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2 février 2013

Radars: outils de prévention ou tirelires?

Les contrôles de vitesse divisent! D’un côté, il y a des automobilistes qui ont le sentiment d’être pris pour des vaches à lait. De l’autre, des collectivités publiques qui affirment vouloir améliorer la sécurité routière. Et si tout le monde avait raison?

radars
Nombre d’automobilistes voient les radars comme de véritables «chasseurs de primes». (Photo: Keystone)
Infographie: Werner Gämperli.
Infographie: Werner Gämperli.

A l’instar de la grenouille de la fable, la quantité de radars et donc le poste «amendes d’ordre» de bien des cantons et communes enflent d’année en année. A tel point qu’aujourd’hui on recenserait en Suisse, selon des chiffres officieux (il n’existe malheureusement aucune donnée statistique en la matière et les corps de police font de la résistance lorsqu’on les interroge à ce sujet), plus de 800 appareils en fonction qui généreraient ensemble des gains estimés à quelque 470 millions de francs.

Si ces hausses à répétition et ces montants mirobolants ravissent, on l’imagine, les trésoriers publics (surtout en ces temps de disette), ils font, en revanche, grimacer une part non négligeable de contribuables-automobilistes qui ont l’impression que l’Etat les empêche de presser sur le champignon et s’acharne, en sus, à les ponctionner.

Les députés jurassiens refusent de nouveaux radars

Le gouvernement jurassien avait ainsi prévu de doubler le nombre de ses radars en 2013 – via la location de deux appareils supplémentaires –, ce qui, par voie de conséquence, aurait… quintuplé les recettes engendrées par les contrôles de vitesse. Eh bien, cette proposition a déclenché un véritable tollé dans la République! Ou plutôt une tempête dans un verre de damassine, puisque les députés, optant pour le statu quo, l’ont finalement rejetée à une large majorité. Cet exemple est assez emblématique pour qu’il vaille la peine de s’y attarder. D’un côté, il y avait des incivilités routières en augmentation. Et de l’autre, un déficit budgété d’un peu plus de six millions de francs. Dans ces conditions, comment résister à la tentation de résoudre, du moins en partie, ces deux problèmes d’un coup de radars magiques? Surtout lorsque l’on est, comme Charles Juillard, ministre à la fois de la Police et des Finances…

L’argument de la sécurité n’a pas séduit

Radar. (Photo: Keystone)
Radar. (Photo: Keystone)

L’Exécutif a eu beau affirmer qu’il n’avait pas «l’intention de pomper dans le porte-monnaie des automobilistes», que son seul but était de «freiner certains comportements sur la route», il s’est finalement retrouvé bien seul face à des opposants qui l’accusaient d’user de ce subterfuge dans le seul but de renflouer les caisses de l’Etat.

Un sentiment partagé d’ailleurs par une bonne frange de la population (l’association Mobilitant.org avait déposé à cette occasion une pétition munie de plus de 6200 signatures) et même par le Syndicat de la police jurassienne qui s’était fendu d’un communiqué pour bien souligner que ses membres comptaient «être perçus en tant que protecteurs des citoyens et non comme chasseurs de primes».

«Le projet jurassien visait à faire de l’argent, très clairement», déclare sans ambages Pascal Prince, président de Mobilitant.org. Ce dernier s’en prend ensuite «à ces autophobes qui veulent punir les pendulaires» ainsi qu’aux limitations de vitesse actuelles qu’il juge dépassées: «Elles datent de 1982 et devraient être revues à la hausse comme cela se fait d’ailleurs dans de plus en plus de pays européens. La vitesse ne tue pas, mais c’est un facteur aggravant.»

Silvan Granig, responsable des relations publiques auprès de Road Cross, la fondation de défense des victimes de la route. (Photo: LDD)
Silvan Granig, responsable des relations publiques auprès de Road Cross, la fondation de défense des victimes de la route. (Photo: LDD)

Silvan Granig, responsable des relations publiques auprès de Road Cross, la fondation de défense des victimes de la route:

Les radars sont nécessaires parce que la vitesse reste la cause n° 1 des accidents mortels de la circulation en Suisse

Cela dit, il admet quand même l’existence de radars tirelires, de «radars énervants» selon son expression, mais ne les cautionne pas. «C’est et cela doit rester des instruments au service de la sécurité routière.»

Le lobby automobile dubitatif

Niklaus Zürcher, le directeur général de l’ACS (Automobile Club de Suisse), enfonce encore le clou: «Dans certains cantons, on ne peut pas s’empêcher de penser que les recettes en provenance des contrôles automatiques de la circulation ne constituent pas seulement un effet secondaire bienvenu, mais sont devenues le but principal des installations. Il faut vigoureusement s’opposer à ces tendances.»

Magali Dubois, porte-parole du bpa (Bureau de prévention des accidents). (Photo: LDD)
Magali Dubois, porte-parole du bpa (Bureau de prévention des accidents). (Photo: LDD)

Certes, mais il faut aussi s’assurer que les automobilistes respectent la loi et donc les limitations. S’appuyant sur des études réalisées dans de nombreux pays, Magali Dubois, porte-parole du bpa (Bureau de prévention des accidents), précise à ce sujet qu’une «augmentation des radars automatiques fixes (visibles) a pour effet de réduire de 16% le nombre d’accidents avec blessés (graves ou non) et même de 39% le nombre d’accidents fatals.»

Puisque ce sont les machines à traire les automobilistes qui irritent, ne faudrait-il pas tout simplement installer des radars uniquement le long des tronçons à risques comme le suggère Pascal Prince? «Il est effectivement censé de cibler les endroits accidentogènes avant tout, répond Magali Dubois. A titre d’exemple, plus de la moitié des accidents mortels ont lieu hors localité, mais seulement 3% des contrôles de vitesse s’y déroulent.»

Reste qu’il est tout aussi important, selon Silvan Granig, d’en poser ailleurs: «Le mieux est quand même d’en mettre un peu partout de façon à renforcer le sentiment subjectif que l’on peut être contrôlé à tout moment. Ce n’est que comme cela qu’il est possible de changer les comportements.» Evidemment, cet argument ne va pas plaire à celles et ceux qui, parfois, se lâchent et roulent à tombeau ouvert.

Une formation à la conduite avant 18 ans?

Or justement, parmi ces derniers, figurent en tête de liste les foufous du volant, les novices du bitume… «Les accidents dus à des excès de vitesse sont souvent causés par de jeunes conducteurs manquant d’expérience», confirme Niklaus Zürcher. Celui-ci plaide donc pour une formation anticipée afin que les teenagers puissent conduire «avant leur dix-huitième anniversaire dans le cadre de courses accompagnées par des personnes appropriées». Une piste à suivre?

En attendant, il y a un moyen simple et efficace de ne pas passer à la caisse: il suffit de… respecter les limitations de vitesse!

Auteur: Alain Portner