chutes libres que pour l’entier de la formation de parachutiste, puisque il a réalisé l’équivalent de dix-onze sauts et qu’après sept sauts on peut déjà passer son brevet de chute libre.

Les débutants sont toujours accompagnés d’un instructeur avec lequel évidemment ils ne peuvent communiquer à l’intérieur du tube que par gestes. «Impossible de se parler quand il y a du vent soufflant à 140 km/h. Ce qu’il faut, c’est être assez calme, trouver la position pour pouvoir venir dans le flux d’air seul, sans avoir besoin que l’instructeur vous tienne tout le temps.

Le truc, c’est de travailler avec la résistance du vent. Plus on se courbe, plus on va descendre, plus on se met à plat, plus on va remonter.

Pour le dernier vol, on propose aux personnes de monter tout en haut du tunnel, avec un instructeur.»

Un sport en soi

Eva Champaud, elle, a pris l’habitude de venir régulièrement voler à Sion depuis l’Ain, en France voisine. Elle a deux bonnes raisons pour cela. «Avant je faisais du parachutisme, puis j’ai arrêté quand je suis tombée enceinte.» Son fils, aujourd’hui âgé de 10 ans, est né avec des maladies digestives orphelines. «Il a passé septante mois à l’hôpital, subi beaucoup d’opérations, il est greffé des intestins et du côlon, il ne guérira jamais. J’essaie de faire avec lui un maximum de choses extraordinaires, pour renforcer sa combativité: du bateau, du ski, de la plongée avec bouteilles. Il a déjà volé en parapente et le ‹Wind tunnel›, il adore, il se sent libre, ça procure une sensation de légèreté, on ne sent plus son corps.»

Comme Diana, Eva trouve que le vol en soufflerie reste différent des sauts en plein ciel. Ce ne sont pas tout à fait les mêmes sensations.

Certes on travaille pareil, mais il n’y a pas l’adrénaline du saut hors de l’avion. Ça permet pourtant de bien se préparer, de progresser plus vite, on peut enchaîner plusieurs séances et corriger plus rapidement ses erreurs que si l’on devait chaque fois remonter dans l’avion et ressauter.»

A noter que la chute libre en tunnel est devenue un sport en soi, avec des compétitions. «Deux de nos instructeurs, Fred Nenet et Joshua O’Donogue, sont parmi les meilleurs mondiaux», raconte fièrement David Scholberg. Qui expliquera aussi que RealFly appartient à un groupe privé possédant de nombreuses structures de ce type-là, également en Espagne et en Grande Bretagne. C’est un peu par passion qu’ils ont lancé ça. Vincent Van Laethem, le directeur, est une des grandes figures du parachutisme.»

Si RealFly s’est installé à Sion, c’est «parce qu’ici on est au centre d’une superbe région touristique avec de nombreuses stations tout autour. Et puis, les Suisses allemands viennent facilement, depuis Berne, par le Lötschberg.»

Sur un coin de table, le livre d’or ne demande qu’à être ouvert et à déverser son trop-­plein de commentaires à chaud. Du genre: «Trop de la balle!», «Ce vol, c’était de la pure grappe. Un peu de vent quand même.»

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Isabelle Favre