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13 mai 2013

Quand l’enfant mord tout ce qui bouge

Les morsures que certains tout-petits infligent à leurs camarades ou à l’entourage laissent souvent les parents désemparés. Témoignage et explications.

Un enfant mord la jambe droite de sa mère.
Photo Getty Images

Quand son fils Louis s’est mis à mordre, Giselle s’est dit: «Bon, il goûte les gens.» Surtout que le bambin, 18 mois, en était à cet âge où «l’on porte tout à la bouche».

Cela a commencé par des petites morsures sur d’autres enfants, signalées par la crèche. Au début, les victimes de Louis présentent toutes le même profil: des enfants tenant un objet ou un jouet que lui convoite.

Finalement le phénomène «s’est étendu à la maison. Il a commencé à nous mordre, nous ses parents. Et maintenant il mord tout ce qui bouge.»

Giselle pense que Louis a réalisé petit à petit que mordre était «un moyen de défense».

Maintenant, à la moindre contrariété ou frustration, il essaie de mordre. «Et il mord fort. Surtout qu’il a eu la chance d’avoir des dents très tôt.» Louis est en effet pourvu – et armé – de «dents tout à fait aiguisées», de «canines très pointues». Le temps que les mordus réalisent, se défendent ou se mettent à pleurer, le petit vampire a eu le temps de leur laisser «des marques jusqu’au sang».

Un comportement à l’encontre des conventions sociales

La crèche conseille aux parents de Louis de bien signifier à leur enfant que mordre ce n’est pas bien – de le gronder donc. Avec des petites punitions «proportionnées à son âge», comme le laisser jouer seul, refuser de le prendre dans les bras, l’envoyer dans sa chambre.

C’est ce qu’on a fait. Sans le moindre résultat. Il pleure un peu, sent qu’il est grondé, mais ça ne l’empêche pas de recommencer…

Comme si c’était plus fort que lui. «C’est désarmant. Au départ, on ne s’est pas trop inquiétés, mais c’est embêtant quand vous êtes face à d’autres parents, avec d’autres enfants et que votre enfant commence à les mordre… Les parents sont compréhensifs jusqu’à un certain point. On s’inquiète aussi un peu des relations de Louis avec les autres.»

Giselle a reçu également quelques conseils bien intentionnés de proches, du genre mordre l’enfant en retour pour qu’il comprenne que ça fait mal. Un tuyau qu’elle s’est bien gardée d’utiliser, estimant que:

Ce n’est pas avec la loi du talion qu’on apprend la vie aux enfants.

La politique de la crèche est de ne pas révéler aux parents d’enfants mordus le nom du coupable, ni non plus aux parents de l’enfant mordeur celui de ses victimes. «Bref un total anonymat est mis entre les mordeurs et les mordus.»

Au final, Giselle avoue son embarras: «C’est un comportement qui va à l’encontre des conventions sociales…» Les parents des mordus n’en mènent pas plus large. Giselle cite le cas d’un papa ne sachant trop comment réagir après que sa fille s’est fait mordre à l’oreille par le fils d’un couple d’amis.

La morsure de toute façon reste un objet de scandale.

Quand d’autres, pour divers attentats à hauteur des rotules, des genoux et autres tibias, s’en sortent avec un simple avertissement, le footballeur uruguayen de Liverpool, Luis Suarez, certes surnommé le cannibale, s’est pris dix matchs de suspension pour avoir mordu au bras le défenseur serbe de Chelsea, Ivanovic.

Vidéo: Le moment où Luis Suarez mord Ivanovic lors du match Liverpool-Chelsea (source YouTube - SkyNews)

L’histoire ne dit pas s’il s’agissait d’une tentative désespérée de communiquer. Pour une fois aussi qu’un footballeur s’exprime autrement qu’avec les pieds…

Auteur: Laurent Nicolet