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12 janvier 2015

Quelque chose de Tournesol

Le Genevois Pierre Genequand a donné son nom à un nouveau cœur de montre en silicium qui bat plus d’un mois sans être remonté. L’invention a séduit le CSEM et Vaucher Manufacture Fleurier qui œuvrent à son développement.

Pierre Genequand devant son invention
L’invention de Pierre Genequand devrait équiper des montres-bracelets d’ici à trois ans.

Pierre Genequand n’est pas homme à se mettre en avant ni à tirer la couverture à lui. «Je suis plutôt introverti de nature», confie-t-il sans ambages. Pourtant, en septembre dernier, cet ingénieur physicien aux allures de professeur Tournesol s’est retrouvé bien malgré lui sous le feu des projecteurs, lorsque le voile a été levé sur sa dernière trouvaille: le régulateur Genequand ! «J’ai été très étonné et fort honoré aussi que l’on donne mon nom à cette invention.»

En fait, cet ancien collaborateur du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) a tout bonnement conçu un nouveau cœur de montre en silicium, nettement plus performant que l’organe réglant traditionnel. «Grâce aux articulations flexibles que j’ai utilisées, on supprime les inconvénients d’usure et de jeu, on diminue le frottement et, par conséquent, la consommation d’énergie.»

Ce «mouvement mécanique révolutionnaire» – comme n’a pas hésité à le qualifier la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) sur son site internet – permet ainsi d’augmenter l’autonomie d’un garde-temps, la faisant allégrement passer d’une quarantaine d’heures à… plus d’un mois!

Un cœur qui bat sans faire tic-tac

Seul «hic» à cette épatante innovation pour ce savant un peu poète: la disparition du fameux cliquetis qui accompagne la marche des secondes, remplacé ici par un léger son en continu.

J’aurais bien voulu que ça fasse toujours tic-tac – vous savez ce bruit qui vous accompagne partout et vous fait vous sentir moins seul –, mais ce n’est pas possible avec cette technologie.»

Il y a quelque chose d’anachronique dans ce discours, d’un peu décalé chez ce scientifique qui maîtrise les techniques de pointe mais ne possède ni téléphone portable ni adresse e-mail. «A mon âge (ndlr: il a 76 ans), je peux me permettre d’envoyer des documents manuscrits.» En revanche, il ne s’est pas autorisé à présenter la maquette en bois et à l’échelle 20 de son régulateur directement à des patrons horlogers. «Si je l’avais fait, c’est sûr qu’ils m’auraient ri au nez!»

Ce «Géo Trouvetou» a eu la sagesse d’aller déjà la montrer au CSEM, là où il avait œuvré jusqu’en 2002, année de sa mise à la retraite. «En partant, je leur avais dit: si je découvre quelque chose d’intéressant, je viendrai vous trouver.» Il est revenu à Neuchâtel deux ans plus tard avec son prototype sous le bras et en est reparti avec un contrat de consultant en poche.

Du prototype en bois au modèle en silicium

Ses anciens collègues ont ensuite réalisé un modèle réduit de son concept novateur afin d’en vérifier la faisabilité avant de se mettre à la recherche d’un partenaire industriel. Ce sera Vaucher Manufacture Fleurier . Un troisième prototype à l’échelle 1:1, en silicium cette fois-ci, est alors fabriqué et greffé à un calibre standard de cette entreprise.

L’opération est une réussite totale puisque le mouvement, qui avait auparavant une durée de marche de huit jours, a fonctionné avec la même précision durant un mois et demi sans interruption! De quoi donner des ailes à cette invention qui devrait équiper des montres-bracelets d’ici à trois ans. D’abord, exclusivement des modèles de la marque Parmigiani. Puis, d’autres sans doute par la suite…

J’ai fait beaucoup d’inventions dans ma vie, mais aucune n’a eu ce retentissement, c’est vraiment la première fois que cela se passe aussi bien.»

C’est vrai que ce Genevois n’a pas toujours eu la baraka! Son idée d’aile sous-marine pour bateau moteur pneumatique, par exemple, est tombée à l’eau, alors qu’il avait des contacts très avancés avec la maison Zodiac. Tout comme l’arrivée des écrans à plasma a enterré son projet de TV à écran plat promis pourtant à un bel avenir au Japon.

«La réussite dépend d’une conjonction d’éléments favorables, il faut arriver au bon moment avec le bon produit», conclut Pierre Genequand avec la modestie qui le caractérise.

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner