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5 janvier 2014

Pour des petits pois en hiver

Isabelle Kottelat revient sur la naissance de la boîte de conserve.

Dessin d'une boîte de conserve
Boîte de conserve: made in England?

Chaque fois qu’on ouvre son frigo, il vaut la peine de se rappeler qu’il a fallu des armées de morts pour qu’on trouve un moyen de conserver les aliments. C’est sous Napoléon Bonaparte, dont les soldats tombent comme des mouches à cause du scorbut et autres joyeusetés médicales, que le gouvernement lance un concours, en 1795, à qui saura inventer un procédé pour conserver la nourriture.

Quinze ans plus tard, un confiseur remporte la palme avec son système encore utilisé aujourd’hui: l’appertisation. Le doux nom des premières conserves de Nicolas Appert. Des aliments mis en flacons hermétiques et cuits au bain-marie.

On doit aussi remercier l’armée pour l’invention de la boîte de conserve métallique, puis le premier brevet d’invention est délivré en 1810 au commerçant anglais Peter Durand. Bon, les Hollandais utilisaient déjà depuis un siècle des boîtes en fer-blanc pour conserver le saumon salé et fumé dans de la graisse. Et si aujourd’hui les conserves en boîtes font figure de nourriture du pauvre, à l’époque, c’est le luxe des riches de manger des petits pois en hiver!

Au même moment, ils sont aussi beaucoup à se battre pour mettre au point des systèmes de froid artificiel, ancêtres de nos frigos – dont le nom nous reste de l’une des marques pionnières, Frigidaire. Surtout des Américains. Même Einstein s’y met, mais son invention est trop compliquée à réaliser. Un premier modèle est lancé sur le marché en 1922, vendu plus cher qu’une voiture!

Du coup, l’homme est préservé des moisissures mais succombe aux gaz toxiques utilisés pour le refroidissement: ammoniac, éther… Jusqu’à ce que l’Américain Thomas Midgley développe les fameux CFC ou chlorofluorocarbones, dont le fréon. Qui, lui, ne nous attaque plus, mais détruit la couche d’ozone. Exit aussi. Pour laisser la place aujourd’hui à l’isobutane.

© Migros Magazine - Isabelle Kottelat

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck