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6 juillet 2014

Rachel Maeder, la collectionneuse de frissons

L’âme curieuse et l’œil attentif aux ombres du passé, Rachel Maeder peaufine des intrigues noires sur fond historique. Rencontre à Penthalaz (VD).

Portrait Rachel Maeder
«Qui ne sait se taire nuit à son pays» est un travail de mémoire. J’ai voulu comprendre comment vivait un village à la frontière entre 1939 et 1945, avec cette ambiance trouble de délations, de contrebande. Mes grands-parents parlaient beaucoup de cette époque.»

Un vieux téléphone noir à cadran, une Hermès 2000 que l’on dirait sortie du salon d’Agatha Christie, des affiches rétro et, dans la cuisine, un four à bois à côté d’un évier en pierre des années 30… Sûr que Rachel Maeder, 36 ans, affectionne le passé.

Ces recoins qu’elle inspecte, explore dans les archives cantonales ou fédérales, va gratter jusque dans les constats de police et les journaux d’époque. Mais toujours pour la bonne cause! Puisque cette historienne, diplômée en égyptologie, qui rêvait de mener des fouilles dans la vallée du Nil, écrit aujourd’hui des polars historiques. «C’est venu tardivement en fait, après la naissance de mes enfants. C’était un jeu, je voulais voir si c’était difficile d’écrire un scénario», explique la jeune femme tout en dégustant un café noir.

Couverture du livre Qui ne sait se taire nuit à son pays, le dernier roman de Rachel Maeder.
Qui ne sait se taire nuit à son pays, le dernier roman de Rachel Maeder.

Pari réussi: en deux ans, elle sort un premier roman, Le jugement de Seth, qui trouve très vite un éditeur (Plaisir de lire, 2012). Et enchaîne avec un deuxième, Qui ne sait se taire nuit à son pays, paru à la même enseigne.

Une histoire qui se passe ici, à Vallorbe, entre aujourd’hui et l’ambiance collante de la Deuxième Guerre mondiale: des morts étranges dans un EMS, une grand-mère digne de Miss Marple qui s’entête à vouloir mener son enquête, secondée par son petit-fils, Michael Kappeler, archiviste couche-tard déjà présent dans le premier livre.

Des intrigues joliment ficelées et toujours bien documentées. «Mon dada, c’est vraiment la recherche. Je ne suis pas trop serial killer, plutôt polar historique. Ça permet de faire ressortir les choses cachées, l’ambivalence humaine.»

Une journée dans la vie de Rachel Maeder

Rachel Maeder en train d'écrire sur un ordinateur à son bureau.
Rachel Maeder à son bureau.

8h Jeu de mots
«J’aime écrire le matin. Je note sur un grand panneau les noms des personnages, cela me donne une vue d’ensemble. Dès que je me mets au travail, ça vient. Je n’attends pas l’inspiration! Le plus dur, c’est le premier jet, mettre sur le papier ce qu’on a dans la tête. Après, j’adore retravailler le texte.»

Rachel Maeder, un sécateur à la main dans son jardin, avoue un faible pour les roses.
Rachel Maeder avoue un faible pour les roses.

10 h 30 Madame Rose
«Alors que mon mari s’occupe du potager, la taille des roses, c’est ma mission au jardin! Shakespeare, Westminster, Damas, autant de rosiers que j’ai plantés et qui sont faciles à entretenir. C’est une fleur que j’aime beaucoup pour son parfum, sa forme, sa générosité.»

Rachel Maeder et sa grand-mère en train de feuilleter un album photo.
Rachel Maeder aime partager des moments avec sa grand-mère.

14 h Super Mamy
«J’aime recueillir des témoignages oraux, ce sont toujours des moments de partage. Avec ma grand-maman, on a parlé de l’ambiance à Vallorbe pendant la guerre. Je me suis inspirée d’elle pour le personnage principal: une miss Marple un peu espiègle!»

Rachel Maeder: «J’aime le contact avec la terre.»
Rachel Maeder tout sourire en train de faire de la céramique.
Rachel Maeder aime façonner la terre pendant que ses enfants font du modelage à côté.

16 h Autour du pot
«Je fais un peu de céramique depuis la naissance de ma fille. J’ai besoin d’avoir une activité plus manuelle. J’aime le contact avec la terre, c’est une autre forme de création. Pendant que je tourne, les enfants font souvent du modelage à côté.»

Rachel Maeder au bord accroupie au bord d'un ruisseau.
Rachel Maeder aime marcher dans la nature pour se vider la tête.

17 h 30 Sur les traces de la forêt
«J’adore marcher en forêt, près de chez moi ou dans le Jura. C’est mon sport, ça me vide la tête. J’ai fait beaucoup de randos avec mes parents, quand j’étais petite. Et pour notre voyage de noces, nous sommes partis pour un trek au Ladakh. La marche fait vraiment partie de ma vie.»

Rachel Maeder en train de lire dans un fauteuil rembourré dans le grenier de sa maison.
L'écrivaine s'est aménagé un coin lecture dans le grenier de sa maison.

21 h Plongée en eaux troubles
«J’aime terminer la soirée en bouquinant au grenier, dans mon coin lecture. Je suis une dévoreuse de polars, bien sûr, Camilla Läckberg, Fred Vargas, Dominique Sylvain… J’aime lire avant d’aller dormir, même dix minutes, pour cette sensation d’être dans un monde parallèle, loin du quotidien.»

Une tasse et un pot à lait anciens aux couleurs du Café du Vallon.
La vaisselle des grands-parents de l'écrivaine.

Pièces à conviction
«C’est l’authentique vaisselle de mes grands-parents, qui tenaient le café du Vallon à la frontière du Creux, que l’on retrouve dans le roman. C’est un lieu que j’aimais beaucoup, petite, et où je servais de temps en temps pour rigoler. Quand le café a fermé, je trouvais dommage de tout jeter.»

© Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Christophe Chammartin