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20 avril 2015

Pour husky sonne le glas

Fondatrice de l’association «SOS chiens polaires», à Payerne (VD), Carine Mettraux se bat pour rendre une vie normale à des animaux trop souvent abandonnés, maltraités, malades ou jugés trop vieux.

Un husky photo
Les chiens polaires abandonnés retrouvent une vie normale dans la ferme de Carine Mettraux.

C’est un endroit idéal: une ferme en zone inondable, coincée entre une autoroute et un stand de tir, avec des avions militaires qui passent par-dessus. Idéal en tout cas pour accueillir une quarantaine de chiens polaires dont le vacarme n’importunera personne.

Des chiens maltraités, abandonnés, attachés à des arbres, déposés devant la porte, dans une caisse ou laissés pour quelques jours avec la promesse de venir les rechercher après les vacances – «personne ne revient évidemment». Voilà comment les animaux arrivent chez Carine Mettraux, fondatrice de «SOS chiens polaires» à Payerne (VD).

Sissi, la vieille chienne blanche, vient se faire cajoler par Carine Mettraux photo.
Sissi, la vieille chienne blanche, vient se faire cajoler par Carine Mettraux.

Telle Sissi, chienne blanche âgée aujourd’hui de 14 ans, «une vieille dame, qui souffre d’un cancer des os» et dont personne ne voulait parce que peu sportive mais qui s’est montrée «extraordinaire toute sa vie avec les enfants ou dans le milieu du handicap».

Le dernier arrivé, il y a quelques jours, un jeune chien d’une année et demie, était dans une famille qui a contacté Carine. «Un troisième enfant venait de naître, donc moins de temps pour le chien. Et puis un husky avec un bébé, ce n’est pas vraiment conseillé.»

Les SPA appellent aussi parfois. Les polaires, il faut le dire, sont des chiens souvent abandonnés. «Ce sont des animaux particuliers qui aiment être dehors, se balader même quand ils sont vieux. Si on en prend un, mieux vaut savoir que ça bouge.»

Les futurs propriétaires ne sont pas suffisamment informés

Avec aussi une tendance marquée à la fugue. «Vous pouvez bien sûr l’éduquer, lui apprendre à faire assis-debout-couché, il y aura toujours un moment où votre chien va ficher le camp, suivre une piste. Nous, ici, on ne s’amuse pas à les lâcher.» «SOS chiens polaires» dispose d’un terrain d’entraînement où les chiens peuvent courir. Des bénévoles viennent également les promener – en laisse, en trottinette, en kart, à ski de fond, mais toujours attachés.»

A l'entrée du domaine, le cimetière des huskies appelé «le temple».
A l'entrée du domaine, le cimetière des huskies appelé «le temple».

Selon Carine Mettraux, les vendeurs, souvent pressés de réaliser une bonne affaire et de se débarrasser de l’animal, n’informent pas suffisamment les futurs propriétaires sur les caractéristiques d’un chien qui «reste quand même un chien de traîneau, donc de meute». Qu’il vaut donc mieux ne pas laisser seul. «Il faudrait en prendre au moins deux, même s’il n’est pas nécessaire que le deuxième soit forcément un husky.»

Les chiens polaires, Carine y est arrivée par hasard. Pour ses vingt ans, elle voulait s’offrir un akita inu, un chien japonais. «Mais ça coûtait trop cher, je travaillais à l’époque dans une pouponnière pour 800 francs par mois.» Une amie lui signale alors des mala­mutes qui sont à vendre. Des malamutes?
Carine n’a jamais entendu parler de ces bêtes-là. Des chiens de traîneau de l’Alaska. C’est ainsi qu’Aphrodite entre dans sa vie.

Plus tard, éducatrice dans une école à Château-d’Œx (VD), elle se rend compte que le meilleur moyen de faire marcher les enfants ou de faire du ski de fond avec eux sans qu’ils râlent, «c’était de prendre ma chienne avec». Après Aphrodite, il y aura Zeus, un mâle aux yeux vairons, puis Cheyenne qui a servi de modèle pour le logo de l’association. Car peu à peu, Carine s’est mise à récupérer les chiens polaires dont les gens ne voulaient plus. En une année, elle arrive à vingt-sept: «Cheyenne est le premier chien maltraité que j’ai récupéré. Elle a été séquestrée pendant sept ans dans une maison, chez des toxicomanes où elle a été lancée contre les murs, bâillonnée, une histoire à faire froid dans le dos.»

Sissi prend un peu de repos photo.
Sissi prend un peu de repos.

Longtemps Carine avait pensé qu’un chien maltraité serait forcément très agressif et même irrécupérable. «Avec Cheyenne, je me suis aperçue que je me trompais sur toute la ligne. Depuis onze ans que je récupère des chiens, aucun ne m’a déçue. Ils sont là quand on a besoin d’eux, ils sont volontaires, généreux, savent s’adapter, notamment quand ils travaillent avec des enfants ou des handicapés.»

Un tiers des chiens de Carine ont plus de 12 ans. Un âge déjà canonique pour des animaux considérés comme vieux à partir de 10: «C’est un peu l’EMS ici», constate-t-elle. Une situation qui s’explique par le fait que l’âge est souvent la cause de l’abandon. «Il y aura le musher qui ne les veut plus parce qu’ils ne sont plus compétitifs ou monsieur et madame Tout-le-monde qui voient qu’à partir d’un certain âge les frais de vétérinaire commencent à devenir importants et qui veulent prendre un chien plus jeune.»

Animal emblématique à cet égard, la chienne polaire Aniak, aveugle et sourde, dont Lolita Morena est la marraine, et qui participe encore à des courses de traîneau: «En montée elle va très bien, elle a juste un peu peur dans les descentes, mais ça prouve que malgré son double handicap, elle a le droit de vivre comme les autres.»

Le husky est un chien qui vit en meute et qui n'apprécie donc pas la solitude photo.
Le husky est un chien qui vit en meute et qui n'apprécie donc pas la solitude.

Habituellement les chiens qui arrivent chez Carine ne sont pas replacés. Il peut y avoir des exceptions toutefois, des cas où le chien est adopté par ses parrains et marraines. C’est ainsi que l’association appelle les volontaires qui versent de l’argent pour l’entretien d’un chien ou viennent le trouver et le promener.

Une menace pèse pourtant sur «SOS chiens polaires»: la maison qui l’abrite va être vendue. Carine cherche à rassembler des fonds pour l’acheter: «Quoi qu’il arrive, il est de toute façon exclu que j’abandonne mes chiens. Quitte à vivre dans une caravane comme ça m’est déjà arrivé.»

Texte © Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Jeremy Bierer