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22 mars 2017

Quand bébé signe

Quel casse-tête, parfois, de comprendre son enfant! L’association romande Signons Ensemble apporte la solution: une communication gestuelle, simple et ludique.

Dans les ateliers de l’association Signons Ensemble, les petits apprennent en signes l’équivalent de 150 mots de vocabulaire.
Dans les ateliers de l’association Signons Ensemble, les petits apprennent en signes l’équivalent de 150 mots de vocabulaire.

Les pleurs. C’est tout ce que les plus petits ont à disposition pour s’exprimer. Or, il existe une solution pour mieux les comprendre: c’est la communication gestuelle, qui remporte de plus en plus de succès auprès des familles romandes.

Proposée depuis huit ans par l’association Signons Ensemble, elle consiste en l’apprentissage de signes concrets, symbolisant chacun un mot du quotidien – manger, pipi, maman, papa, etc. –, et qui mèneront peu à peu l’enfant au langage.

«Soyons clairs: il ne s’agit pas d’un cours de langue des signes, souligne Safia Kury, éducatrice de la petite enfance et enseignante en communication gestuelle. Ce sont des signes qui ont été légèrement modifiés pour être accessibles aux plus petits, et qui permettent à ces derniers de s’exprimer avant de savoir parler. L’association collabore avec la Fédération suisse des sourds pour proposer des signes justes, et les animatrices travaillent avec une collègue sourde lors de leurs ateliers.»

Apprentissage par mimétisme

Ce système de communication se base sur le fait que, dès la naissance, le bébé s’exprime par mimiques et par gestes. Et que, dès l’âge de 9 mois environ, le petit enfant commence à en reproduire d’autres par mimétisme, en observant son entourage.

L’association – fondée en 2008 et composée pour l’instant de vingt-huit animatrices et de sept co-animatrices sourdes – offre donc aux parents la possibilité de suivre six ateliers, de manière à intégrer au total près de 150 mots de vocabulaire autour de différentes thématiques du quotidien: les activités de l’enfant, les animaux, la nourriture, les sentiments et émotions, le monde de bébé, etc.

«Ces ateliers s’adressent spécifiquement aux parents, remarque Safia Kury.

L’âge idéal pour commencer avec son enfant tourne autour des 9 mois,

lorsque ce dernier est capable de reproduire les gestes pour faire «coucou» et «au revoir». Les signes ne sont par ailleurs ici jamais dissociés de la parole, puisque chacun doit être expliqué à l’enfant pour que ce dernier puisse l’intégrer. Celui-ci n’en mémorisera peut-être au début que deux ou trois, mais qu’importe: ils le motiveront à se faire comprendre.»

Un apprentissage détendu

Autre élément important de la communication gestuelle: l’enfant n’est pas corrigé lorsqu’il reproduit le signe. Ainsi, par exemple, celui pour dire «encore» consiste à tenir une main à la verticale et à poser l’autre à plat à l’horizontale, doigts touchant la paume de la première.

«A 9 mois, explique l’éducatrice, l’enfant n’a pas encore acquis la motricité fine et globale nécessaire pour effectuer ce mouvement de main à l’horizontale, et va donc simplement poser son index dans la paume. C’est juste aussi, et on le comprendra très bien!»

Moments de partage et de complicité

Grâce à ces signes, l’enfant peut ainsi s’exprimer plus facilement, ce qui atténue ses frustrations – mais ne les fait pas pour autant disparaître complètement, insiste Safia Kury, qui souligne que ces dernières aident aussi l’enfant à grandir.

«Cela favorise toutefois une communication non violente, parents et enfants devant être à la même hauteur, se regarder et signer dans un cadre de 30 cm pour pouvoir se faire comprendre efficacement.

C’est un plus pour toute la famille, des moments ludiques de partage et de complicité, non pas dans un but normatif pour créer des enfants géniaux, mais pour favoriser une communication fluide et positive entre tous.»

Pour efficace qu’elle soit, celle-ci n’aura d’ailleurs aucun impact sur l’apprentissage futur du langage: «Quand un enfant peut enfin dire concrètement ce qu’il veut, avec le ton et les mimiques qui l’accompagnent, il le fait!», s’amuse l’éducatrice.

Convaincues par la méthode, de plus en plus de familles s’inscrivent et reviennent ensuite avec leur second enfant. De nombreuses crèches romandes l’ont elles aussi déjà adoptée.

«C’est une communication qui peut ensuite être utile dans de nombreuses situations, entre autres pour créer un lien avec des enfants non francophones ou différents, par exemple, souligne Safia Kury.

Et même plus grands, on voit que certains enfants continuent à signer entre eux, cela devient leur «langage secret» face à des adultes non initiés.»

Site de l’association: www.signons-ensemble.ch

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Mathieu Rod