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3 juin 2016

Pour le smartphone et pour le pire

C’était dans un backyard, à Brooklyn. Un barbecue, des copains, du vin. A priori, le village avant le Paradis. J’ai profité de tout. Mais j’ai sérieusement angoissé pour un truc quand on a parlé des gosses.

Portriait de Xavier Filliez tirant sur ses bretelles
Xavier Filliez

À quarante piges, il y a forcément un moment, quand le fils de ton hôte se pointe habillé en reine des neiges ou que ta fille de neuf ans flirte avec le copain du copain mais se défend qu’elle joue au loup, où tu en viens à parler des enfants.

Sujet du jour. Du siècle en fait. A quel âge, le smartphone? D’avance, pardon pour mes penchants phobiques, mais à partir d’ici on va tous passer un mauvais moment. En gros, belle unanimité autour du 6th grade (sixième primaire). Pour le côté social du téléphone. Qu’on le veuille ou non, la construction de soi passe aujourd’hui par les cyber-bavardages sur Whatsapp, les selfies sur Instagram, la popularité de ses posts sur Facebook.

Je ne m’y oppose pas. Et je suis même certain que je serai un superpapa de ce point de vue malgré les dangers auxquels l’outil en question les expose. Bien au courant. Curieux mais pas trop. Strict et cool à la fois #autocongratulation #vivemonego #bestdadever.

Les dangers donc. La cote de popularité. Les pressions, les humiliations et les vengeances. Ce qui, à notre époque (#jesais #phrasedevieuxcon), faisait trembler le préau pour un moment et finissait pas s’essouffler aux frontières du quartier, provoque désormais un tsunami sur les réseaux sociaux conduisant à des tragédies que vous et moi lisons mensuellement dans les journaux sans trop vouloir y croire.

Parce qu’en réalité, c’est à peine croyable qu’Océane, une ado violée par son petit ami qui aurait également posté des photos d’elle nue sur Snapchat, se suicide en direct sur Periscope (une application de live streaming).

C’est à peine croyable qu’un petit gars, en mal de popularité et souhaitant épater ses followers, décide de «faire l’amour» avec un Hot Pocket (lien en anglais), un sandwich congelé jambon-fromage à mettre au micro-ondes, et poste son exploit sur Vine.

C’est à peine croyable que 7% des utilisateur de Tinder (une application de flirt en ligne) aient entre 13 et 17 ans et que le lexique des (pré)ados soit à ce point abrupt et créatif lorsqu’il s’agit d’explorer sa sexualité. IWSN pour «I want sex now». GNOC pour «Get naked on camera». DOC pour «Drug of choice». TDTM pour «Talk dirty to me». 99 pour «Parents gone». Vous pouvez continuer de vous instruire sur un site internet recensant les acronymes à connaître en tant que parents (lien en anglais) ...

C’est à peine croyable qu’une jeune fille de 13 ans, rescapée d’un cancer et d’une transplantation du foie, victime de multiples formes de harcèlement social à l’école, se fasse assassiner par un ado rencontré sur Kik (lien en anglais). Kik est une application de messagerie anonymisant les données de ses utilisateurs, protégeant donc les ados et les prédateurs en même temps.

Entre les Mozart de Youtube et les sacrifiés du cyber-harcèlement, il y a, naturellement, de très belles choses dans l’avènement de l’ère technologique. Avec des applications comme Mspy, Mamabear ou Phonesheriff, on peut… espionner les activités de ses gosses sur les réseaux sociaux #ohmygod #stay9 #dontgrowup #telephone-gobelets-ficelle.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez