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10 novembre 2014

Porrentruy, côté cour

Cachots humides, sombre venelle, tour mystérieuse… A l’aide d’une clé numérique et via un «Circuit secret», le visiteur part à la découverte des trésors cachés de la capitale ajoulote.

Vue sur le Château de Porrentruy
Un circuit avec de très agréables surprises à la clé!

Un voile de brume flotte au-dessus de Porrentruy, Pruntrut comme dirait Marie-Thérèse Porchet née Bertholet. En ce mois de la Saint-Martin, où le cochon se fait évidemment discret, nous nous apprêtons à tester une nouvelle offre touristique: le «Circuit secret»! Késako? «A l’aide d’une clé numérique, vous accédez à des endroits insolites et auparavant inaccessibles au public.»

Portrait d'Emilie Moreau
Emilie Moreau, chargée de projet chez Jura Tourisme.

Cheffe de projet à Jura Tourisme, Emilie Moreau est parvenue à titiller notre curiosité. Nous partons donc en sa compagnie à la découverte des trésors cachés de cette cité de quelque 7000 âmes, de ce gros bourg chargé d’histoire. Direction le château, résidence jadis des princes-évêques de Bâle et monument sans doute le plus spectaculaire de la capitale ajoulote.

La Tour Réfous.
La Tour Réfous

Après un petit arrêt sur l’esplanade pour reprendre notre souffle et profiter du point de vue sur les faubourgs, ascension de la tour Réfous. A l’intérieur, l’on entend comme des grognements. Encore quelques marches et nous voici plongés dans une salle à l’atmosphère étrange. Un coup de tonnerre retentit soudain et le mur d’en face s’ouvre sur une plage du Jurassique où s’égaient dans l’Ajoie d’alors quelques dinosaures patibulaires.

La magie de la réalité augmentée opère, donnant force et forme à ce petit film d’animation, à ce théâtre d’ombres chinoises à la fois poétique et esthétique, mis en scène et en son par Camille Scherrer. «Cela fait un peu penser à l’art populaire du découpage tel qu’il se pratique encore au Pays-d’Enhaut, la région d’origine de cette jeune et talentueuse designer», relève Emilie Moreau.

Prendre la clé des… villes

Le badge attaché à une grosse clé de cave traditionnelle.
Un passe-partout numérique n'empêche pas une bonne vielle clé d'être utile...

Nous reprenons le fil de notre escapade pour nous retrouver, deux ou trois volées d’escaliers plus tard, au sommet de la tour avec un panorama à 360 degrés sur Porrentruy et ses environs. Redescente prudente par le même itinéraire pour nous rendre à la case prison. Porte close. Notre guide nous tend une vieille clé à laquelle est accroché un badge électronique, précieux sésame qui nous permettra de franchir cet obstacle ainsi que tous ceux qui se dresseront encore sur notre route.

Les anciens cachots se trouvent au sous-sol. De véritables trous à rats sombres, exigus et tristes à pleurer dans lesquels ont croupi des générations de crapules, mais aussi d’insoumis, à l’instar de Pierre Péquignat dont l’histoire – de son arrestation à sa décapitation – est justement contée en images et en bruitages à l’intérieur de l’une de ces cellules. Dans la geôle voisine, l’on surprend une sorcière que le prince-évêque a embastillée et qui tente vainement de s’échapper.

Le plafond richement orné de la chapellede Roggenbach.
Le plafond richement orné de la chapellede Roggenbach.

«Nous, au moins, on peut en sortir!» Emilie Moreau nous conduit maintenant à la chapelle de Roggenbach. Nous relevons la tête pour admirer son incroyable plafond en stucs avant de nous pencher sur une ancienne maquette du château qui trône en son milieu. Nous quittons cet oratoire et coupons par la ville basse pour aller directement au numéro 11 de la rue Trouillat.

Là, à l’aide de notre passe-partout numérique, nous libérons une très grosse clé, qui nous ouvrira l’accès à la cave voûtée que le propriétaire des lieux, François Queloz, a restaurée de ses blanches mains. «Lors de la rénovation, il a trouvé un trésor, raconte notre guide. Mille deux cents pièces faites d’un alliage de cuivre et d’argent, datant des XIVe et XVe siècles.» L’Etat a saisi le magot, ne laissant que quelques petits sous en exposition ici.

Tour de magie et de cochon

Le journaliste et Emilie Moreau vus de dos dans uen rue étroite de Porrentruy
Ce jour-ci, malgré la Saint-Martin, point de cochon en cavale au bout de la venelle...

Nouveau coup de badge magique pour atterrir, cette fois-ci, dans une étroite venelle. «Je ne sais pas si c’est une légende urbaine, mais il semble que la largeur de ces ruelles était calculée de manière à ce qu’un cochon puisse faire demi-tour.» Une fenêtre s’éclaire à notre gauche. Courte pause, le temps de voir défiler les saisons au rythme de ce son et lumière, toujours signé Camille Scherrer.

Dernière étape: l’Hôtel-Dieu, point de départ et d’arrivée du circuit. Après avoir arpenté quelques couloirs jusqu’à la citerne de cet ancien hôpital, nous découvrons une ultime animation ayant pour décor une grotte et un lac souterrain dans lequel nage la… vouivre, bête de légende et emblème de l’Ajoie. La voilà qui se transforme en une jeune femme à la chevelure argentée, prête à nous séduire pour mieux nous perdre!

Difficile retour à la surface et à l’Office du tourisme pour la restitution de la clé. Nous aurions eu envie de prolonger l’expérience, de faire encore un petit tour de cette ville charmante et désormais un peu moins mystérieuse…

Auteur: Alain Portner

Photographe: Michal Schorro