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4 août 2016

Quand Titeuf fait son show

Le héros à la mèche rebelle montera sur les planches romandes fin août dans un «pestacle» délirant créé par Karim Slama. L’humoriste y donne vie à une marionnette de mousse à l’effigie du personnage emblématique de Zep.

Karim slama tient la marionette Titeuf dans ses bras sur scène
Karim Slama a choisi Titeuf comme héros de son spectacle, car son observation constante du quotidien lui plaisait.

L’effet est instantané. A peine franchie la porte du Théâtre du Crochetan à Monthey (VS), le sourire monte aux lèvres. Sur scène, c’est bien Titeuf que l’on aperçoit, avec sa légendaire mèche rebelle. En version marionnette de mousse bien sûr, mais le héros de Zep vient malgré tout de prendre vie sous nos yeux.

Les comédiens en train de manipuler les marionnettes sur scène
Les marionnettes sont menées à la baguette par les comédiens!

Il est accompagné de son fidèle copain Manu et tous deux semblent en pleine discussion. Tirant les ficelles (ou plutôt maniant la baguette): Karim Slama et le jeune comédien Blaise Bersinger. Il est 10 h 30 et la répétition de «Titeuf, le pestacle» bat son plein.

Jean-Luc Barbezat donne ses directives depuis son pupitre de metteur en scène
Jean-Luc Barbezat donne ses directives depuis son pupitre de metteur en scène et n’hésite pas à chambrer Karim Slama.

«A cause de Karim, on reprend.» Pince-sans-rire, Jean-Luc Barbezat lance sa consigne depuis son pupitre de metteur en scène et n’hésite pas à chambrer l’humoriste vaudois.

Si c’est bel et bien ce dernier qui a imaginé, écrit et produit le spectacle – qui sera joué au Casino de Montbenon à Lausanne dès le 31 août 2016, puis en tournée de plusieurs mois à travers la Suisse romande – il a fait appel à son complice de longue date pour l’aider à le diriger.

Difficile en effet d’être à la fois au four et au moulin: Karim Slama endosse également le rôle-titre. Quant à Barbezat, il n’a pas hésité. «Avec Karim, on travaille souvent ensemble, on se comprend, on se complète.

Et puis, on a besoin de ce genre de spectacles originaux, c’est une vraie aventure.»

Dans le genre novateur, le pestacle fait fort, en effet. Outre les marionnettes manipulées par des comédiens volontairement dévoilés au public –

Cette transparence me plaisait énormément: cela apporte une certaine naïveté qui convient tout à fait au monde de Titeuf»,

Les marionnettes posées au bord de la scène.
Sans leurs comédiens, les marionnettes ont l'air de ne pas oser s'aventurer sous les feux de la rampe...

se réjouit Karim Slama – un ingénieux concept technologique transforme le décor en réelle planche de bande dessinée, dans laquelle les cases s’illuminent, s’animent et s’éteignent au fil de l’histoire.

Titeuf ayant pris congé de Manu, c’est la vignette «appartement» qui se retrouve à présent sous le feu des projecteurs. Attablé avec ses parents et sa petite sœur Zizie, notre héros en culotte courte tente de persuader son paternel que chacun peut être maître de son destin.

Jade Amstel et Catherine Guggisberg avec les marionnettes, assises au bord de la scène
Jade Amstel (en arrière-plan) interprète la belle Nadia, l’amoureuse de Titeuf. Catherine Guggisberg, elle, donne vie à Dumbo, la copine de Nadia dont Titeuf se moque à cause de ses oreilles décollées.

Un thème central dans le spectacle: le jeune garçon, las de subir les aléas du quotidien, se voit en effet doté d’un crayon magique lui permettant d’écrire lui-même son histoire et de se rebeller. Au diable la sévérité de la maîtresse, le racket exercé par le grand Diego et la réticence de Nadia! Autant dire que cette prise de contrôle aura surtout tendance à semer la pagaille…

Pour l’heure, Titeuf ne parvient guère à trouver les arguments pour convaincre son père, interprété par Marc Donnet-Monay. «J’ai une bonne tête de papa responsable», s’amuse celui-ci qui, à l’instar des autres personnages adultes du spectacle, n’a pas droit à sa marionnette.

Quand Karim Slama a fait appel à lui pour se lancer dans cette aventure, il a tout de suite accepté: «C’est un beau projet, et j’ai beaucoup d’affection pour Karim!» D’ailleurs, tous les comédiens, ou presque, avaient déjà travaillé avec l’humoriste vaudois. «En revanche, j’ai découvert Blaise Bersinger en assistant à un spectacle d’impro, précise ce dernier:

c’était le sosie de Manu, il possédait la même décontraction naturelle que le personnage.»

L’heure de la pause a sonné. Mais l’équipe peine à quitter la scène et se rassemble autour de la marionnette de Morvax, le perpétuel enrhumé. Et d’observer avec un amusement et un intérêt tout «titeufien» le système avec lequel la morve du personnage coule de son nez… «Les marionnettes ont été fabriquées par Pierre Monnerat, il a réalisé un travail formidable», s’enthousiasme Karim Slama.

Afin d’épauler les comédiens dans le maniement de ces poupées de mousse, une nouveauté pour la plupart d’entre eux, un consultant a été engagé: Lionel Caille, administrateur du Théâtre de marionnettes de Lausanne, qui endosse également les rôles de Vomito, Hugo et du grand Diego.

«Il s’agissait essentiellement de leur expliquer les principes de base, souligne le spécialiste. Ensuite, c’est à chacun de faire ses expériences et

après une semaine de répétition, ils s’en sortaient plutôt bien.»

Les comédiens visibles derrière les marionnettes
Les comédiens qui manipulent les marionnettes sont volontairement montrés sur scène. Manier ces poupées de mousse est une nouveauté pour la plupart d’entre eux.

«Une fois qu’on a compris comment ça fonctionne, il y a de quoi s’amuser», confirme Jade Amstel, qui a la lourde tâche d’interpréter la belle Nadia. S’amuser, vraiment? Ne l’a-t-on pas aperçue, peu avant, se frotter le poignet à la suite d’une manipulation douloureuse?

A chaque scène, il faut s’adapter à une nouvelle position de la main pour actionner la marionnette. Alors oui, on peut avoir une petite crampe de temps à autre, mais avec la pratique, ça passe.»

Karim Slama a dû quant à lui combattre un début de tendinite, le personnage de Titeuf étant omniprésent…

Mis à part ces petits désagréments, l’ambiance est au beau fixe durant la répétition. Même lorsqu’il s’agit de chorégraphier une scène encore en chantier, en l’occurrence celle où les camarades de Titeuf lui repro­chent vivement d’avoir, sur un coup de tête, fait disparaître la maîtresse et l’école grâce à son crayon magique: comment vont-ils pouvoir accomplir la carrière de leur rêve?

Inlassablement, les comédiens reprennent le texte, varient les mouvements, suivent les indications de Jean-Luc Barbezat, proposent eux-mêmes des solutions. Comme le confirme le metteur en scène,

c’est un travail collaboratif»,

Lorsque, à 13 heures passées, l’équipe s’arrête pour manger, la scène commence à prendre forme. Voilà donc un repas bien mérité, partagé dans l’une des salles du théâtre.

Tandis que certains lorgnent par la fenêtre, dans la cour de récré de l’école du coin, pour y repérer des Hugo ou des Vomito en puissance, Karim Slama, facétieux, s’approche en douce d’un Jean-Luc Barbezat endormi – c’est l’heure de la sieste! – pour lui tirer le portrait… Pas de doute, l’atmosphère bon enfant des albums de Zep a envahi les lieux.

Les marionnettes assises dans les rangs du théâtre.
Alors, vous viendrez voir le pestacle?

Texte: © Migros Magazine / Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Stéphanie Meylan