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24 août 2015

Pour écouter le silence

Incursion dans le Jura sauvage des Franches-Montagnes, entre pâturages infinis et miroirs de tranquillité. De Montfaucon à l’étang de Bollement (JU), voilà une balade facile, modulable et pleine d’enchantements pour toute la famille.

Deux promeneuses dans le paysage jurassien
Le paysage, magnifique, permet de se ressourcer au calme et sans trop d’efforts.

Cette escapade plaira aux mollets de tous âges: en pente douce, pas trop longue, sur un chemin toujours bien balisé. On part donc, la fleur aux dents, depuis la gare de Pré Petitjean, à Montfaucon (JU), pour voir une fois de près ce Jura sauvage, le seul, le vrai.

Le temps de longer sur quelques mètres la voie ferrée, de frôler le hangar du célèbre train à vapeur, de bifurquer à droite au premier embranchement, et très vite, on se retrouve dans ce décor typique du massif jurassien: pâturages qui s’étirent au soleil, murets de pierres sèches, sapins majestueux et silence parfait.

Après quelques minutes de marche, on atteint déjà une aire de pique-nique, avec ses bancs, son coin pour le feu et sa pile de bois à disposition. Une cabane rudimentaire invite même les enfants pour l’Amérique… Mais il est trop tôt pour la première pause! On continue sur le chemin, laissant en contrebas les rails du train engoncés dans leur lit de vernes.

Comme un conte bucolique

A l’entrée de la réserve naturelle, le paysage s’ouvre soudain comme un livre. Double page de verdure, fendue par la seule ligne ocre du sentier et, de chaque côté, une garnison de sapins. C’est là qu’avec un peu de chance, vous pourrez croiser les chevaux des Franches-Montagnes qui batifolent en toute liberté. Vision de carte postale. Avec sa robe bai, le chanfrein blanc, le franches-montagnes, unique race chevaline suisse, a le pied sûr et le caractère docile. Pas farouche, il se pourrait même qu’il vienne frotter son museau dans la paume des visiteurs.

Mais ce jour-là, pas âme qui vive. Le pâturage est quasi désert, traversé par une joggeuse et quelques rares vélos. On marche dans le silence, à peine rayé par le vol des buses, du vert à perte de vue comme une moquette
fraîchement ripolinée.

Un haut-marais qui regorge de trésors

L’étang de Plain-de-Saigne est une des perles de la promenade et vaut la peine qu’on s’y attarde. Interdit à la baignade, il est un véritable réservoir de truites, de carpes et de gardons. D’ailleurs, un pêcheur se tient là, sur ses rives, avec tout son attirail, canne, bourriche, boîte à hameçons. «Je viens ici depuis quinze ans pour écouter le silence.

Je guette le héron qui se pose tout près, les hirondelles qui viennent boire en vol… On ne s’en lasse pas!

Jean-Yves Chalal
Jean-Yves Chalal
Jean-Yves Chalal tient le poisson dans sa main.
Ce poisson vient d'être pêché par Jean-Yves Chalal

Et le soir, pas besoin de berceuse, on dort comme des bébés!», sourit Jean-Yves Chalal, qui délaisse chaque été sa Bretagne natale pour le Jura. Au même instant, le bouchon se met à danser sur les ondes: une petite carpe hébétée frétille au bout de la ligne. Laquelle ne finira pas en friture. «Je ne suis pas un sauvage! Je remets tout à l’eau. Je ne pêche que pour le plaisir et la détente», dit-il en relâchant le poisson.

On reprend le chemin qui s’enfonce sous les frondaisons, entre ombellifères et érables frémissants, avant de rejoindre l’asphalte, en direction de La Combe. Les chardons desséchés lancent leurs plumets dans l’air qui crisse, le paysage dodeline en croupes de jade, collines, vallons, dolines où s’enfonce parfois un sapin solitaire.

Dans cette contrée digne des Hobbits, on rejoint le lieu dit La Combe, avec son camaïeu de verts tout emballé de silence. L’endroit rêvé pour faire une halte au Buffet de la gare (fermé le mardi et le mercredi), avec sa ferme adjacente qui propose en self-service saucisses sèches, œufs du jour et boissons fraîches.

Les deux promeneuses passent sous un tunnel ferroviaire.
Le train rouge n’est jamais loin au long de cette balade, serait-il déjà passé?

On repart ragaillardi, en baissant la tête sous le tunnel ferroviaire – toute la balade n’est qu’une partie de cache-cache avec le petit train rouge – et on émerge dans un vallon charmant, avec ses affleurements de calcaire, ses carlines et ses brassées de menthe sauvage. Sous l’œil curieux d’une génisse rousse, on suit le chemin qui s’avance dans une zone soudain plus humide. C’est là qu’est tapi le petit étang de La Côte d’Oyes, nappé de nénuphars et enfoui derrière un rideau de broussailles et de saules.

Ne se fier qu’à ses pieds

Après une petite descente caillouteuse, «dangereuse pour les trottinetteurs, qui sont priés de mettre pied à terre», comme le recommande un panneau, on s’enfonce dans l’ombre d’un sous-bois, où glougloute le Tabeillon. Fougères et chapeaux de sorcière, passerelle et petit pont, l’endroit est un véritable enchantement.

Un étang imposant par sa taille et ses habitants

Un étang
Le plan d’eau est en parfaite symbiose avec la riche végétation et la faune à ses alentours.

Et puis, soudain, entre deux mèches de feuillage apparaît la perle, le clou de la promenade: le grand étang de Bollement, parcouru de libellules turquoise et de vulcains. Un hectare à lui tout seul. Ce lieu d’une grande biodiversité héberge sept espèces de batraciens et surtout une belle variété florale, typique des prairies humides: iris, reines des prés, renoncules aquatiques, roseaux… C’est aussi là que se trouvait, de 1514 à 1972, un moulin et une scierie, dont il ne reste rien, si ce n’est une roue en bois exposée au centre du village
de St-Brais.

L’envie de s’attarder là, au miroir de l’eau, adossé à l’ombre de la sapineraie, est grande, d’autant que le retour peut se faire en train. L’arrêt du Bollement n’est qu’à quelques pas, le temps d’escalader une volée de marches. En dix minutes, on revient à Pré Petitjean, où il vaut la peine de faire une visite à la ferme Lafleur: mini meringues à la framboise ou au café, sirop de myrtille ou de cassis, fromages à la coupe, moutarde à la bière et même jouets en bois… De quoi apprivoiser d’un seul coup toutes les saveurs sauvages des Franches-Montagnes!

Texte © Migros Magazine / Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Matthieu Spohn