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13 octobre 2016

La pression des parents

Quand le culte du corps commence trop tôt

dessin d'enfant qui a mis une peluche et un ballon pour gonfler ses biceps

Il n’est pas rare de voir, à la piscine ou à la plage, des corps d’enfants déjà bien bâtis, muscles saillants, avec presque des tablettes de chocolat. Ils ont 10 ans à peine, peut-être moins, à peine plus. Le culte du corps commencerait-il aussi tôt, l’image de soi serait-elle aussi précoce?

A en croire Gérald Gremion, médecin du sport au CHUV, la pression sur le corps de l’enfant provient parfois du regard parental.

Certains parents se projettent dans l’avenir sportif de leur enfant, et croient avoir engendré une Martina Hingis ou un Roger Federer», dit-il sans détour.

Même si les cas sont plutôt rares, il se souvient de ce père venu en consultation avec son fils de 12 ans, plein de lésions, qu’il fallait remet­tre sur pied au plus vite parce qu’il devait passer un test de foot à Arsenal…

Ou de ces parents venus demander des hormones de croissance pour leur fille, de taille normale, mais qu’ils estimaient trop petite pour une carrière de tennis…

Je n’entre pas en matière pour ce genre de requête. C’est de l’exploitation des enfants!»

Côté musculation, Gérald Gremion se montre moins sévère. «On a longtemps eu la phobie de cette pratique. Mais, si elle est raisonnable et bien gérée, il n’y a pas de risques que ça stoppe la croissance.»

En comparaison, la course à pied impose une charge répétée plus importante sur le squelette et les articulations: pour un enfant de 40 kg, c’est une masse de 120 kg qui pèse à chaque pas.

Evidemment, tout est question de mesure: si un travail de musculation adapté fait sens pour un enfant de 12 ans, elle est à proscrire avant cet âge-là. «A la puberté, avec l’arrivée des hormones, c’est le bon moment pour entraîner le muscle. Mais avant, l’enfant n’a pas une coordination suffisante pour soulever des poids ou faire des exercices de résistance», affirme le spécialiste.

Et de rappeler qu’avant la puberté, c’est le jeu et le plaisir qui doivent primer. «Il faut profiter de cet âge, entre 4 et 8 ans, pour proposer à l’enfant différentes activités et surtout ne pas le spécialiser dans une discipline.»

Ce n’est pas parce qu’on commence un sport tôt qu’on sera un champion!»

Texte © Migros Magazine – Patricia Brambilla et Véronique Kipfer

Auteur: Patricia Brambilla, Véronique Kipfer

Illustrations: Amélie Buri