Archives
1 juillet 2013

Randonneurs: prenez garde au mal d'altitude!

La Consultation de médecine d’altitude ouvre une antenne à Berne et poursuit son travail d’information et de prévention destiné aux randonneurs avides de sommets toujours plus hauts.

Un patient durant une consultation pour mal d'altitude
Médecine de pointe et savoir-faire permettent d’anticiper certains ennuis grâce à un test ouvert à tous.

On ne s’aventure pas à l’assaut de l’Himalaya comme on partirait en pique-nique, cela paraît évident. Néanmoins, nombreux sont les touristes qui, chaque année, risquent leur vie en moyenne et haute montagne. La cause? Principalement un manque de connaissance de leurs propres limites ainsi que du comportement adéquat. Voilà pourquoi la Consultation de médecine d’altitude, au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), informe le public depuis sept ans, conseils et tests à l’appui.

Claudio Sartori, médecin adjoint du Service de médecine interne, qui étudie avec son collègue Alban Lovis du Service de pneumologie les effets de l’altitude sur le système cardiovasculaire et respiratoire.
Claudio Sartori, médecin adjoint du Service de médecine interne, qui étudie avec son collègue Alban Lovis du Service de pneumologie les effets de l’altitude sur le système cardiovasculaire et respiratoire.

«Il y a quinze ans, notre groupe de recherche a commencé à travailler sur la physiopathologie de maladies liées à l’altitude, explique Claudio Sartori (photo), médecin adjoint du Service de médecine interne, qui étudie avec son collègue Alban Lovis du Service de pneumologie les effets de l’altitude sur le système cardiovasculaire et respiratoire. Au bout de dix ans, nous nous sommes dit qu’on avait appris beaucoup de choses et qu’il était temps d’en informer les randonneurs et passionnés de montagne.»

Une méconnaissance qui s’avère dangereuse

Car comme le relève le spécialiste, «les gens réagissent souvent faux». Il faut savoir que, pour les médecins, l’altitude commence déjà à 2500 mètres. A cette hauteur, qui peut paraître anodine, la baisse de la pression barométrique provoque déjà un manque d’oxygène dans les poumons et le corps entier. Ensuite, plus on monte, plus ce manque d’oxygène augmente. Mais il faut aussi souligner qu’en plus de l’altitude absolue, deux autres paramètres essentiels influent sur le mal: la vitesse à laquelle on monte ainsi que le temps passé sur place. «De plus en plus de trekkings ont lieu en haute montagne», remarque Claudio Sartori.

Et beaucoup de gens croient partir en toute sécurité, sans savoir ce qui les attend, ni que faire en cas de problèmes.

Les abus sur place peuvent également être nombreux. Par exemple, certains groupes, par souci d’économie, réduisent le nombre de jours de leurs randonnées. Supprimant par la même occasion certains paliers d’acclimatation pourtant primordiaux.

Symptômes plus ou moins graves

C’est ainsi qu’après la Consultation proposée au CHUV, certains médecins du même service viennent d’ouvrir une antenne à l’Hôpital de l’Ile, à Berne. Avec celles déjà proposées à Neuchâtel et à Delémont, tous les randonneurs suisses ou en visite dans notre pays peuvent donc s’informer aisément.

Personne n’est protégé du mal d’altitude, pas même le plus grand sportif du monde.

Claudio Sartori fait aussi remarquer que «si l’on amenait tous les Lausannois à 4000 mètres d’altitude, environ 60 à 70% souffriraient de maux de tête». C’est là en effet le premier symptôme du mal aigu de montagne, fréquemment accompagné de nausées, vertiges, état de faiblesse généralisée et insomnies. Un mal qui se soigne avec des médicaments légers, et qui peut régresser si l’on reste tranquille un moment à la même altitude.

Les maux de tête sont le premier symptôme du mal aigu de montagne.
Les maux de tête sont le premier symptôme du mal aigu de montagne.

Mais ces symptômes peuvent se compliquer, à titre d’exemple, d’un œdème cérébral de haute altitude potentiellement mortel, qui oblige la victime à redescendre le plus rapidement possible. Autre cas tout aussi grave, l’œdème pulmonaire de haute altitude, provoqué par une trop grande contraction de l’artère des poumons et qui peut se présenter lorsqu’on monte au-delà de 3500 à 4000 mètres et qu’on reste au moins trente-six heures sur place.

«Dans ces cas-là, la question importante à se poser est: que faire si l’on veut ensuite retourner un jour en montagne? Il existe bien des médicaments qui permettent de mieux s’adapter, mais ils sont aussi source de nombreux effets secondaires. Le rôle du spécialiste est donc de pondérer et de prendre la bonne décision.»

Mécanismes d’adaptation peu connus

Un grand flou subsiste cependant autour des facteurs individuels d’adaptation: chaque personne réagit différemment, à une altitude différente. Ni l’âge ni la forme physique n’ont d’influence, et le phénomène est totalement imprévisible. Seul élément indubitable: le randonneur qui se sent mal une fois à une certaine altitude aura environ 80% de probabilité de se sentir à nouveau malade à cette même altitude, même s’il ne retourne à la montagne que plusieurs années après.

C’est pourquoi la consultation de médecine d’altitude a mis au point un test de simulation à l’altitude – non remboursé par les assurances, sauf en cas de problème déjà connu – et proposé à toute personne désirant faire un trekking en haute montagne. Ce dernier consiste à respirer un mélange de gaz contenant peu d’oxygène qui, s’il est bien supporté, permet de prédire si le sujet aura une bonne tolérance ou pas à l’altitude.

Les personnes qui consultent viennent de tous les horizons: randonneurs ayant déjà été victimes de troubles, personnes qui ne sont encore jamais allées en haute montagne, ou encore souffrant d’une pathologie pulmonaire et craignant l’impact d’un vol long-courrier en avion (pressurisé à 2500 m). Même les agences de voyages commencent à envoyer leurs clients passer l’examen avant de grands treks.

Et tout le monde est accueilli à bras ouverts. Car chaque cas permet, outre une action de prévention essentielle, la récolte de données précieuses pour affiner les recherches médicales sur le sujet.

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Laurent de Senarclens