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20 août 2012

Quelle Suisse voulons-nous?

Vincent Kaufmann s'inquiète: avec la pendularité et la bi-résidence, la diversité locale helvétique ne s'appauvrit-elle pas?

Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’EPFL 
et secrétaire général de la Communauté d’études pour 
l’aménagement 
du territoire.

Depuis une vingtaine d’années, en Suisse, se développe un ensemble de formes hybrides de déplacements. Il s’agit de la pendularité de longue distance (travailler loin de son domicile) et de la bi-résidence (avoir deux domiciles, dont un proche de son travail).

Avec les potentiels de vitesse procurés par les transports rapides et internet, il est désormais possible de combiner au quotidien la fréquentation de lieux et l’exécution d’activités qui étaient spatialement impossibles à agencer. Par exemple, travailler à Lausanne et habiter dans une petite commune du canton de Fribourg, à Aigle ou dans la région de Bienne ou de Meyrin, car on peut se déplacer vite. Ainsi, la nouveauté de ces mobilités tient au fait qu’elles permettent d’une certaine manière d’annuler la distance. La vitesse et les réseaux de communication ont ainsi donné au territoire une propriété de réversibilité qui rend les ménages plus sédentaires au plan résidentiel.

Faut-il vraiment renforcer la capacité des réseaux de transports?

En Suisse, les mobilités hybrides se développent rapidement, grâce à l’excellent maillage offert par les réseaux routiers et ferroviaires. Le territoire s’en trouve transformé et devient progressivement une grande région urbaine fonctionnelle: on déménage de moins en moins souvent lorsqu’on trouve du travail à 100 km de son domicile.

A l’heure où la saturation progressive des réseaux de transport amène à l’agenda politique la question de grands investissements dans l’accroissement de la capacité des réseaux, il convient de se poser la question: voulons-nous vraiment renforcer cette tendance? D’un point de vue énergétique et financier la question se pose naturellement.

Mais derrière ces enjeux se cache une question encore plus fondamentale relevant du développement territorial: quelle Suisse voulons-nous? Le développement de la pendularité de longue distance ne porte-t-elle pas le germe d’un appauvrissement de la diversité locale qui fait la richesse de la Suisse, sur le plan culturel en particulier? Jusqu’à présent, les politiques de transports ont favorisé ces évolutions sans véritablement le vouloir. Il est temps de les maîtriser, sans doute moins par une politique tarifaire forcément discriminante, que par une régulation des vitesses.

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent par forcément celles de la rédaction.

Auteur: Vincent Kaufmann

Photographe: Cédric Widmer