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29 septembre 2014

Quel âge pour la retraite?

Une majorité de Suisses redoute l’élèvement de l’âge de la retraite, tandis que le Conseil fédéral mise plutôt sur une réforme globale du système de prévoyance.

Une femme au cheveux gris pose comme barista derrière le comptoir.
Faire travailler les seniors plus longtemps est une des approches pour réagir au nombre en baisse de cotisants actifs. (Photo: Getty Images)

Les enfants d’aujourd’hui travailleront-ils demain jusqu’à 75 ans? Selon un sondage mené par l’UBS, une majorité de Suisses s’attend à devoir trimer quelques années supplémentaires avant de pouvoir goûter un repos bien mérité. Car si les caisses de l’AVS ne sont pas encore vides, les réserves devraient commencer à sérieusement diminuer dès 2020. La faute au vieillissement de la population, à l’arrivée massive et groupée des baby-boomers à l’âge de la retraite, à l’augmentation de la longévité. Alors qu’en 1950, une retraite était financée par 9,7 actifs, ce chiffre est passé à 2,4 en 2001, et des projections l’estiment à 1,6 pour 2030... Alors, faut-il prolonger ad aeternam nos années de cotisation?

Si l’idée de poursuivre une carrière professionnelle au-delà de 70 et même 80 ans semble séduire certains (voir aussi en page 12), notre sondage maison montre que la plupart des gens préférerait un statu quo. Qu’ils se rassurent: la réforme Prévoyance Vieillesse 2020 proposée par le Conseil fédéral ne prévoit pas d’élever l’âge de la retraite à 67 ans (comme continue à le préconiser Pascal Couchepin), tout au plus d’harmoniser celui de l’homme et de la femme en les fixant tous deux à 65. Une décision plébiscitée d’ailleurs à 75% par le peuple.

Une épargne forcée pour financer l’EMS

Pour assainir les réserves de capital vieillesse, d’autres mesures sont envisagées, comme la généralisation d’une retraite flexible entre 62 et 70 ans, l’abaissement du taux de conversion du capital LPP et un financement additionnel de l’AVS par la TVA. Le groupe libéral Avenir Suisse suggère une épargne forcée supplémentaire de 285 francs par mois dès 55 ans pour établir un capital réservé aux frais d’EMS. Pas sûr que cette proposition ne plaise à tous!

«Nous pourrions imaginer des formes de retraite progressive»

Portrait de Jean-François Bickel, avec une bibliothèque en arrière-plan.
Jean-François Bickel

Jean-François Bickel, professeur à la Haute Ecole fribourgeoise de travail social et chercheur du Pôle national de recherche RN LIVES, en France, répond aux questions de Migros Magazine.

D’après un sondage mené par l’UBS, une majorité de Suisses s’attend à un relèvement de l’âge de la retraite. Pensez-vous, vous aussi, que cela soit inévitable

Je me méfie de cette notion d’inéluctabilité. Il est évident que le vieillissement de la population remet en cause notre système de retraite, que d’ici quelques années les dépenses et les recettes de l’AVS seront déséquilibrées, et que nous devons réagir. Mais les mesures que nous pouvons prendre sont variées et n’impliquent pas nécessairement un passage uniforme à la retraite à 67 ans pour tous, par exemple.

A votre avis, quelles mesures pourrions-nous prendre?

Il s’agit plutôt de combiner plusieurs mesures. Le Conseil fédéral semble l’avoir bien compris avec son projet Prévoyance Vieillesse 2020 qui s’engage sur une réforme globale du système, prenant en compte 1er et 2e piliers. Il est par exemple prévu de comptabiliser les cotisations versées entre 18 et 21 ans afin de permettre à ceux qui sont entrés tôt sur le marché du travail de s’arrêter avant les autres. Nous pourrions également imaginer des formes de retraite progressive, avec une réduction du temps de travail entre 62 et 67 ans. Ce qui importe avant tout, c’est de prendre en considération les parcours de vie très différents et les situations très inégales des personnes arrivant à la retraite.

Préconisez-vous donc une retraite à la carte?

Pas forcément, ou plutôt pas sans prendre la peine d’instaurer certaines règles permettant de préserver les mécanismes de solidarité de notre système de retraite. Sans cela, seules les personnes jouissant de suffisamment de moyens pourraient être effectivement en mesure de choisir «à la carte», tandis que les travailleurs économiquement défavorisés pourraient n’avoir d’autre «choix» que de continuer à travailler.

Qu’en est-il des jeunes? Ne seront-ils pas lésés si nous travaillons plus longtemps?

Il n’y a pas de lien mécanique et simple entre les deux. Pour les pays qui, comme la France, ont pendant longtemps favorisé un départ plus précoce à la retraite des travailleurs pour favoriser l’embauche des jeunes, le résultat est loin d’être mirobolant, avec un taux de chômage de ces derniers qui est encore très problématique aujourd’hui.

Texte: © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman