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2 avril 2012

Pourquoi des implants mammaires?

Elles sont des milliers, chaque année, à passer sur le billard pour augmenter ou réduire la taille de leur poitrine. Après le scandale des prothèses frelatées PIP, retour sur les raisons qui poussent ces femmes à faire le pas.

Femme soutenant ses seins bandés
Dans les cliniques privées, 90% des opérations mammaires concernent des augmentations de volume 
et 10% des 
réductions. (Photo: Getty/LDD)

Une anesthésie, deux heures d’opération, quelques jours de récupération, une cicatrice. Et une nouvelle poitrine. C’est le parcours emprunté par beaucoup de femmes, aux motivations diverses: idéal de beauté, fin d’un complexe, rectification d’un affaissement après un allaitement, reconstruction après un cancer...

Des femmes aujourd’hui pointées du doigt suite à l’éclatement de l’affaire des prothèses défectueuses. «Comme elles doivent se reprocher leur narcissisme, leur désir vain et superficiel d’une poitrine plus grosse», a même osé la chroniqueuse Jan Moir du journal anglais Daily Mail, qui demande au gouvernement de leur venir en aide! Et si, à la base, il s’agissait plutôt d’un mal-être? «Bien sûr qu’à la base il y a un malaise, observe Badwi Elias, chirurgien esthétique et consultant des Hôpitaux universitaires de Genève. Ces femmes n’osent pas s’habiller comme elles le souhaiteraient et se sentent si peu féminines.» Mais, précise le médecin, dans l’énorme majorité des cas, leurs souhaits restent réalistes en termes de volume, «on est loin de ce qui se pratique aux Etats-Unis. Et de toute façon, je refuse catégoriquement de pratiquer une intervention démesurée.»

En Suisse, on est loin de ce qui se pratique aux Etats-Unis
- Badwi Elias, chirurgien esthétique

Dans son cabinet, sur dix personnes qui prennent rendez-vous pour une opération esthétique (nez, fesses, rides, etc.), finalement seules trois passeront sur le billard. En ce qui concerne les augmentations et réductions de poitrine, les femmes sont souvent adressées par leur gynécologue ou leur médecin généraliste, et l’opération s’effectue une fois sur deux. «Il est important de mettre toutes les chances de notre côté. Toutes disent que leur vie a changé grâce à l’intervention. Je ne connais personne qui en ait été déçu, on se sent mieux dans sa peau après», insiste le Dr Elias.

Des prothèses éternelles?

Le chirurgien esthétique Badwi Elias. (Photo: Getty Images/Ben Welsh)
Le chirurgien esthétique Badwi Elias. (Photo: Getty Images/Ben Welsh)

Faut-il remplacer les prothèses après quelques années? Pas nécessairement. «Seulement si la poitrine change de forme du jour au lendemain. Dans ce cas, une imagerie du buste est souhaitée pour confirmer une rupture de l’implant.»

La polémique sur les prothèses PIP frelatées – que quelque trois cents femmes en Suisse porteraient – a créé la panique. Les cliniques esthétiques traversent une baisse importante de la clientèle. Mais notre spécialiste répète à l’envi qu’il ne faut pas faire l’amalgame. «Dans les cliniques privées, 90% des interventions concernent l’augmentation et 10% les réductions. Cette proportion s’inverse dans les hôpitaux publics», glisse Badwi Elias.

Et la réduction de poitrine?

La réduction se fait après un premier avis d’un généraliste ou d’un gynécologue, qui envoie la patiente chez le chirurgien esthétique. Cette intervention est remboursée par l’assurance maladie, en raison du mal de dos qu’une poitrine trop imposante peut provoquer.

Julie (prénom fictif), 30 ans, est passée par là en 2003. «J’en avais marre qu’on ne me regarde jamais dans les yeux! Quand mes copines mettent des petits tops moulants à fines bretelles, moi j’ose à peine sortir avec un t-shirt sans manches... au cas où on apercevrait mes seins un peu trop! J’avais mal au dos. La course à pied était pénible.

Quand mon homme m’a demandée en mariage, j’ai entamé un régime pour ne pas avoir l’air d’une baleine dans ma robe... Dix mois pour perdre 25 kg! Mes seins ne sont pas partis, ils sont juste tombés en «chaussettes»! Je devais m’habiller en grande taille pour être sûre de pouvoir fermer mes chemisiers. Le chirurgien a été d’accord de m’opérer, car j’avais un poids normal et j’étais décidée dans ma tête!

Après l’opération, waouh, j’ai enfin osé mettre des choses moulantes et décolletées. J’ai eu du mal pour allaiter mon fils, et les sensations ne sont plus aussi fortes au toucher, mais cela m’est égal! Cette intervention m’a changé la vie, et la confiance en moi.»

Auteur: Mélanie Haab