Archives
9 novembre 2014

Quand l’automne donne le blues

Trouble affectif saisonnier, la déprime automnale toucherait chaque année une frange sensible de la population. Rien de grave, mais une pathologie que l’on peut néanmoins prévenir.

dépression saisonnière. blues hivernal. déprime automnale. déprime hivernale.
La dépression saisonnière touche avant tout les femmes. Photo: Getty Images

Quand les nuits s’allongent et que les arbres sont frappés de calvitie, le moral des uns dégringolerait aussi vite qu’une feuille d’automne. Coup de fatigue, tristesse inexpliquée et grignotages intempestifs, autant de symptômes qui accompagnent le syndrome de déprime saisonnière.

Le ciel au-dessus de nos têtes aurait donc une influence sur nos humeurs. Mythe ou réalité? «C’est une réalité, pas l’ombre d’un doute! Une étude vient de montrer le lien entre le soleil et la typologie des gens, leur joie de vivre», observe Patrick Lemoine, psychiatre français, spécialiste de la dépression.

En fait, ce winter blues concerne surtout les femmes, puisque 50% d’entre elles sont victimes du syndrome de saisonnalité, avec sentiment de baisse de créativité et envie de sucreries. Si 12% des femmes consultent, seules 5% sont touchées par une vraie dépression saisonnière, avec arrêt de travail.

Un phénomène qui s’explique donc par les variations de la lumière. La diminution de celle-ci, au passage à l’heure d’hiver, entraînerait une baisse de production de mélatonine et de sérotonine, un neurotransmetteur du cerveau impliqué dans la régulation des humeurs, stress, anxiété et autre trouble dépressif.

Mais pourquoi les femmes seraient-elles plus sensibles que les hommes? Patrick Lemoine avance une explication: «A l’époque de Cro-Magnon, tandis que monsieur était actif et chassait toute l’année, madame restait, dès l’automne, dans l’abri à s’occuper des enfants. Somnolence et stockage de nourriture sont donc des adaptations climatiques de la femme en zone tempérée. Une stratégie qui a fonctionné jusqu’en 1960, où la division des tâches a été remise en question. Et qui marche moins aujourd’hui, puisque la femme doit rester dynamique en tout temps.»

Mais rien de grave. Puisque cette perte d’énergie disparaît grâce à la luminothérapie, dans 80% des cas, et au printemps, à tous les coups!

«La méditation est un antidote à la déprime saisonnière»

Yves-Alexandre Thalmann, psychologue.
Yves-Alexandre Thalmann, psychologue.

Quels sont les symptômes habituels du blues automnal?

Ce sont les mêmes que pour une dépression traditionnelle: baisse ou augmentation de l’appétit, troubles du sommeil, hypersomnie ou insomnie, variation du poids et de l’humeur. Et surtout, idées noires, démotivation, ralentissement, manque d’envie et de peps sont les principales caractéristiques d’une déprime saisonnière.

Ce phénomène touche-t-il autant les hommes que les femmes?

Le taux de prévalence de la dépression en Suisse est de 20% pour les femmes et de 10% pour les hommes. Les femmes sont donc deux fois plus sujettes à la déprime, sans doute pour des raisons hormonales.

Et en cas de blues, comment le traiter?

Moins grave toutefois qu’une dépression endogène, la déprime saisonnière se traite rarement avec des antidépresseurs. Mais on recommande par exemple aux personnes de s’exposer le plus possible à la lumière du jour. Ou de faire des séances de photothérapie, efficace dans 50% des cas. En effet, c’est bien le changement de luminosité qui a un effet sur le moral. Ainsi mener des activités de plein air aide à booster la mélatonine, qui est en lien direct avec la sérotonine cérébrale, soit l’hormone du bien-être.

Quelles autres astuces permettent de prévenir la déprime saisonnière?

Monter en altitude et échapper au brouillard aussi souvent que possible et faire des activités physiques sont bénéfiques contre les symptômes dépressifs et l’humeur en berne. Sans doute, les aliments riches en vitamines, oligo-éléments et oméga-3 sont à favoriser. De même, la méditation est un antidote à la déprime saisonnière. Parce que cet outil permet de prendre de la distance avec le contenu mental: la pensée, aussi négative soit-elle, n’est qu’une pensée. Ainsi, la méditation permet de court-circuiter le mental, qui alimente le mécanisme dépressif. Mais il faut s’entraîner pour parvenir à casser les boucles ruminatoires. François de Sales, ecclésiastique savoyard, préconisait trente minutes par jour, mais vingt minutes sont déjà un bon début. Et puis, forme légère de dépression, le blues automnal s’évanouit généralement avec le printemps, quand la lumière augmente à nouveau.

© Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla