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7 mai 2012

Pour une libre circulation de la faune

Migrations, ravitaillement, brassage des populations: pour survivre, les animaux ont un besoin constant de se déplacer. D’où l’importance de maintenir en état les corridors biologiques, ces voies de circulation entre les espaces naturels.

Dessin d'animaux traversant au feu vert
Tout au long de leur existence, les animaux ont besoin de se déplacer pour se nourrir, se reposer, se reproduire ou conquérir de nouveaux territoires.

Rallier un point A à un point B? Rien de plus simple pour nous autres humains! Il nous suffit de sauter dans une voiture, un avion ou un bateau pour rejoindre notre destination, aussi reculée soit-elle. Pour nos amies les bêtes, c’est une tout autre histoire...

Autoroutes, chemins de fer, zones agricoles ou urbanisées entravent bien trop souvent leurs déplacements. En 2010, près de 16 000 lièvres, bouquetins, cerfs et autre gibier ont perdu la vie sur les chaussées helvètes. Quant aux batraciens et aux hérissons, ils sont chaque année plusieurs milliers à mourir écrasés sous les roues des automobilistes (lire encadré). Au-delà de ces fatalités, «la mobilité restreinte de la faune demeure un problème méconnu du grand public, déplore Isabelle Perrotin, coordinatrice du pôle territoire et écosystèmes chez Pro Natura Genève. Or, tout au long de leur existence, les animaux ont besoin de se déplacer pour se nourrir, se reposer, se reproduire ou conquérir de nouveaux territoires. La fragmentation du paysage peut donc, à long terme, nuire à la survie des populations.» D’où l’importance de maintenir en bon état les corridors biologiques, ces voies de circulation entre les espaces naturels.

Véronique Savoy Bugnon, collaboratrice scientifique à l’Office fédéral de l’environnement.(Photo: DR)
Véronique Savoy Bugnon, collaboratrice scientifique à l’Office fédéral de l’environnement. (Photo: DR)

Objectif: assainissement des corridors biologiques

Conscient des enjeux, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a lancé à la fin des années 90 une vaste étude visant à déterminer l’emplacement des corridors à faune les plus importants – dits suprarégionaux – traversant notre pays et à en préserver ou restituer la qualité. Le constat?

Sur les 303 corridors recensés, 47 étaient totalement interrompus. Diverses mesures ont dès lors été prises. «Concernant le franchissement des routes nationales, l’Office fédéral des routes est chargé de remettre en état 40 corridors via la construction de passages à faune, ces ponts ou tunnels permettant aux animaux de traverser les voies de circulation humaines», explique Véronique Savoy Bugnon, géographe et collaboratrice scientifique à l’Office fédéral de l’environnement.

C’est aux cantons d’intégrer ces corridors biologiques à leur plan directeur.

«Ensuite, c’est aux cantons d’intégrer ces corridors biologiques à leur plan directeur (ndlr: la pierre angulaire de l’aménagement du territoire) et de s’occuper de leur assainissement», poursuit-elle. Du côté du Léman, le projet d’agglomération franco-valdo-genevois prend la problématique très au sérieux. «L’un des objectifs définis dans la charte que les partenaires du projet ont signée en 2007 est de préserver et de valoriser les espaces naturels et paysagers ainsi que leurs interconnexions, souligne Sandra Mollier, cheffe de projet. Pour ce faire, un travail a été conduit avec les associations de protection de la nature, les milieux agricoles, les collectivités françaises et suisses afin de déterminer toute une série de mesures à prendre pour maintenir et rétablir les corridors biologiques.»

Parmi les travaux engrangés donc, la renaturation de cours d’eau, la plantation de haies ou de vergers, la construction de passages à faune, l’entretien de milieux naturels d’intérêt – autant de moyens permettant à la faune de se déplacer plus aisément – mais aussi la pose de dispositifs anticollisions le long des routes, accompagnés de panneaux signalisant le passage d’animaux, et un programme de sensibilisation du grand public.

Delia Fontaine, coordinatrice du pôle éducation à l’environnement. (Photo: DR)
Delia Fontaine, coordinatrice du pôle éducation à l’environnement. (Photo: DR)

Des excursions pour aller voir les corridors biologiques

Côté animation, Pro Natura Genève n’est pas en reste. L’organisation de défense de l’environnement met régulièrement sur pied des excursions invitant les participants à déambuler le long de ces corridors biologiques. «Une manière de se mettre dans la peau des animaux, de prendre conscience des obstacles qu’ils peuvent rencontrer et auxquels on ne pense pas forcément, relève Delia Fontaine, coordinatrice du pôle éducation à l’environnement. Par exemple, les surfaces de compensation écologiques dans les zones agricoles permettent à la faune et à la flore de trouver des espaces favorables à leur maintien, leur développement et leurs déplacements.» Dans les régions urbaines, de nombreux petits gestes permettent également de limiter les obstacles que nous plaçons sur le chemin des animaux… (Lire encadré ci-contre)

A l’occasion de la fête de la nature 2012, Pro Natura Genève organise une excursion «Au fil des corridors biologiques» le samedi 12 mai de 13 h à 17 h 30. Plus d’infos: www.fetedelanature.ch

«La fragmentation du paysage peut donc, à long terme, nuire à la survie des populations.»
«La fragmentation du paysage peut donc, à long terme, nuire à la survie des populations.»

Agir pour la nature à petite échelle

Les corridors biologiques passent également par nos jardins. Pour éviter de dresser des obstacles trop importants pour la faune, suivez les conseils que Pro Natura Genève dispense au fil de ses brochures.

  • Préférez aux haies exotiques (thuyas, lauriers-cerises), qui forment des murs végétaux inhospitaliers, des arbustes indigènes comme le sureau, le cornouiller ou le noisetier. Leurs fleurs et leurs fruits fourniront gîte et couvert aux hérissons, papillons et oiseaux lors de leurs déplacements. Evitez également les clôtures à mailles serrées qui constituent des obstacles à la circulation.
  • Lorsqu’elles sont chauffées par le soleil, les allées et cours goudronnées deviennent infranchissables pour les insectes et peu engageantes pour de nombreux petits mammifères. Préférez donc les graviers, les pavés et les dallées ajourées.
  • Remplacez une partie de votre gazon par une prairie fleurie qui attirera des papillons et autres insectes.
  • Laissez dans un coin de votre jardin tas de bois, feuilles mortes, cailloux et broussailles: les reptiles, les petits mammifères et les insectes y trouveront de quoi manger et se loger.
  • Ne fauchez pas systématiquement les talus présentant des massifs d’orties et autres plantes hôtes d’un grand nombre de chenilles.
  • Evitez les engrais, fertilisants et pesticides, nocifs pour les plantes et les animaux.
  • Une fois que votre jardin sera prêt à accueillir hérissons, hirondelles et papillons, essayez de convaincre vos voisins d’en faire autant.
  • Enfin, si vous habitez en appartement, ne vous désespérez pas, vous pouvez aussi apporter votre pierre à l’édifice en transformant votre rebord de fenêtre en un point de passage privilégié pour les insectes: remplacez par exemple quelques-uns de vos géraniums par une jardinière de plantes locales ou aromatiques. Ou aménagez un logement à insectes en disposant contre votre mur une bûche percée de trous de différents diamètres

Pour en savoir plus: «Idées nature»,«Feu vert sur les corridors biologiques»,«Planter des haies indigènes»: des brochures publiées par Pro Natura, à commander sur www.pronatura-ge.ch

Auteur: Tania Araman

Photographe: Christian Lindemann (illustration)