Archives
25 mai 2017

Quand le Doubs se la coule douce…

En avant-goût de la deuxième édition du Jura Rando Festival, un pèlerinage sans nuages dans le Clos du Doubs, entre rivière nonchalante, poissons indolents et chapelle accueillante.

Le pont de Saint-Ursanne a étéjusqu’en 1994 la seule liaison routière entre la bourgade médiévale et lesvillages de la rive gauche du Doubs.
Le pont de Saint-Ursanne a été jusqu’en 1994 la seule liaison routière entre la bourgade médiévale et les villages de la rive gauche du Doubs.

Pas facile en ce «joli» mois de mai de cheminer en paix, au sec et sous le soleil! Il fallait un petit miracle comme ce vendredi-là, jour béni où nous sommes allés tester l’une des balades figurant au programme du prochain Jura Rando Festival: la randonnée Sainte-Anne. Ne pas oublier de brûler un cierge pour remercier la patronne du village de Montenol et des Bretons de ce beau temps aussi attendu qu’inespéré.

Louis Willemin, notre guide.
Louis Willemin, notre guide.

Louis Willemin, l’une des chevilles ouvrières de la manifestation précitée, nous attend de pied ferme à la gare de Saint-Ursanne. Responsable du balisage et de l’entretien des quelque 120 kilomètres de sentiers pédestres du Clos du Doubs, cet enseignant à la retraite connaît cette enclave coincée entre rivière et frontière comme sa poche. Avec lui, peu de risques de se perdre en route.

Après un bref coup d’œil sur la cité médiévale lovée dans son écrin de verdure, nous piquons sur la Maison du tourisme, point de départ de cette promenade en boucle. Notre guide se penche par-dessus le parapet du pont haubané qui enjambe le Doubs. «Avec un peu de chance, nous pourrons peut-être apercevoir un martin-pêcheur.»

Au fil de l’eau

Ce jour-là, ce passereau ne montrera pas le bout de son bec, préférant sans doute se la jouer oiseau rare. Tout comme d’ailleurs la fritillaire, jolie fleur que l’on tente de réintroduire à deux pas de là. Et ne parlons pas du discret apron, cet emblématique poisson du Doubs – en voie de disparition, malheureusement! – qui ne quitte pratiquement jamais le lit de sa rivière…

Même pas contrariés, nous remontons la rive gauche du Colorado jurassien. D’abord sur du goudron, puis via une voie verte qui épouse les courbes généreuses de ce sous-affluent du Rhône.

Un peu avant Saint-Ursanne, le Doubs fait brusquement demi- tour pour retourner en France. Sans doute avait-il commencé à entendre parler suisse allemand, ahahah!»

Imperméables à l’humour du coin, une demi-douzaine de juments et autant de poulains folâtrent sur la berge toute proche. Plus loin, nous traversons le ruban de bitume qui relie Saint-Ursanne au hameau de Ravines et continuons d’arpenter l’allée bucolique qui suit le cours d’eau.

Ici, loin de la frénésie du monde, le Doubs se la coule douce, s’étire paresseusement, invitant le promeneur à la méditation. Des silhouettes d’arbres au tronc sombre et au feuillage tendre se reflètent sur le miroir d’eau calme que leur tend la rivière. Une palette de couleurs pour peintre impressionniste se déploie sous nos yeux. Courte halte à l’abri de la frondaison printanière pour contempler ce tableau, un paysage composé de méandres sauvages et romantiques, que nous offre la nature.

Truites et chat roux

Un héron s’envole à notre approche. Truites, ombres, brochets et barbeaux peuvent tranquillement barboter, car il est l’unique pêcheur que nous croiserons de toute la randonnée. «C’est bien la preuve que les poissons se font rares par ici», fait remarquer Louis Willemin.

A la hauteur de Tariche, lieu-dit où a poussé un petit complexe touristique (hôtel-restaurant et camping), nous tournons le dos au Doubs, direction Epauvillers, pour entamer une jolie grimpette, la seule de cette excursion jusque-là plutôt pépère.

Quelques lacets, puis nous virons à droite juste après la ferme de Châtillon. Après avoir longé une forêt giboyeuse («Enfin, quand le lynx n’y est pas», comme le dit notre guide), nous passons devant un vieux puits en pierres sèches menaçant de s’écrouler avant d’arriver au point culminant de la balade (708 m). Petite pause sur un banc idéalement situé, puis légère descente jusqu’à Montenol. Devant nous, trottine un chat roux. Le centre du village, que ce matou traverse nonchalamment, a été entièrement reconstruit suite à un incendie ayant ravagé onze fermes en 1865. Consacrée à Sainte-Anne, la chapelle avait été épargnée. Des rouges-queues nichent sous un pan de sa toiture et des effluves du passé émanent de ses murs blancs. Nous allumons le cierge promis.

Sous l’architecture médiévale

Retour paisible en pente douce jusqu’à Saint-Ursanne. Nous pénétrons dans le bourg médiéval par la porte de Saint-Jean et son pont de pierre fraîchement restauré. Le spectacle désolant de la chaussée éventrée pour faire passer des conduites de gaz nous attend intra-muros, mais nous nous consolons autour d’un verre bien mérité.

© Textes: Migros Magazine/ Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Pierre-Yves Massot