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1 juin 2015

Prendre l’avion? Même pas peur!

Le 25 mai, un vol Air France est escorté par des chasseurs américains suite à une menace à la bombe. En mars, l’A320 de la Germanwings s’écrase dans les Alpes. Faut-il dès lors se méfier de ce moyen de transport?

Peur de l'avion
Malgré ce qu'on peut penser, «l’avion reste le moyen de transport le plus sûr.» (Photo: Trevor Collens/AFP)

«L’avion reste le moyen de transport le plus sûr.» Martine Reymond, porte- parole de l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) , est catégorique: «Proportionnellement à la quantité de vols, le nombre d’accidents a fortement diminué.» Pourtant, les menaces qui planent sur l’aéronautique font frémir plus d’une personne sur cinq.

Et ce n’est pas pour les rassurer que, le 25 mai, un avion reliant Paris à New York a dû être escorté par des avions de chasse. En cause: une alerte à la bombe émanant d’un appel anonyme. Plus de peur que de mal, aucun explosif n’a été trouvé dans l’appareil.

En Suisse, «les Forces aériennes, ont aussi le devoir d’intervenir lorsqu’un avion ne respecte pas les règles de l’aviation en vigueur – par exemple, lorsqu’un appareil vole à trop basse altitude ou se trouve dans un espace aérien interdit. Ce type d’intervention, dite d’urgence, a lieu en moyenne quinze fois par année», informe Martine Reymond.

Et qu’en est-il des «défaillances humaines», comme cela a été le cas le 24 mars lorsque Andreas Lubitz, le copilote d’un vol reliant Barcelone à Düsseldorf, a entraîné avec lui cent cinquante passagers dans la mort? Martine Reymond:

Suite à l’accident de Germanwings, nous avons pris les mêmes mesures que les autres Etats européens, à savoir la recommandation qu’une personne ne soit jamais seule dans le cockpit»

Et celle-ci se veut définitivement rassurante: «Que ce soit pour les pilotes ou pour tous les autres acteurs de l’aviation, la sécurité est toujours la priorité.»

«Il suffit d’une mauvaise expérience pour développer une phobie de l’avion»

Xavier Tytelman

Xavier Tytelman, spécialiste de la sécurité aérienne et formateur au Centre de traitement de la peur de l’avion (CTPA).

Est-ce risqué de prendre l’avion à l’heure actuelle?

Depuis 2013, le nombre d’accidents n’a jamais été aussi bas. En 2014, sur trente-cinq millions de vols commerciaux, il n’y a eu que sept crashs d’avions: c’est un record! Cette année, en mai, seulement deux cas fatals sont à relever: l’A320 de German­wings et le crash d’un avion de la compagnie taïwanaise TransAsia. Deux accidents mortels pour quelque quinze millions de vol, c’est certes trop, mais c’est un rythme très acceptable au vu des risques que l’on accepte de prendre tous les jours.

Lundi 25 mai, un vol d’Air France a été escorté par des chasseurs américains suite à une menace à la bombe. Cela arrive régulièrement?

Il ne s’agit pas d’une situation fréquente. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles des pilotes de chasse peuvent escorter un vol civil. Dans ce cas, il s’agissait d’un problème de sûreté. Un appel anonyme a fait état d’une bombe. La menace était peu probable. Mais comme l’événement sortait de l’ordinaire, la question de sûreté a pris le dessus avec toutes ces précautions. En Europe, les pilotes d’avions de chasse sont prêts à décoller en cinq minutes.

Pas très rassurant pour les passagers qui ont vu des avions de chasse les escorter par les hublots…

Effectivement. Les personnes qui vont vivre ce genre d’expérience risquent de développer des troubles de l’anxiété. Plus on vole dans de mauvaises conditions, plus on a de risques de reproduire un schéma anxieux. En outre, il suffit d’une mauvaise expérience pour développer une phobie de l’avion puisque l’on arrive toujours dans l’appareil avec l’anxiété du vol précédent.

Que doivent faire les passagers qui ont subi une expérience de la sorte?

Tout d’abord, ils ont besoin d’avoir des réponses à leurs questions, comprendre ce qui se passe à l’intérieur d’un appareil. Puis il faut «rallumer» le cortex, c’est-à-dire apaiser ses craintes. Aussi, croire que le moindre incident aurait une issue fatale provoque des signaux de danger important dans la partie de la zone du cerveau appelée amygdale. Il est possible de les soulager avec des techniques cognitives. Finalement, utiliser un simulateur de vol peut aider à mieux comprendre ce qui se passe dans le cockpit et donc mieux comprendre les situations. Il a un effet puissant, car il fournit des informations visuelles, ce qui touche directement l’amygdale cérébrale.

Confirmez-vous le chiffre qui dit qu’une personne sur cinq a peur de l’avion?

Oui, près de 24% de la population souffre de cette anxiété selon plusieurs sondages et de nombreuses études cliniques ont confirmé cette proportion.

Et quelles sont leurs principales craintes?

Une étude que nous avons menée au CTPA sur plus de deux mille personnes, montre qu’il s’agit principalement de peurs irrationnelles. La première étant le crash. Ensuite, les personnes évoquent, dans l’ordre: les turbulences, le décollage, les orages, la panne de moteur et l’inquiétude de faire une attaque de panique. La peur d’un attentat ou d’une défaillance humaine vient beaucoup plus tard. Ces craintes dépendent aussi de la condition aéronautique dans laquelle un pays se trouve. Aux Etats-Unis, par exemple, suite aux attentats du 11 septembre, l’inquiétude liée à une attaque terroriste arrive en deuxième position, juste après les turbulences. Reste que les failles techniques inquiètent beaucoup les passagers. Lors de turbulences, le sentiment de chute ressentie alerte le cerveau et génère du stress, c’est un processus physique qui peut être apaisé par un travail de gestion de l’anxiété, notamment via des techniques respiratoires.

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Auteur: Emily Lugon Moulin