Archives
29 octobre 2012

Pour 1000 balles, tu meurs plus!

Isabelle Kottelat se livre à une funeste réflexion sur les coûts de la vie, enfin, juste après.

croquis d'un ange avec des ailles en billets
Rien n’est 
gratuit dans 
la vie. Encore moins la mort.

Franchement, mourir, ça devrait être interdit aux pauvres. Entendez tous ceux qui n’ont pas 10 000 balles sous leur matelas. Avant de passer l’arme à gauche, vérifiez donc que votre douce moitié et/ou vos descendants possèdent des bas de laine bien garnis. Parce que rien n’est gratuit dans la vie. Encore moins la mort.

Déjà, la facture des pompes funèbres – merci à eux, ils font un travail que peu accepteraient, plutôt mourir – est à l’image de leur nom: pas gaie, quoi. Plusieurs billets roses sont nécessaires. Pour un peu que le cher défunt ait eu l’idée de monter au paradis via un accident, et les frais de transport en ambulance sont pour vous aussi. En tout cas en partie. Le notaire, je n’en parle même pas. Du moment qu’il y a un bien, une maison... Et les quatre-heures qui garnissent toute cérémonie d’adieux vous laisseront fatalement sur la paille. Pendant ce temps, les comptes bancaires au nom du disparu – même ceux aux noms communs du couple – sont bloqués: c’est la loi, jusqu’à la délivrance du certificat d’héritier. Qui peut prendre quelques semaines.

Or donc, vous avez raclé les fonds de tiroir et ceux de la famille, tout est réglé, pensez-vous. Et paf! La pierre tombale vous achève. Même si sa pose peut être décalée d’une année, il faut entretenir la tombe en attendant: quelques centaines de francs pour les fleurs, la même chose pour la croix provisoire.

Nouvelles vivifiantes: si vous aviez quelques sous de votre vivant, les banques acceptent de payer, avec, les factures liées à votre mort, malgré le blocage des comptes. Si vous n’aviez ni sous ni famille, la commune vous offre le minimum décent – ou l’Etat si vous viviez en EMS. Et si vous avez de la famille, mais peu, peu aisée, les pompes funèbres font généralement tout pour que le passage vers l’au-delà vous soit quand même accessible. Jusqu’à payer de leur poche, parfois.

Ouf, vous pouvez donc mourir en paix. Sauf si vous habitez à Cugnaux, à Lavandou (en France) ou à Falciano, près de Naples. Là-bas, c’est carrément interdit de tomber raide si vous ne possédez pas de caveau familial. Parce qu’il n’y a plus de place au cimetière du village. Que pour les riches, je vous disais.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck