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6 mai 2013

Quand les parents surveillent leurs enfants sur Facebook

De plus en plus de pères et de mères s’inscrivent sur le plus célèbre des réseaux sociaux pour contrôler ce que leur progéniture y fait. Une mesure efficace?

Facebook
Un parent sur deux inscrit sur Facebook aurait pour but de contrôler les publications 
de ses enfants. (Photo: KEYSTONE/Dreampictures)

Certes, la curiosité est un vilain défaut. Seulement voilà, les parents ont parfois tendance à tout vouloir savoir des agissements de leur ado. Une tâche de plus en plus difficile.

En effet, si les téléphones portables permettaient déjà aisément à junior de se dissocier de la sphère familiale, les réseaux sociaux vont encore plus loin en laissant papa et maman aux portes d’un univers certes virtuel mais où chaque jour des millions de jeunes commentent des faits et gestes ou publient des photos. Le tout – très souvent – sans réserve aucune.

Deux fois maman, Marie-Claire* a décidé voilà trois ans de devenir «amie» avec ses enfants sur Facebook, le plus populaire des réseaux sociaux, pour en savoir un peu plus sur son fils et sa fille aujourd’hui âgés de plus de 20 ans. «Attention, je n’estime pas les fliquer, car je souhaite respecter leur sphère privée. Si je vais simplement deux ou trois fois par mois sur leur profil, c’est pour jeter un œil bienveillant sur leur vie. Pour moi, Facebook est un lien supplémentaire que je tisse avec mes enfants.»

Les adolescents ont toujours eu leurs petits secrets

Immanquablement toutefois, ce lien fonctionne aussi comme source d’informations.

Une fois, alors que mon fils broyait du noir depuis plusieurs semaines et qu’il ne voulait pas me parler, je suis allée sur son profil Facebook. Là, j’ai découvert qu’il souffrait d’une peine de cœur.

Quelque part rassurée d’avoir trouvé une explication à ce mal-être, la mère de famille s’est toutefois bien gardée d’intervenir. Il faut dire qu’une précédente prise de position lui a servi de leçon. «J’ai vu un jour une photo de ma fille avec un micro à la main. Comme le cliché était pour le moins suggestif, je me suis permis de laisser un commentaire sur son mur. Et là, j’ai commis une bêtise vu que mon message pouvait être lu par tout son cercle d’amis. Ma fille m’en a beaucoup voulu. Désormais, si je lui écris, c’est sous forme de mail privé, entre elle et moi.»

Marie-Claire n’est pas un cas isolé. Selon une étude réalisée aux Etats-Unis par Education Database Online (site en anglais) et parue en début d’année, la moitié des pères et mères interrogés avouent s’être inscrits sur Facebook pour surveiller leurs enfants. Près de 40% d’entre eux vont même chaque jour contrôler le profil de leurs adolescents. Pour leur part, ces derniers se passeraient bien de telles amitiés parentales qu’ils ne savent comment refuser. Pour 30% des jeunes, ce lien est ainsi jugé embarrassant.

Nicole Perrenoud Treyvaud, conseillère spécialisée pour la prévention auprès de la Fondation Santé bernoise,
Nicole Perrenoud Treyvaud, conseillère spécialisée pour la prévention auprès de la Fondation Santé bernoise,

Ce sentiment, Nicole Perrenoud Treyvaud, conseillère spécialisée pour la prévention auprès de la Fondation Santé bernoise (photo LDD), le comprend bien. Sur la plateforme affiliée Cybersmart, elle et ses collègues distillent des conseils aux parents et à leurs enfants sur différents thèmes, dont les réseaux sociaux.

Pour moi, être ami avec son enfant sur Facebook dans le but de le surveiller n’est pas une bonne idée.

Et de poursuivre: «Les adolescents ont besoin d’un espace à eux, et leur vie privée doit être respectée. Souvenons-nous de notre propre jeunesse. Nous avions aussi nos secrets que nous nous échangions sur de petits billets. Le principe était le même.»

Imposer à ses enfants quelques règles plutôt que les espionner

S’il est important de laisser sa progéniture en paix sur les réseaux sociaux, il est d’autant plus primordial de l’encadrer au préalable en lui faisant part des chances mais aussi des risques que représente internet. De même, on ne manquera pas d’édicter quelques règles de base (lire encadré). «Il est essentiel que le rôle éducatif perdure aussi dans le monde virtuel», confirme Nicole Perrenoud Treyvaud.

Aux parents parfois démunis, que ce soit au niveau technique lorsqu’il s’agit de régler des paramètres de confidentialité sur son compte Facebook ou au niveau juridique quant à d’éventuelles poursuites pénales, l’équipe de Cyber­smart, tout comme le programme national Jeunes et médias dont le but est de promouvoir une utilisation responsable des nouveaux médias, donne des cours permettant de dédiaboliser les réseaux sociaux.

La chose est utile, vu que les parents doivent aujourd’hui apprendre à vivre avec cette nouvelle – et incontournable – dimension. «Interdire l’accès à Facebook à son enfant n’est d’aucune utilité, sait Nicole Perrenoud Treyvaud. Il ira surfer chez ses copains de classe.»

Des parents mieux informés seront-ils pour autant rassurés? Pas sûr: la lecture des faits divers faisant mention ici d’un cas de cyberharcèlement violent et là d’un chantage virtuel avec extorsion de fonds bien réelle vient souvent confirmer l’inquiétude des parents. «Il faut savoir que, par exemple, le nombre de harcèlements n’est pas plus élevé avec les réseaux sociaux. Ils sont toutefois plus intenses. En effet, auparavant, les menaces verbales s’arrêtaient aux portes du domicile. Aujourd’hui, les commentaires crus poursuivent l’enfant, grâce aux smartphones, jusque dans sa chambre.»

Du coup, une présence parentale sur les réseaux sociaux pourrait permettre d’intervenir plus rapidement. Malgré tout, Nicole Perrenoud Treyvaud garde son cap:

Le plus important est avant tout de développer une bonne relation parent-enfant. Si celle-ci existe, l’ado viendra vous parler, sans que vous ayez à le surveiller sur Facebook.

* Prénom d’emprunt.

Auteur: Pierre Wuthrich