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8 juin 2015

Quand l’habit fait l’émotion

Que disent nos vêtements de notre état d’esprit? Une psychothérapeute genevoise a voulu décrypter ces liens entre sentiments et vêtements.

Un costume sur un divan illustration
Le style vestimentaire de ses patients, très souvent, évolue entre le début et la fin d’une thérapie.

La psychothérapeute Catherine Bronnimann est partie d’une simple observation: le style vestimentaire de ses patients, très souvent, évolue entre le début et la fin d’une thérapie. Une expérience que la Genevoise a voulu décrypter dans son livre La robe de psyché. Essai de lien entre psychanalyse et vêtement (Ed. L’Harmattan). L’auteure est bien placée pour rendre compte de ce phénomène puisqu’elle est aussi costumière et ancienne professeure de design et de psychosociologie de la mode et du paraître à la Haute Ecole genevoise d’art et de design.

«En observant mes patients, j’ai remarqué qu’au fur et à mesure de nos rencontres leur tenue vestimentaire allait vers quelque chose de plus personnel», détaille-t-elle. Il y a par exemple le cas de cette femme, en surpoids, qui se contraignait à toujours porter des vêtements très près du corps.

La thérapie lui a fait prendre conscience de bien des choses…

Aujourd’hui, elle est mieux dans ses baskets et se permet donc plus d’aisance au niveau de ses vêtements. Elle est parvenue à trouver son propre style, se libérant du diktat de la mode!»

Les hommes comme les femmes

Un comportement qui se manifeste d’ailleurs aussi bien chez ses patientes femmes que chez leurs homologues masculins. Même si, pour ces derniers, il est parfois plus difficile d’en juger.

Les règles vestimentaires des hommes sont généralement plus rigides.

Lorsqu’ils me consultent à la sortie du bureau, encore en veston-cravate, je ne peux guère tirer d’informations de leur tenue…»

Négligence et dépression

Il y a aussi le cas des personnes qui souffrent de graves troubles psychiques. Au point qu’elles ne se soucient plus du tout de leur apparence. «Ils enfilent le premier vêtement qui leur tombe sous la main, poursuit la psychothérapeute. En général, ils préfèrent passer inaperçus. Par certaines négligences, on a pourtant tendance à vite les remarquer dans la rue.» Ce n’est souvent qu’après une longue thérapie que ces personnes dépressives «parvien­nent à se réapproprier l’image de leur corps et adopter une tenue qui corresponde à leur tempérament».

Et que dire de ceux qui s’habillent toujours dans les mêmes tons? «C’est souvent par envie de simplicité, de façon à ce que tous leurs vêtements puissent s’assortir entre eux…» Et de ceux qui adoptent toujours le même style vestimentaire?

L’habillement joue aussi le rôle de signe d’appartenance.

A la sortie des unis par exemple, on peut aisément reconnaître quel étudiant appartient à quelle faculté!»

Sans compter que les vêtements imposent aussi une certaine tenue de corps. «On se tient différemment selon les habits que l’on enfile. Un costume oblige par exemple à maintenir une position plus droite.» Et certaines personnes se prennent tant au jeu que cela peut devenir une obsession... «Un homme, aujourd’hui retraité, ne veut être vu autrement qu’en costume. Cela fait partie de son attribut logique!»

Quelque chose de nous

On l’aura compris: «Quelle que soit l’importance que l’on mette dans le choix de ses vêtements, ils ont toujours quelque chose à raconter sur notre nous, estime Catherine Bronnimann. Même si l’on ne sait pas toujours quoi!»

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Alice Wellinger (Illustrations)