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16 juin 2014

Pour un tourisme plus responsable dès le départ

Lors de séjours à l’étranger, notre empreinte écologique contraste souvent avec tous les efforts environnementaux consentis au fil de l’année. Conseils pour voyager sans avoir mauvaise conscience.

Illustration d'une famille qui se détend dans son jardin
Pourquoi ne pas profiter de son chez-soi pour se détendre?

On reste ici!» C’est par ce slogan accrocheur que le WWF a choisi de faire campagne en ce début d’été pour inciter les Suisses à passer leurs prochaines vacances à l’intérieur des frontières nationales.

Pour convaincre du bien-fondé environnemental de cette initiative, l’ONG a calculé l’empreinte écologique de deux voyages d’une semaine: l’un à Hurghada, en Egypte, l’autre à Scuol, dans les Grisons. Le résultat est sans appel. Le premier équivaut à 2,5 tonnes de gaz à effet de serre, ce qui correspond au volume généré par un Suisse moyen en deux mois et demi. Alors que le séjour en Engadine occasionne précisément 172 kg de CO2, soit environ 90% de moins que le voyage effectué en Egypte.

Un bilan qui se gâte principalement sur le tarmac

Des résultats qui n’étonnent pas Christophe Clivaz, professeur à l’Institut universitaire Kurt Bösch à Sion.

«Le transport jusqu’au lieu de villégiature représente en moyenne 75% des émissions de gaz à effet de serre,

explique l’expert en tourisme durable. C’est en jouant sur cet aspect-là qu’il est donc le plus facile de réduire son empreinte écologique.» Pourtant, avec la baisse générale des prix des vols ces dernières années et l’arrivée des compagnies low cost sur le marché de l’aviation, c’est le phénomène inverse qui s’est produit.

«En Suisse comme ailleurs en Europe, les milieux touristiques ne voudraient pas de l’introduction d’une taxe écologique sur les vols internationaux, parce que ce marché s’appuie sur une nouvelle clientèle en provenance d’Asie. Si le transport aérien coûte plus cher, on perdra certainement une partie de ces visiteurs. Mais en contrepartie, cela incitera les touristes européens à voyager davantage sur le continent!»

Passer ses vacances dans son propre pays, c’est bien. Mais certains vont plus loin encore. Même si leurs moyens financiers le leur permettaient, une petite minorité préfère ne pas quitter le domicile pendant ses congés. Un nouveau courant que l’on définit par l’anglicisme de staycation.

Ses adeptes utilisent leur temps libre pour profiter de leur jardin ou visiter leur propre ville,

Rafael Matos- Wasem
Rafael Matos- Wasem

indique Rafael Matos-Wasem, professeur à la Haute Ecole de gestion et tourisme de la HES-SO Valais à Sierre. Et pourquoi ne pas passer une nuit dans un hôtel à un jet de pierre de chez soi? Ce qui demande quand même de savoir oublier ses habitudes quotidiennes…»

Pour ceux qui ne peuvent résister à l’envie de s’envoler vers des destinations plus exotiques, il existe des programmes de compensation de ses émissions de CO2, proposés directement par certaines compagnies aériennes. Quelques clics suffisent pour connaître l’empreinte écologique de son trajet et la somme équivalente à débourser, qui servira ensuite à financer divers projets écologiques.

«C’est un peu comme le système des indulgences au Moyen Age, cela permet de donner bonne conscience aux voyageurs, estime Rafael Matos-Wasem.

Le système des compensations est un début de solution,

mais je crains que l’argent demandé ne tienne pas compte de toutes les répercussions environnementales des vols. Ces sommes sont encore bien trop modiques!»

Christophe Clivaz
Christophe Clivaz

«Il s’agit aussi de vérifier que les fonds récoltés par ces programmes donnent lieu à des initiatives qui n’auraient pu voir le jour sans cet argent, met en garde Christophe Clivaz. Or, on s’aperçoit qu’ils ne servent parfois qu’à remplacer des financements dont un Etat aurait dû de toute manière s’acquitter…»

L’offre verte des acteurs du tourisme

Les voyagistes surfent aussi depuis quelques années sur la vague de la durabilité, le plus souvent en proposant des hôtels certifiés comme «respectueux de l’environnement». Mais peut-on vraiment considérer un voyage aux Seychelles comme «durable» si l’on ne prend en compte que les efforts consentis par son hôtel?

«En premier lieu, il s’agit de se demander si une autre destination ne serait pas envisageable, puisque le seul déplacement en avion représentera l’immense majorité de son empreinte écologique, répond Christophe Clivaz.

Mais lorsqu’on parle de durabilité, il faut toujours tendre vers un équilibre sur trois piliers: d’un point de vue environnemental bien sûr, mais aussi social et économique.»

L’engagement de l’hôtel doit aussi être considéré

Car lorsqu’on parle d’écologie, il ne faut pas tenir compte que des émissions de CO2. «Les hôtels ont souvent un système de climatisation très gourmand en énergie ou une utilisation des ressources locales qui peut amener à des conflits avec la population, ajoute Rafael Matos- Wasem. Comme une piscine qui consomme beaucoup d’eau, alors qu’elle est limitée dans la région!»

D’où l’importance de choisir un hôtel certifié par l’un des nombreux labels environnementaux, comme Travelife (lien en anglais), partenaire de l’Union européenne et qui collabore avec les principales agences de voyages helvétiques.

Ce secteur du «voyage durable» pourrait-il aussi inspirer le tourisme en Suisse, qui peine depuis quelques années à sortir la tête de l’eau? «Les destinations helvétiques manquent encore cruellement de positionnement, conclut Christophe Clivaz. Une amélioration dans ce sens permettrait de capter une nouvelle clientèle, même si elle nécessiterait d’adapter certains produits. A l’instar des stations du réseau «Perles des Alpes», qui récompensent déjà les touristes s’y rendant en transports publics, en leur faisant bénéficier de rabais ou autres avantages.»

Un joli défi à relever pour la Suisse qui, malgré son excellent réseau de trains et de bus, voit encore arriver plus de 80% de ses visiteurs en voiture.

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Andrea Caprez (illustration)