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16 septembre 2013

Pont de la Poya: le chantier du siècle pour Fribourg

Le projet de la Poya à Fribourg entame sa dernière ligne droite. Reportage et rappel des autres grands travaux de Suisse romande.

Fribourg: la cathédrale et le pont de la Poya
L’ouverture du pont de la Poya, prévue en automne 2014, libérera la vieille ville d’un important trafic.

Il manque dix mètres. Voire un peu moins. En ce jeudi de septembre, le pont de la Poya est pratiquement d’un seul tenant. Le soleil, encore estival, illumine la cathédrale Saint-Nicolas et le vieux Fribourg. En automne 2014, la vieille ville sera libérée de son trafic de transit, de ses «25 000 véhicules passant quotidiennement, dépassant les limites de bruit et de qualité de l’air depuis des lustres», souligne Corinne Rebetez, responsable de la communication à la Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions de l’Etat de Fribourg.

L’ouvrage ne se limite pas au pont. Les deux tiers du projet sont sous terre.
L’ouvrage ne se limite pas au pont. Les deux tiers du projet sont sous terre.

Voilà le but principal du superbe ouvrage, qui, avec ses 196 mètres entre les deux mâts, s’offre la plus grande portée centrale d’un pont haubané du pays: protéger le patrimoine historique du quartier du Bourg tout en améliorant la performance des transports publics urbains et régionaux.

Un rêve élaboré en 1959 déjà

Quelque 211 millions de francs, pas mal de prouesses techniques et de psychologie face à telle ou telle mauvaise humeur citoyenne auront été nécessaires pour réaliser ce rêve que Fribourg caresse depuis…1959.

Avec 196 mètres entre ses deux mâts, l’édifice fribourgeois s’offre
la plus grande portée centrale d’un pont haubané de Suisse.
Avec 196 mètres entre ses deux mâts, l’édifice fribourgeois s’offre la plus grande portée centrale d’un pont haubané de Suisse.

Car il y a bien sûr, visible loin à la ronde, ce vaisseau blanc qui enjambe la Sarine à 70 mètres de hauteur avec tant de légèreté — une impression de finesse correspondant à la réalité, mais accentuée par des soubassements gris. «De loin, on ne voit que le blanc de la dalle en béton», explique Christophe Bressoud, le manager du projet.

(Vidéo de la construction du pont de la Poya à Fribourg. Source: Youtube/Zwahlen Mayr)

«Mais, souligne l’ingénieur responsable, l’ouvrage Poya ne se limite pas au pont, sa partie naturellement la plus visible et spectaculaire. Les deux tiers du projet sont sous terre.» Une fois devant, le visiteur («Jusqu’à 1000 personnes par mois», précise Corinne Rebetez, rappelant que l’ampleur de l’intérêt public a dépassé toutes les prévisions) s’aperçoit d’ailleurs que le pont n’est pas si long, beaucoup moins que la vue lointaine de l’ouvrage ne le laisse supposer, en tout cas: 852 mètres. Alors que la longueur totale du projet, elle, avoisine les 2800 mètres. Car, côté route de Morat et patinoire de Saint-Léonard, l’accès se fera par la voie souterraine construite pour l’occasion.

Le chantier suscite un grand intérêt: il accueille jusqu’à plus de 1000 visiteurs par mois (ici les aérations naturelles du tunnel).
Le chantier suscite un grand intérêt: il accueille jusqu’à plus de 1000 visiteurs par mois (ici les aérations naturelles du tunnel).

Idem pour le tunnel passant sous la ligne CFF Fribourg-Berne. Christophe Bressoud parle de quelque 250 000 m3 de matériaux à excaver. «Il y a donc ce double franchissement de lignes CFF, précise Corinne Rebetez, dont l’axe Genève – Saint-Gall, sur lequel il a fallu garantir que les trains puissent continuer à rouler à une vitesse minimale de 100 km/h. Tout en creusant une chaussée de 10 mètres de large sous terre et en maintenant la possibilité de circuler en surface. Un vrai défi technique et logistique!»

Un million de francs est investi chaque semaine

Le 5 septembre a representé une date clef dans l’avancement des travaux. D’abord parce que ceux-ci ont débuté il y a cinq ans presque jour pour jour. Ensuite parce que l’ouverture du tracé de la Poya – pont et tunnels – est prévue à l’automne 2014. Quand on sait que les premières idées de traversée de la Sarine datent de 1959, que le concours d’ingénieurs a été organisé par la ville en 1989 (avant que le canton ne reprenne le projet à son compte 7 ans plus tard) et que le sujet a triomphé en votation populaire en 2006, il n’est pas exagéré de parler de projet du siècle pour Fribourg.

Chantier du pont de la Poya à Fribourg. Pose de coffrages.
Chantier du pont de la Poya à Fribourg.

Et ce n’est pas un dépassement de budget d’environ 17% (211 millions de francs selon les dernières estimations contre 120 millions présentés au peuple en 2006, mais «qui ne comprenait alors par la galerie souterraine, qui a fait l’objet d’un crédit additionnel au Grand Conseil», relève Corinne Rebetez, qui précise qu’il manque environ 30 millions pour boucler le budget) ni la grogne d’une minorité du politique et de la population concernant la fermeture simultanée à la circulation du pont de Zähringen (d’ailleurs partie intégrante du projet dès le départ) qui empêcheront cette impatience de grandir. «Actuellement, un million de francs est investi chaque semaine. Ça ne donne pas trop envie de traîner», reconnaît en souriant Corinne Rebetez.

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Laurent de Senarclens