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21 septembre 2015

Quand le cerveau fonctionne autrement

Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie… Ces troubles de l’apprentissage sont de mieux en mieux connus et compris. Mais pour que l’école ne devienne pas une montagne, il importe de déceler au plus tôt les symptômes chez l’enfant.

Un enfant faisant tomber des fiches pédagogiques devant lui
Pour certains enfants, tout s’embrouille quand il s’agit de s’y retrouver parmi les lettres et les chiffres.

D’abord, il y a souvent un retard de langage et puis de lecture. Et cette difficulté à suivre à l’école, cette fatigue immense, les larmes versées sur les vocabulaires impossibles à retenir. Ainsi Céline, à 3 ans, ne disait que trois mots et quelques gazouillements.

Sa maman, Christine Jaccard, elle-même dyslexique, a eu très vite la puce à l’oreille. Une chance, qui a permis de poser rapidement le diagnostic: dyslexie et dysorthographie. A ces troubles de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture s’est ajoutée une dyspraxie, autrement dit des problèmes de motricité. Christine Jaccard se souvient:

Toute son énergie était utilisée pour tenir le crayon, au point qu’elle ne pouvait mobiliser ses capacités cognitives»,

Dans le cas de Céline, le diagnostic précoce a permis une bonne prise en charge au sein d’une équipe spécialisée, logopédiste et ergothérapeute travaillant main dans la main. Aujourd’hui, Céline, 11 ans, a fait «un sacré chemin», parvient à faire des multiplications toute seule pour le plus grand soulagement de sa maman:

C’est un accompagnement très intensif, mais aussi enrichissant, et il y a de belles victoires au bout!»

Détecter les signes avant-coureurs d’un dysfonctionnement n’est pas toujours facile. Ainsi, pour Emilie, ce n’est qu’à 10 ans que le diagnostic a pu être posé, quand ses notes à l’école se sont écroulées.

Elle avait un gros retard de lecture, mais elle le compensait par une bonne mémoire.

Comme c’était mon aînée, je n’avais pas de point de comparaison et les enseignants disaient qu’il fallait lui laisser le temps», explique Joëlle Jeanneret, maman de deux fillettes à Morges.

Pour cette battante, les épreuves ne faisaient que commencer, puisque quelques années plus tard, c’est sa cadette, alors 9 ans, qui était diagnostiquée Dys, avec en prime une dyspraxie visio-spatiale. «A cause d’un trouble oculaire, Fanny ne peut se repérer dans l’espace. Lire au tableau noir et reporter ensuite les mots sur une feuille lui est impossible. De même, elle ne pourra jamais enfiler un fil dans une aiguille et continue de renverser son verre une fois par semaine.»

Des mesures parfois simples, mais efficaces

Commence alors un véritable parcours du combattant pour cette maman, qui fait le choix d’un travail à temps partiel pour mieux accompagner ses enfants. Achat de cahiers spéciaux avec de la couleur et des lignes bien faites, commandés en Allemagne. «Juste en adaptant le matériel, on leur change la vie!» Pour Fanny, elle saisit à l’ordinateur verbes et vocabulaires dans un caractère plus gros, et scanne tous ses manuels scolaires. Et pour Emilie, il lui arrive encore de lire à sa place les longs textes, les fiches de géo et d’histoire pour lui faire gagner du temps et lui permettre d’aller à l’essentiel.

J’ai eu la chance aussi de créer un partenariat avec les thérapeutes et l’école, pour qu’elle accepte certains aménagements, comme des temps de travail plus longs ou la possibilité d’avoir un ordinateur en classe,

souligne Joëlle Jeanneret, qui connaît désormais toutes les astuces utiles aux enfants Dys. Comme le Robert Dixel, un dictionnaire illustré spécialement conçu pour les tablettes et les smartphones. Et surtout la plateforme du Groupe romand pour enfants Dys Gre10 mise en place en 2007 par une poignée de spécialistes passionnés, qui fournit des outils précieux pour les parents: fiches de lecture, petite maison des conjugaisons, jardin des verbes et autre dico visio-sémantique.

«Bien sûr, on ne pourra pas leur enlever ces troubles, les enfants Dys le restent toute leur vie.

Il faut juste les valoriser, et surtout leur donner confiance en mettant le doigt sur leurs progrès.»

Le plus dur? Garder l’énergie, même quand les notes baissent, que le découragement et la fatigue s’accentuent en fin d’année scolaire. Mais Joëlle Jeanneret en est convaincue: «C’est un boulot de titan, mais il faut être prêt à ça. J’en récolte aujourd’hui les fruits, puisque mon aînée Emilie entre au gymnase, son rêve, pour être un jour enseignante et aider les autres.»

Texte: © Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Christophe Chammartin