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13 janvier 2014

Pour une utilisation plus propre des énergies fossiles

Plusieurs décennies devraient encore s’écouler avant de voir le gaz et le mazout remplacés définitivement par les énergies renouvelables. Dans l’intervalle, il s’agit d’optimiser l’exploitation des combustibles riches en carbone afin de limiter les dégâts sur l’environnement.

De la fumée s'échappe de cheminée de maisons
Les énergies fossiles représentent deux tiers des besoins énergétiques de la Suisse. (Photo: Keystone)
Portrait de Christophe Royer, fondateur de Swiss Energy Efficiency. (Photo: DR)
Christophe Royer, fondateur de Swiss Energy Efficiency.

«Notre démarche peut être perçue comme une phase de transition entre le tout-pétrole et le futur règne des énergies renouvelables.» Swiss Energy Efficiency, tel est le nom de la start-up fondée en 2010 par Christophe Royer à Delémont.

Son but? Développer et commercialiser des solutions permettant une combustion plus aboutie, donc plus efficiente et moins polluante, des hydrocarbures (mazout, gaz, propane, etc.) utilisés dans les systèmes de chauffage (lire encadré).

C’est un moyen pour nous d’apporter notre petite pierre à l’édifice en matière de préservation de l’environnement, dans une société encore largement dépendante des énergies fossiles.

En effet, les combustibles riches en carbone couvraient en 2012 deux tiers des besoins énergétiques de la Suisse, rapporte l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), le chauffage des bâtiments, publics ou privés, représentant le poste le plus gourmand. Selon une étude réalisée par l’Institut Paul Scherrer à Villigen (AG) pour le compte du Conseil mondial de l’énergie, les énergies fossiles pourraient constituer toujours une grosse part de la consommation mondiale en 2050 (lire encadré).

Directeur de l’AEE Suisse, l’organisation faîtière du secteur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, Stefan Batzli le confirme:

Les combustibles fossiles seront encore en utilisation dans notre pays durant quelques décennies. Même s’il ne peut s’agir d’une solution à long terme, toute amélioration des systèmes de chauffage brûlant un hydrocarbure constitue donc une contribution importante à la réduction des émissions d’agents polluants.

L’objectif ultime demeurant bien sûr de remplacer progressivement ces énergies fossiles par leurs alternatives renouvelables. Un objectif vers lequel le Conseil fédéral compte bien tendre avec sa nouvelle Stratégie énergétique 2050.

Une meilleure isolation en attendant

Pour l’heure, durant cette période transitoire, une meilleure isolation des bâtiments, de même que des solutions comme celle développée par Swiss Energy Efficiency, peuvent constituer une voie intéressante. Plus répandu, le système dit de couplage chaleur-force (CCF) représente à l’heure actuelle «la forme la plus efficace d’utilisation des combustibles fossiles», souligne Stefan Batzli. Les installations CCF permettent la production combinée de chaleur et d’électricité, utilisant ainsi le combustible à 90-95%. Selon l’OFEN, l’exploitation à large échelle de ce système, combinée avec les pompes à chaleur électriques, aurait pour effet de réduire de moitié les besoins en énergie primaire – ainsi que l’émission de CO2 qui lui est associée – que nécessitent le chauffage des bâtiments et la production d’eau chaude.

Michel Bonvin, professeur à la Haute Ecole d’ingénierie HES-SO Valais.
Michel Bonvin, professeur à la Haute Ecole d’ingénierie HES-SO Valais. (Photo: DR)

«Il s’agit d’une technique prometteuse», reconnaît Michel Bonvin, professeur de physique à la Haute Ecole d’ingénierie HES-SO Valais et spécialiste en optimisation énergétique. Et d’ajouter que les chaudières à gaz et à mazout aujourd’hui utilisées ont d’ores et déjà été améliorées de manière substantielle grâce à une technologie à condensation, permettant une optimisation de rendement de 5 à 10%.

«Recourir aux énergies fossiles a un impact sur l’environnement»

«Il ne faut toutefois pas se leurrer, poursuit le spécialiste. Il n’existe pour l’instant aucun moyen de recourir aux énergies fossiles sans avoir un impact nocif sur l’environnement.» La seule solution, actuellement à l’étude, serait la récupération et le stockage en sous-sol du CO2 produit par la combustion. «Ce qui nécessiterait la construction d’une deuxième usine, chimique celle-là, tout aussi complexe que la première.» Bref, une technologie futuriste, encore à développer. «Il n’y a pas de baguette magique, conclut Michel Bonvin. C’est nos comportements qu’il faut changer. Nous devons apprendre à réduire notre appétit énergétique, sans quoi nous irons droit à la catastrophe.»

@ Migros Magazine/Tania Araman

Auteur: Tania Araman