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5 juin 2017

Quand les émotions s’invitent à table

Pour ceux qui font un régime, le chemin qui mène à une belle silhouette est souvent pavé d’obstacles. La boulimie en est un. Les causes de ce trouble alimentaire sont à rechercher dans les sentiments négatifs, qui influencent notre comportement.

Je n'ai pas réussi mon examen? Vite, un cupcake! (Photo: Tara Moore/Getty Images)

Les émotions assurent notre survie, mais elles constituent des entités complexes qui nous échappent fréquemment et que nous comprenons à peine. Le psychologue Michael Macht, de l’Université de Würzburg en Allemagne, est d’accord avec cette affirmation, d’un point de vue scientifique: «De nombreux individus comprennent mieux leur déclaration d’impôts que leurs émotions...».

De fait, ces dernières sont étroitement liées à notre comportement alimentaire. Par «alimentation émotionnelle», on entend la nourriture que nous ingérons surtout pour combler des besoins émotionnels et non pour satisfaire notre estomac. Ce phénomène explique aussi pourquoi certains régimes alimentaires échouent souvent lamentablement. Manifestement, la nécessité de manger dictée par les sentiments n’exprime aucune faim véritable mais résulte plutôt d’un manque psychique, que l’on compense, à court terme, par un apport de calories.

Absence de satiété

La «faim émotionnelle» se traduit par certains signes spécifiques, parmi lesquels le besoin impérieux de nourriture «de confort», de repas irréfléchis, inattentifs et excessifs. Elle se manifeste aussi par le désir de vouloir toujours davantage au lieu de se sentir rassasié, par l’absence de réactions de l’estomac ou de sentiments de satiété mais aussi par un sentiment de culpabilité une fois le «méfait» accompli. Quand manger constitue l’acte dominant et la manière de composer avec nos émotions, quand la tristesse, la solitude, l’épuisement, la colère, le stress ou l’ennui nous poussent en direction de la cuisine, c’est que nous sommes déjà pris dans une fâcheuse spirale.

Endormir les sentiments

Maintes études conduites sur plusieurs années montrent que la plupart des gens qui essaient de modifier leur comportement alimentaire retombent à court ou à long terme dans leurs anciennes habitudes, car d’autres causes se cachent derrière la prétendue sensation de faim. La «faim émotionnelle» se cache en effet profondément en nous.

Réfréner les impulsions négatives en mangeant ne constitue donc pas une solution étant donné que les vrais sentiments demeurent masqués. En cela, la nourriture émotionnelle présente plusieurs aspects: les personnes tendues ont par exem-ple tendance à manger davantage, à absorber de la nourriture sans avoir faim ou quand leur estomac ne réclame rien.

Il ne s’agit pas d’un manque de discipline personnelle. Le comportement blâmable est dû à d’autres causes. Elles peuvent résulter du contexte dans lequel vivent les individus: chagrins d’amour, soucis professionnels, perte de confiance, peur de l’échec, problèmes d’enfance non résolus, manque d’estime personnelle, sentiment d’infériorité. La liste est longue et personnelle. Il en va de même avec la taille des vêtements des intéressés. Même les personnes possédant un gabarit mince peuvent souffrir d’un besoin impérieux de nourriture qui les pousse à prendre des contre-mesures: régime zéro ou vomissements.

La plupart des «mangeurs émotionnels» ont de la peine à identifier et à reconnaître leurs sensations, même celles relatives à la faim et à la satiété. A long terme, il peut s’ensuivre des maladies et des troubles alimentaires. Ce qui est sournois dans cette situation, c’est que manger de manière malsaine exerce une action apaisante. Les études du psychologue Michael Macht soulignent ce fait:

Nous consommons surtout les aliments gras ou à forte teneur en sucre susceptibles de nous soulager».

Ces études démontrent en outre que les sentiments négatifs et les comportements alimentaires sont étroitement corrélés.

Modifier son comportement

Partant de ce constat, une équipe de scientifiques a mis au point un programme susceptible de modifier les comportements alimentaires fondés sur les émotions. «Les participants apprennent avant tout à prendre conscience, à s’observer, explique Michael Macht. Ils découvrent comment travailler sur les sensations ainsi que sur certains facteurs déclenchants, comme la colère.» La démarche est couronnée de succès: durant la phase de test, le comportement alimentaire des participants a évolué favorablement.

Il n’est pas facile de mettre en veilleuse les facteurs de stress externes qui peuvent conduire à manger inconsidérément ou de conserver une attitude équilibrée dans chaque situation de vie. D’où la recommandation d’adopter un «mindful eating» (manger en pleine conscience) afin de renforcer la vigilance sur ses habitudes alimentaires et de bien repérer les éléments déclenchants. Venir à bout d’un trouble alimentaire dont on est dépendant est de loin plus exigeant. A terme, au fur et à mesure que les problèmes sont pris en charge, le besoin émotionnel de manger disparaît. D’autres chemins permettent alors de gérer le stress. Un bon vieux conseil: la tenue d’un journal peut s’avérer utile pour prévenir et traiter les affections psychiques. 

Texte © Migros Magazine – Johanna Zielinski

Auteur: Johanna Zielinski