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27 octobre 2014

Quand Migros s’éveille…

Le supermarché Claramarkt de Bâle accueille tous les jours près de 7000 clients. Pour que tout ce petit monde puisse trouver son bonheur dans les rayons, certains collaborateurs doivent se lever très tôt.

Le supermarché Claramarkt de Bâle à 4 heures et demie du matin.
Le supermarché Claramarkt de Bâle à 4 heures et demie du matin.

Jeudi, 4 heures et demie du matin sur la Claraplatz, à Bâle. Les employés de la voirie nettoient à grand bruit les traces de la nuit, alors que des dames court-vêtues attendent en silence sur le trottoir, espérant trouver un dernier client avant les premières lueurs de l’aube. A deux pas, quelques ivrognes poursuivent leur beuverie, donnant à l’activité nocturne une tonalité pathétique, et le premier tramway pointe son nez dans un fracas de ferraille.

Au beau milieu de ce décor, le magasin Migros Claramarkt, dont l’enseigne orange ne brille pas encore, semble plongé dans un profond sommeil. Pourtant, au sous-sol de l’établissement, on s’active déjà depuis longtemps – comme l’a constaté une équipe de Migros Magazine.

05:07

A l’aube, nous frappons à la porte d’une des entrées latérales du supermarché. Thiyagarajah Nagaratnam vient nous ouvrir. Cet homme enjoué est occupé à décharger le premier camion Migros de produits frais – fruits et légumes, viande, fromage.

Monsieur Thya dispose les palettes les unes après les autres dans l’ascenseur à l’aide du chariot élévateur.
«Je n’ai même pas besoin de réveil, je possède une horloge interne.»

«Monsieur Thya», comme ses collègues l’appellent, travaille au Claramarkt depuis vingt ans. Le fait de commencer son service tous les matins à 5 heures ne le dérange pas. «Je n’ai même pas besoin de réveil, je possède une horloge interne», lance-t-il, tout en disposant les palettes les unes après les autres dans l’ascenseur à l’aide du chariot élévateur. Les fruits et légumes sont destinés au rayon frais, les croissants au jambon au Gourmessa, les fleurs coupées à l’espace Florissimo et les desserts au restaurant.

05:34

Entre les rayons du magasin, on pourrait entendre une mouche voler. Ascenseur et tapis roulant sont à l’arrêt; rien ne bouge. Seuls les comptoirs réfrigérés font entendre un léger ronronnement.

Mais soudain, comme sortie du néant, une silhouette apparaît. Que l’on se rassure: le magasin n’est pas hanté, il s’agit tout simplement d’un agent de sécurité. Il prend son poste tous les soirs à 22 heures et n’a pas quitté le bâtiment depuis la veille. La nuit a-t-elle été mouvementée? «Non, il est rare qu’il se passe quoi que ce soit, affirme-t-il. Même si dehors, il y a toujours de l’animation.»

Nous le laissons effectuer sa dernière ronde et suivons Monsieur Thya, qui prend l’ascenseur pour apporter de nouvelles marchandises au sous-sol. A peine les portes se sont-elles rouvertes que la délicieuse odeur du pain frais nous emplit les narines.

Un collaborateur de la boulangerie lance une nouvelle fournée.
Un collaborateur de la boulangerie lance une nouvelle fournée.

Les collaborateurs de la boulangerie sont à pied d’œuvre depuis 3 heures du matin. Peu après 5 heures et demie, ils commencent à empiler les articles sur les étagères, tandis que les infatigables artisans continuent de pétrir la pâte. «Bien sûr!» nous répond non sans fierté l’un des employés lorsque nous lui demandons, incrédules, si tous ces pains seront vendus au Claramarkt. «Et la production se poursuit toute la journée, sans interruption», ajoute-t-il en lançant une nouvelle fournée.

A 6 heures, c’en est fini du silence. Les collaborateurs qui entament leur journée de travail sont accueillis au son de la radio, qui se met en marche à 6 heures pile. Ce matin, on peut entendre la voix de Cat Stevens, qui chantonne Just relax, take it easy. Mais pour les employés de Migros, ce n’est pas le moment de rêvasser!

Un apprenti arpente le magasin, les yeux bouffis. «J’ai beaucoup de mal à me lever si tôt, concède-t-il d’une voix fatiguée. Pour être à peu près en forme à 6 heures, il faut que je me couche à 9 heures et demie.» Manifestement, hier soir, il n’y est pas arrivé… Nous compatissons: après tout, nous sommes un peu dans la même situation.

Malheureusement, personne n’a plus le temps de somnoler. Une armée de collaborateurs s’est en effet dispersée dans les rayons, où elle range les marchandises. Les étagères sont remplies, les fruits et légumes triés. Les gestes sont précis, chacun effectue sa tâche calmement et efficacement. C’est qu’il reste fort à faire avant que les premiers clients ne pénètrent dans le magasin.

06:29

Au comptoir du Gourmessa, deux collaboratrices préparent des sandwichs appétissants.
Au comptoir du Gourmessa, deux collaboratrices préparent des sandwichs appétissants.

Ravitaillement! Alors que le premier chargement n’a pas fini d’être traité, un nouveau camion s’avance déjà sur la rampe. La quantité de nourriture que les Bâlois sont capables de consommer en une journée est tout bonnement impressionnante. Au comptoir du Gourmessa, deux collaboratrices préparent des sandwichs fort appétissants, et notre estomac se met à gargouiller…

06:32

Le directeur du restaurant, Charles Oberson, dresse le buffet du déjeuner.

Dans le restaurant, le directeur, Charles Oberson, dresse le buffet du déjeuner. Ici, la ponctualité est de rigueur: les premiers clients arrivent à 7 heures précises, lorsque l’établissement ouvre ses portes. «Nous encaissons 294 francs et 70 centimes pendant les dix premières minutes, nous dit le directeur en souriant. Tous les jours. Si la recette baisse, c’est qu’un client est malade…»

Le restaurateur sait à qui il a affaire: tous les matins, ce sont les mêmes personnes qui se retrouvent pour le déjeuner. Juste avant 7 heures, l’équipe s’accorde un petit café. Mais la tranquillité est de courte durée: les habitués ne tardent pas à investir les lieux.

07:00

Une collaboratrice habille les manequins.
Une collaboratrice habille des manequins.

«Alors, ça ne va pas aujourd’hui?» demande une cliente à l’un des collaborateurs. «J’ai mal aux dents…», répond celui-ci. Dans le restaurant Migros, tout le monde se connaît, et l’on discute comme dans un village. A 7h03, Charles Oberson nous adresse un clin d’œil complice: «Ils sont tous là.»

Un peu plus loin, dans le magasin, le travail de décoration débute. Les mannequins à l’entrée du rayon Mode sont habillés.

07:30

Peu à peu, le supermarché nous semble plus familier. La fleuriste a déballé toutes ses caisses, le poisson frais est disposé sur son lit de glace, et une délicieuse odeur de nourriture flotte à travers le magasin. La découverte de cet univers inconnu nous a creusé l’appétit.

Un collaborateur dispose le poisson sur un lit de glace.
Un collaborateur dispose le poisson sur un lit de glace.

Mais lorsque nous demandons à l’une des vendeuses du Gourmessa si elle-même n’a pas envie d’un petit en-cas, elle nous avoue en riant: «Au début, je pensais que j’allais prendre du poids avec ce travail. Mais honnêtement, à force de baigner dans les effluves de gâteaux toute la journée, on perd un peu l’appétit.» La réponse nous laisse perplexes…

08:02

Une cassière cherche sa caisse au coffre-fort.
Une cassière cherche sa caisse au coffre-fort.

Au rez-de-chaussée, on peut entendre le bruit des aspirateurs: les caissières nettoient leur poste de travail. Puis elles vont chercher leur caisse au coffre-fort. L’ambiance est bien plus décontractée qu’il y a deux heures – c’est comme si tous les collaborateurs, à l’approche de l’ouverture, se réjouissaient de pouvoir accueillir les premiers clients.

Il est temps de disposer les derniers produits sur les étagères et de se débarrasser des cartons qui traînent. Quant à nous, nous ne pouvons nous empêcher de replacer un paquet de purée de pommes de terre tombé par terre: l’envie de présenter le magasin sous son meilleur jour est contagieuse…

08:30

Les premiers clients arrivent au Claramarkt.
Les premiers clients arrivent au Claramarkt.

A peine ouvert, le supermarché est déjà en pleine effervescence. Les étalages bien rangés sont pris d’assaut. On regretterait presque que les clients ne prennent pas la peine de contempler le travail réalisé en amont. Rayons méticuleusement organisés, légumes soigneusement présentés, fruits joliment disposés… D’ici quelques heures, tout sera sens dessus dessous, et les collaborateurs auront du mal à maintenir un semblant d’ordre.

En attendant, la journée se poursuit. A 9 heures, Monsieur Thya attend déjà la livraison suivante.

Auteur: Janine Wagner

Photographe: Matthias Willi