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7 décembre 2015

Quel nouveau visage pour le Conseil fédéral?

Mercredi le Parlement choisira un nouveau Sage. C’est en principe l’UDC qui devrait prendre la place laissée vacante par Eveline Widmer-Schlumpf. Mais si l’élection de cette dernière en 2007 nous a bien appris une chose, c’est que rien n’est joué d’avance.

Photo officielle du Conseil fédéral photo
Qui prendra la place d’Eveline Widmer-Schlumpf sur la photo officielle 2016 du Conseil fédéral? (Photo: Keystone)

En 2007, Eveline Widmer-­Schlumpf avait bouleversé l’échiquier politique en étant propulsée conseillère fédérale au nez et à la barbe de Christoph Blocher. Alors qu’elle s’apprête à quitter ses fonctions, devons-nous nous attendre à un semblable coup de théâtre le 9 décembre sous la Coupole?

Selon toute probabilité, l’élection de mercredi ne devrait pas nous réserver de (trop grosse) surprise. Formule magique à l’appui, l’UDC revendique un deuxième siège, et il est fort probable que l’un des candidats qu’elle propose – le Zougois Thomas Aeschi, le Vaudois Guy Parmelin et le Tessinois Norman Gobbi – accède au rang de Sage.

Reste à savoir lequel des trois l’emportera. Le jeune loup alémanique, favori vraisemblable de son parti? A moins que son inexpérience parfois décriée ne profite au vigneron romand... Ou que l’argument linguistique ne joue en faveur du canton italophone, absent du Conseil fédéral depuis 1999.

Bref, si Ueli Maurer est quasi assuré de se voir bientôt rejoindre par un camarade de parti, le flou règne encore quant à l’identité de ce dernier.

On ignore également de quel département héritera le nouveau venu. La logique voudrait qu’il reprenne le poste laissé vacant par Eveline Widmer-Schlumpf, à savoir les Finances. Mais Alain Berset, à la tête de l’Intérieur, s’est d’ores et déjà déclaré ouvert à un changement. Et il ne serait pas impossible que le conseiller fédéral fraîchement élu se voie refiler le dossier brûlant de l’asile du Département de justice et police...

«En choisissant Thomas Aeschi, l’UDC ne s’est pas facilité la tâche»

Pascal Sciarini, directeur du département de sciences politiques de l’Université de Genève.

L’élection du 9 décembre nous réserve-t-elle une grosse surprise?

A priori, je ne m’attends pas à un coup de théâtre. Je pars du principe que le Parlement élira l’un des trois candidats proposés par l’UDC. C’est bien pour cette raison d’ailleurs que cette dernière a avancé un ticket à trois noms au lieu de deux, comme elle avait l’habitude de le faire jusqu’à maintenant: ainsi, le choix est plus large. Et si aucun des trois n’est élu, ce sera au profit d’un autre UDC. Mais je ne crois pas trop non plus à cette option.

Aucune chance de voir apparaître un candidat non UDC de dernière minute?

Cela m’étonnerait beaucoup. Il y a bien eu des velléités des Verts d’élire quelqu’un qui n’appartient pas au parti agrarien, mais elles restent très marginales.

L’élection est-elle donc jouée d’avance?

Pas forcément. La situation est beaucoup plus ouverte que je l’aurais imaginée. Il est vrai qu’en proposant un tel trio, l’UDC joue une carte stratégique: sous couvert d’offrir une chance aux candidats latins – Guy Parmelin pour la Suisse romande et Norman Gobbi pour le Tessin – elle espère assurer l’élection de son favori, l’Alémanique Thomas Aeschi. Mais j’avoue que je suis surpris de ce dernier choix.

Pourquoi?

Parce que l’UDC ne s’est pas facilité la tâche. Aeschi manque un peu d’expérience, est très ancré à droite, et on lui reproche d’être trop proche de son mentor Blocher. Les partis de gauche et du centre pourraient donc opter pour un profil moins dur, comme celui de Parmelin. L’UDC a pris plus de risques que si elle avait choisi le Grison Heinz Brand. Malgré tout, je pense qu’Aeschi l’emportera.

Mais Guy Parmelin n’est pas hors course...

Non, pas du tout. Ses chances sont plus importantes face à Aeschi qu’elles n’auraient été contre Brand.

Cela dit, la Suisse romande peut-elle vraiment prétendre à un troisième siège au Conseil fédéral?

Ce serait assez inhabituel, et on pourrait nous reprocher à juste titre d’être surreprésentés.

En suivant cette logique, c’est donc Norman Gobbi qui devrait être élu...

En effet, depuis Flavio Cotti, il n’y a plus eu de conseiller fédéral italophone et cela fait plusieurs années que le Tessin demande à récupérer un siège. Mais en ce qui concerne Gobbi, ses sorties à l’emporte-pièce risquent de jouer contre lui.

Assisterons-nous à un jeu de chaises musicales en ce qui concerne la répartition des départements?

Cela dépendra de qui est élu. Aeschi pourrait bien reprendre les Finances laissées par Eveline Widmer-Schlumpf. Il s’agirait ainsi de la seule modification. Mais si un conseiller fédéral déjà en place émet le souhait de changer de département, il y aura peut-être plusieurs rocades.

Le nouveau conseiller fédéral UDC risque-t-il de se voir remettre le Département de justice et police, ainsi que le souhaite notamment Géraldine Savary?

Le scénario est envisageable. Mais l’UDC a bien conscience qu’il s’agit d’un département peau de banane et fera tout pour éviter cette situation.

Finalement, avec notre système de collégialité, l’arrivée d’un nouveau conseiller fédéral, quel qu’il soit, va-t-elle vraiment changer la donne?

Il ne faut pas sous-estimer le rôle du Conseil fédéral. Avec la présence d’un deuxième UDC, le centre de gravité pourrait bien se déplacer vers la droite, notamment pour les questions économiques, financières, de politique sociale et même environnementales.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman