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10 avril 2012

Quand l’art contemporain guide nos pas

Marcher d’un pas léger, en musardant entre printemps et œuvres d’art. Qui dit mieux? C’est l’invitation lancée par le Sentier des sculptures à Ependes (FR).

Fleur de pissenlit en métal
Cette fleur de pissenlit géante est l’œuvre de l’artiste vaudois Jimmy.

Le village d’Ependes, à 8 kilomètres de Fribourg, était connu autrefois pour sa sorcière. Mais il y a une autre bonne raison d’aller y flâner aujourd’hui: son sentier des sculptures. Initiée en 2008 par Michel Riedo, enseignant et sculpteur du cru, «pour amener l’art vers les gens et les confronter à des œuvres contemporaines», la démarche a de quoi séduire.

Ce sont donc trente-six sculptures qui égaient le parcours, d’ailleurs en constante extension, vitrine vivante pour les artistes fribourgeois et d’ailleurs, ainsi que pour les élèves de l’école primaire d’Ependes qui ont réalisé quelques-unes des œuvres. Tout le monde peut-il exposer? «Si c’est quelque chose d’intéressant, on accepte. Mais on ne prend pas les champignons à la tronçonneuse! Il faut qu’il y ait quand même un peu de recherche. Et aussi que l’œuvre résiste aux intempéries», explique le concepteur du projet.

Trente-six sculptures, toutes très différentes les unes des autres, égaient le parcours. Ici, "La dame et la mandoline" de Raphaël Pache.
Trente-six sculptures, toutes très 
différentes les unes des autres, égaient le parcours. Ici, "La dame et la mandoline" de Raphaël Pache.

Un choc des mondes au départ de la balade

Pour démarrer la balade, mieux vaut partir du centre du village, sur le grand parking à côté du supermarché. Choc des mondes. Quatre œuvres sont à cueillir entre le ballet des voitures et des caddies. A ne pas rater, sous les conifères, la spirale de rouille dans son cercle d’or de Hans Schöpfer, prêtre et sculpteur lucernois, qui dit l’émerveillement, la force solaire, le renouveau de la vie. Un coup d’œil au nain malicieux de Plonk&Replonk – à vous de le trouver!– et il ne vous reste plus qu’à mettre vos pas dans les traces jaunes de l’AVEAM (signalétique de l’association A voir et à marcher).

Remonter la grand-rue et bifurquer sur la rue d’Amont. On croit apercevoir l’emplacement d’une benne à ordures, mais c’est une œuvre magistrale qui vous attend. Celle d’Urs Ernst, Keinheit, alignée de personnages en tubes rouillés, petits soldats immobiles, dont un seul se détache pour pointer du doigt l’infini. Une œuvre dans un style futuriste italien, à la géométrie parfaite, lançant son message à la volée. Et c’est là toute la force de ce parcours: faire surgir des œuvres dans le décor du quotidien, entre un massif d’hortensias et une borne électrique, avec la campagne en arrière- plan et les chats qui musardent dans les champs.

Toutes ces sculptures sont aussi là pour inviter le promeneur à regarder autrement
Toutes ces sculptures sont aussi là pour inviter le promeneur à regarder autrement.

Des œuvres qui surgissent avec la force de l’inattendu

Très vite, on se surprend à chercher les sculptures, à les attendre, à les guetter. Alternatives aux piscines, prés carrés et autres potagers du monde fonctionnel, les œuvres surgissent avec la force de l’inattendu, de l’insolite, de l’essentiel. Comme ce point d’orgue de la balade, quand on descend un petit escalier longeant un quartier de villas. Soudain s’élève un étrange clocheton. Puis un deuxième. Formant une porte toujours ouverte sur l’échappée du paysage, les brumes blanches du Kaiseregg et de la Haute-Singine au loin. Comme deux campaniles vénitiens, Jardin, de Flaviano Salzani, est une fenêtre, une lucarne qui ouvre sur le magnifique, l’évasion campagnarde, l’horizon oublié.

Oui, toutes ces sculptures sont aussi là pour ça: inviter le promeneur à regarder autrement, recadrer le regard des distraits et des pressés, en redistribuant l’espace alentour, en faisant ralentir le pas. Les œuvres sont des pauses, des respirations dans le temps de l’utilitaire.

Un petit détour amène au deuxième point d’orgue de la balade. Devant une immense ferme de 1837, avec sa poya, son jardin de muscaris, les arrosoirs alanguis à côté d’une fontaine de pierre, se dresse soudain un immense pissenlit.

Tige de rouille et aigrettes levées contre le ciel, l’œuvre de Jimmy est d’une force époustouflante. Parce que la fleur qui s’essaime, géante et fragile à la fois, contient tout: la légèreté, le renouveau, la fin toujours proche. «J’ai eu un coup de cœur et j’ai craqué. Je l’ai achetée pour mon anniversaire. Elle est belle à contre-jour, avec les montagnes derrière. En hiver, la neige se prend dans les tiges et forme des pompons», raconte l’heureuse propriétaire des lieux.

Un ange goguenard et dodu, aux ailes noires et nœud papillon, semble attendre le visiteur en regardant sa montre.
Un ange goguenard et dodu, aux ailes noires et nœud papillon, semble attendre le visiteur en regardant sa montre.

Un sentier bucolique pour rejoindre la grand-route

Il faut ensuite revenir sur ses pas, descendre un sentier bucolique entre talus et haies de thuyas, glaner encore quelques surprises et rejoindre la grand- route. Remonter en direction de l’église, où se nichent deux œuvres de Michel Riedo, Fertilité et Memoriam, marbre noir contre marbre blanc, amour et mort en écho. Au carrefour, prendre ensuite la petite route qui passe devant l’école, et rejoindre un lotissement de villas sur le chemin de la Pudressa. C’est là que se trouve la dernière salve. A ne pas manquer: La question du sculpteur lausannois Jacques Basler, véritable tourment de ferraille, et les étonnantes créations de Véronique Chuard. Gousses végétales, embarcations aériennes ou voiles renversées, les créations en acier soudé et polyester coloré sont de véritables sourires en apesanteur et valent à elles seules le détour.

Pour terminer le parcours, un ange goguenard et dodu, aux ailes noires et nœud papillon, semble attendre le visiteur en regardant sa montre. Un temps pour tout, céramique de Mathilda Raboud, est une joviale façon de rappeler l’heure au visiteur. Et d’en prendre congé.

A découvrir lors d’une promenade…

  • En 3D: un éléphant en marche, une femme fatale, des météorites… Verbier (VS) a désormais son Parc de sculptures, situé entre les Ruinettes et la Chaux. On y monte en télécabine et on redescend à pied par un sentier de 3 km émaillé d’œuvres contemporaines. Infos sur www.3-dfoundation.com
  • Tout en bois: dans la forêt du Gibloux (FR), à Sorens, un chemin d’environ 3 km jalonné de 140 sculptures bûcheronnes invite le promeneur à marcher en souriant. Nains, écureuils, armaillis, les surprises à la tronçonneuse amuseront petits et grands au coin du bois. Infos sur www.gruyere-nature.ch
  • Sentier Tinguely: le site du Bois des Brigands à Thierrens (VD) inaugure cette année un sentier artistique, en clin d’œil à Jean Tinguely. Artistes confirmés et en herbe y exposeront leurs créations du 1er mai au 30 septembre. Infos sur www.tinguely2012.ch
  • Bois d’art: de Lamboing (BE) jusqu’à l’auberge de montagne, la Bergerie du Haut, à Mont- Sujet, un chemin de randonnée (4,4 km) propose de marier nature époustouflante et œuvres d’art, toutes réalisées par les élèves de l’Ecole de sculpture sur bois de Brienz. Davantage d’infos sur www.jurabernois.ch
  • Totems de la forêt: à La Sagne, près du Locle (NE), un seul homme, Georges-André Favre, a fait sortir du bois une centaine de figures, sirène, couple enlacé, hippocampe, hibou. Ses œuvres sont toutes visibles sur le Sentier des statues, au départ du terrain de foot de La Sagne. Infos sur www.sentierdesstatues.ch
  • Après-ski: William Besse, le descendeur grand vainqueur du Lauberhorn en 1994, a troqué ses skis contre la tronçonneuse. Et trace désormais ses courbes dans l’épicéa. Son bestiaire accompagne le promeneur le long du bisse de Verbier (VS). Infos sur www.william-besse.ch

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Pierre-Yves Massot /Arkive