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7 mai 2012

Pourquoi l’anglais?

Stéphane Garelli constate que la langue anglaise domine et nous raconte comment cela peut se retourner contre elle...

Portrait de Stéphane Garelli sur fond blanc
Stéphane ­Garelli, 
professeur 
à l’Université de Lausanne et à l’IMD.

D’où vient cette obsession pour l’anglais? Pourquoi le débat resurgit-il régulièrement sur l’omniprésence de cet idiome dans notre système d’éducation, dans nos textes, sur nos ondes et dans la rue? Simplement parce que l’anglais est devenu la «lingua franca» de nos temps modernes, le véhicule de communication d’un monde globalisé. Plus de 1,5 milliard de personnes parlent cette langue dans le monde.

Parce que l’anglais est facile? Oui et non. C’est vrai qu’avec 800 à 1000 mots, on peut communiquer correctement. Mais l’anglais est aussi la langue qui comprend le plus de mots. L’Oxford English Dictionary mentionne plus de 500 000 entrées, le Petit Robert en a 60 000. L’anglais est plus facile dans un premier temps, après cela se complique… Pourquoi? Parce que l’anglais est une langue d’immigration. Il a fallu la simplifier à l’extrême pour permettre à des émigrants peu formés de s’intégrer rapidement aux Etats-Unis ou en Australie.

La suprématie de l’anglais vient des deux puissances universelles qui se sont succédé: la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Après la puissance militaire et économique (les grandes entreprises parlent anglais), la puissance technologique prend le relais. Les ordinateurs parlent anglais, comme majoritairement internet ou la science en général. En 2007, les Etats-Unis ont publié 209 695 articles scientifiques auxquels il faut rajouter 47 121 articles britanniques. La France en publiait la même année 30 740 et la Suisse 9190, ce qui est pas mal vu notre taille.

L’anglais se modifie aussi très rapidement. Comme la plupart de ceux qui parlent anglais aujourd’hui ne sont pas, comme moi, de langue maternelle anglaise, nous avons tous déformé la langue originale pour qu’elle soit compréhensible de tous. Cet anglais «international» simplifié est celui des entreprises aujourd’hui et de nos enfants qui communiquent sur internet. Conséquence inattendue: les Britanniques ou les Américains qui parlent trop bien leur langue ne sont désormais plus bien compris des autres. Ironie du sort et vengeance des gens simples…

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.