Archives
21 octobre 2013

Propre comme un petit Chinois

Partant du principe qu’il ne saurait y avoir une seule et unique manière d’élever un enfant, une mère est allée voir à travers les différentes cultures comment chacun se débrouille. Florilège.

Bébé chinois sur le pot
Grâce à la méthode du «petit pantalon fendu entre les jambes», les bébés chinois sont déjà propres vers l’âge de 1 an.

Evidemment, les petits Argentins se couchent à point d’heure. Jeune maman exilée à Buenos Aires, Mei-Ling Hopgood, Sino-Américaine bon teint et d’abord interloquée, a fini par s’y faire. Par se dire qu’il n’y avait pas qu’une manière de bien élever son enfant. Par accepter «l’idée réconfortante qu’il n’y a pas qu’une façon de faire dormir un bébé, de le transporter d’un endroit à un autre, de le nourrir». Qu’après tout, pour ne prendre que l’exemple de la nourriture, on réussit bien, dans le Mato Grosso, à leur faire manger du serpent ou, en Thaïlande, des larves énormes.

Elle est donc allée voir à travers le monde et ramène un livre de son voyage: Comment les Eskimos gardent les bébés au chaud (Editions Lattès). Pour constater que:

s’il existe mille et une façons d’être des bons parents», c’est peut-être parce que les enfants «ont des facultés d’adaptation incroyables».

La mère a bon dos

Un casse-tête le choix de la poussette? Sauf que les trois quarts du monde s’en passent –pour des raisons économiques, parce que les routes sont impraticables ou par la vieille croyance «que le bébé a besoin d’être en contact permanent avec sa mère, physiquement attaché à elle».

Ainsi, dans les rues encombrées de Nairobi, Patricia Munene, une amie kenyane de Mei-Ling, porte-t-elle son petit Mwangi sur son dos, sanglé dans un pagne de coton léger. «Quand je vois quelque chose d’intéressant, je peux le partager avec lui, on a le même angle de vision, on est à la même hauteur.» Il a été calculé qu’un bébé occidental, entre berceau, transat, poussette et siège auto, est laissé seul avec lui-même 67% de son temps, contre 8% dans les pays où le portage est la règle.

La technique ne date pas d’hier: le portage aurait permis entre autres à l’être humain de quitter un jour le continent africain et de se répandre sur la Terre entière.

4923 couches plus tard

Après 4923 couches – un enfant peut en utiliser en moyenne jusqu’à 10 000 – elle en a eu marre. Pour sa fille Sofia, Mei-Ling décide de recourir aux méthodes immémoriales du pays de ses ancêtres: la Chine. En particulier le port du kaidang­ku, petit pantalon fendu entre les jambes. Les fesses à l’air. Les petits Chinois font leurs besoins où bon leur semble. La méthode peut paraître hasardeuse, sauf qu’avec de la patience et beaucoup d’attention, les résultats s’avèrent miraculeux: des enfants propres dès 1 an, voire six mois.

Les Chinois, il faut dire, partiraient avec un avantage, ils seraient «plus relax» que d’autres «par rapport à la nudité, aux fluides corporels et aux petits accidents». N’empêche, les débuts sont compliqués: «Je passais mes journées à utiliser la serpillière, à suivre Sofia partout en lui demandant si elle avait envie d’y aller.» Mais la récompense est au bout du chemin: adieu bientôt «poubelles débordantes de couches puantes».

Tango jusqu’au bout de la nuit

Habitude culturelle née d’immigrants arrivés souvent célibataires, le coucher- tard argentin englobe volontiers les enfants – du moins quand il n’y a pas école.

«A chaque pays ses coutumes. Il se trouve que celle-ci en est une mauvaise», juge pourtant le pédiatre argentin de Mei-Ling. Nombre d’experts du sommeil valident d’ailleurs plutôt l’habitude inverse de coucher les enfants le plus tôt possible et surtout à heure fixe.

Mei-Ling a tout de même trouvé un spécialiste du lien mère-enfant, Jim Mc Kenna, pour soutenir au contraire que «valoriser» sa progéniture en la faisant «participer activement à la vie qu’on mène est de loin préférable à des strictes routines». Intégrer ainsi un enfant aux activités nocturnes de ses parents «l’aidera à mieux appréhender plus tard sa propre vie sociale».

Les bagarres forment la jeunesse

Disciplinés, les Japonais? A Tokyo, Mei-Ling raconte avoir été «frappée par l’impression d’ordre qui y règne, le calme et la politesse» des gens. Dans les maternelles, en revanche, ce serait plutôt le Bronx. Avec un étonnant principe de non-intervention face aux perturbateurs et en cas de bagarres. «Je reste en retrait, j’observe, explique une maîtresse enfantine. Je veux que les enfants deviennent assez forts pour régler eux-mêmes leurs petites querelles. Qu’ils aient de l’endurance, de la suite dans les idées. Leurs bagarres sont même les bienvenues à partir du moment où c’est sans danger.» Des écoles donc où est mise en avant «l’interaction entre les enfants», sans le souhait un peu absurde qu’ils «se tiennent comme des grandes personnes». Quant à y voir la cause plus tard du calme qui règne dans les rues nippones...

Akas? Y a qu’à!

Les femmes à la chasse et les hommes qui gardent les bébés «les laissant même téter leurs mamelons». Et vice versa. En matière de partage éducatif, personne n’arrive à la cheville des pygmées akas, «trente mille individus répartis dans les forêts bordant le Congo et la Centrafrique». Un exploit sans doute moindre, en comparaison du temps que les pères akas passent avec leurs enfants: 47%, contre 53% pour les mères. Quasi la parité. Même les Suédois font moins bien (45%). Décisif, si l’on songe que «les gamins qui passent le plus de temps avec leur père sont aussi les plus sociables et les plus adaptables».

Auteur: Laurent Nicolet