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14 avril 2014

Politiciens: gare aux faux pas!

L’affaire Matthieu Béguelin, du nom de ce député et conseiller général neuchâtelois qui défraie la chronique à cause de ses nombreuses dettes, relance le débat sur la légitimité à siéger des élus qui ne sont pas exemplairement corrects.

Le Conseil national en ébullition
Un élu se doit-il d'être irréprochable?

Le député et conseiller général neuchâtelois Matthieu Béguelin se trouve depuis quelques jours dans l’œil du cyclone médiatique. La faute à un paquet de dettes – plus de 100 000 francs, principalement des arriérés d’impôts – qu’il traîne derrière lui comme autant de casseroles…

Certains élus ainsi que de nombreux citoyens réclament sa tête. Pour eux, un bon politicien doit être irréprochable. Cédant à la pression, ce socialiste a annoncé qu’il démissionnerait de la commission de gestion du Grand Conseil. En revanche, il ne semble pas envisager de quitter son fauteuil de député.

Avec cette «affaire», Matthieu Béguelin rejoint les rangs des représentants du peuple qui ont «failli». On pense à Valérie Garbani et Mark Muller, contraints de quitter la scène politique suite à leurs frasques à répétition. On pense aussi à Thomas Burgener et à Jean Studer qui avaient été, tous deux, pincés pour alcool au volant avant d’être absous par leurs électeurs. On pense encore à Christian Varone et à la pierre qui avait plombé sa campagne électorale.

A l’ère de la transparence

Evidemment, cette liste est loin d’être exhaustive, mais elle rappelle qu’aujourd’hui, à l’ère de la transparence, un politicien ne reste crédible que s’il est exemplaire. Et s’il ne l’est pas, il doit avoir l’humilité de reconnaître ses erreurs. A défaut de quoi, il risque lynchage public et mort politique.

«Une certaine transparence est nécessaire en politique»

Andreas Ladner, politologue, professeur à l'Institut de hautes études en administration publique à l'Université de Lausanne

Que vous inspire cette «affaire» Béguelin?

Ce genre d’affaire s’avère problématique, parce qu’elle donne une image négative des personnes qui s’engagent dans la politique. Idéalement, on souhaiterait avoir des élus irréprochables et on attend donc de ces personnalités publiques qu’elles donnent des exemples positifs.

Andreas Ladner, politologue, professeur à l'Institut de hautes études en administration publique à l'Université de Lausanne

A vous entendre, un élu devrait donc être 100% irréprochable.

Il ne faut pas être naïf, ce sont des êtres humains comme les autres. Et surtout, dans notre système de milice, ce sont des personnes qui ont eu une vie avant d’être élues. Par conséquent, des éléments surgissent de temps en temps de leur passé, qui peuvent poser des problèmes avec une carrière politique. A l’image du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann avec son entreprise...

Etonnamment, les citoyens ne sanctionnent pas toujours les politiciens qui dérapent!

Effectivement. Prenez le cas du conseiller aux Etats tessinois Filippo Lombardi : il a été pincé plusieurs fois avec de l’alcool au volant. Eh bien, les électeurs ont été compréhensifs envers lui et il a été réélu avec de très bons scores. Pareil avec le Neuchâtelois Yvan Perrin et son burn-out.

De telles affaires auraient-elles défrayé la chronique il y a dix ou vingt ans?

Aujourd’hui, on a sans doute davantage tendance à soulever de tels problèmes. C’est parfois motivé par les intérêts d’adversaires politiques. En fait, il y a quelques décennies encore, la vie privée, on n’en parlait tout simplement pas.

Y aurait-il moins de fair-play politique aujourd’hui qu’hier?

Quand s’arrête le fair-play et où commence la responsabilité… Il faudrait trancher au cas par cas. Je pense qu’une certaine transparence est nécessaire en politique. Ce sont quand même des personnalités publiques. Alors, si un élu défend une cause et qu’il fait le contraire dans sa vie privée, il se décrédibilise... ça ne joue pas!

Quand l’intérêt public prime-t-il sur le respect de la vie privée des politiciens?

C’est quand cette vie privée commence à avoir une influence sur leur comportement politique que ça devient un problème. Lorsqu’ils sont, par exemple, otages de leur passé et qu’ils ne sont plus libres de prendre des décisions dans l’intérêt public. Là, il y a une bonne raison de révéler ce type d’affaire.

© Migros Magazine - Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Keystone