Archives
10 novembre 2016

Raphaël Gindrat: «Les véhicules autonomes changeront notre façon de nous déplacer»

La start-up BestMile, basée à l’EPFL, développe l’unique logiciel de gestion de flottes de véhicules autonomes sur le marché. Son co-fondateur et directeur Raphaël Gindrat en est convaincu: les transports connaîtront bientôt une nouvelle révolution.

Raphaël Gindrat imagine des taxis sans chauffeur qui amèneraient tous les matins les gens au travail.
Raphaël Gindrat imagine des taxis sans chauffeur qui amèneraient tous les matins les gens au travail.

Quand les véhicules autonomes se déploieront-ils dans nos villes?

Je pense que l’année 2017 sera centrale, avec des petites flottes de véhicules autonomes déployées dans plusieurs villes de par le monde. Et dans dix ans, j’imagine que de tels systèmes seront déjà répandus à large échelle. Mais cela dépendra bien sûr des décisions prises par les sociétés de transport. Et aussi de l’évolution de la législation dans les pays concernés…

On peut donc parler d’une révolution?

Beaucoup de personnes comparent ces nouvelles technologies – basées sur l’intelligence artificielle et des algorithmes complexes – à l’arrivée d’internet il y a une vingtaine d’années. Si le web a modifié en profondeur notre manière de transmettre l’information, les véhicules autonomes changeront eux notre façon de nous déplacer. Alors oui, le mot «révolution» n’est pas disproportionné. 

Comment les grandes marques espèrent-elles investir le secteur des véhicules autonomes?

Il y a deux principales catégories de véhicules autonomes. D’abord, on trouve les petits bus qui existent déjà aujour­d’hui, à l’image des navettes déployées par CarPostal au centre-ville de Sion et dont nous assurons le système de gestion de flotte. Ces véhicules sont conçus pour rouler à des vitesses modestes, généralement entre 15 et 25 km/h, et dans des rayons très limités. Le plus souvent, ils sont déployés sur des sites privés, par exemple des aéroports, des campus, des parcs d’attractions ou encore des sites industriels. De l’autre côté, il y a des sociétés qui mettent déjà sur pied des flottes de taxis sans chauffeur dans de grandes villes, à l’image de ce que fait Uber à Pittsburgh ou la société nuTonomy à Singapour. D’autres encore s’intéressent uniquement au stationnement automatisé dans les grands parkings.

Vidéo: une navette autonome CarPostal circulant à Sion (VS) (Source: Youtube/CarPostal)

On parle le plus souvent des véhicules privés sans chauffeur, à l’image de la Google Car. A vous écouter, il semble que l’on aille plutôt dans la direction de transports publics...

Les véhicules autonomes actuellement sur le marché ne sont pas capables de remplacer nos voitures ou bus. Ils viennent s’inscrire comme un moyen de transport complémentaire à l’offre existante. Ils répondent au besoin des transports publics d’améliorer le service en centre-ville ou dans les zones excentrées, non rentable, et apportent une excellente solution pour le first & last mile. C’est pourquoi les transports publics sont extrêmement actifs sur le marché de la mobilité autonome. De plus, les véhicules autonomes, dans un premier temps, ne seront pas acquis par des particuliers. Et pour une raison très simple: ils sont beaucoup trop chers à la fabrication!

Une voiture autonome, à l’image de la Google Car, doit embarquer sur son toit un équipement d’au moins 100 000 francs.

Au fond, quel est l’avantage des taxis sans chauffeur?

Cela permet avant tout de diminuer les coûts d’exploitation. Car les rémunérations des chauffeurs de taxis représentent environ 80% des charges. Je ne connais personne qui prend le taxi quotidiennement pour aller travailler... Ce serait envisageable avec les transports autonomes: tous les matins, un véhicule pourrait nous attendre devant la maison et nous amener sur notre lieu de travail.

Avec un tel système, on n’a donc plus besoin de personnel?

Il y aura toujours des humains pour surveiller le fonctionnement du système dans son ensemble. Quand un véhicule connaît des problèmes, ces personnes ont alors la possibilité d’envoyer des agents de terrain ou de renvoyer le véhicule au garage par exemple. Dans le futur, on peut imaginer qu’une seule personne sera capable de superviser cinq cents véhicules!

Selon Raphaël Gindrat, directeur de estMile, 2017 sera une année cruciale dans le développement des véhicules autonomes.
Selon Raphaël Gindrat, directeur de estMile, 2017 sera une année cruciale dans le développement des véhicules autonomes.

Quelle est donc la taille optimale de ces véhicules du futur?

Aujourd’hui, ce sont en majorité des petits bus de dix à quinze places qui sont déployés. A l’exemple des navettes de CarPostal à Sion. Mais à terme, je pense que l’on trouvera toutes les gammes de véhicules, jusqu’à des petites voitures de deux places. Encore une fois, c’est la technologie embarquée dans ces véhicules qui est chère. Qu’il s’agisse d’un grand bus ou d’une petite automobile, le prix de cet outil reste identique.

Et pour quels types de déplacement seront-ils le plus adaptés?

Pour les véhicules actuellement sur le marché, on parle du dernier kilomètre, c’est-à-dire de la distance qui sépare notre domicile de l’arrêt de transports publics le plus proche. Le but n’est pas de remplacer les lignes existantes, mais de desservir des zones qui jusqu’ici n’étaient accessibles qu’en transports privés. Cette nouvelle offre sera très intéressante notamment pour les personnes âgées, qui peuvent avoir des difficultés pour se rendre à pied jusqu’à un arrêt de bus. Mais aussi pour les personnes qui ont à transporter des marchandises lourdes et qui ne disposent pas de voiture.

Cette solution permettra d’augmenter la part de la population qui ne possède pas de voiture?

En effet, si l’on veut convaincre davantage de personnes à ne plus utiliser de véhicules privés, il faut se rapprocher d’une solution porte à porte. Le but, c’est donc de ne pas perdre en confort…

BestMile suit donc un but écologique?

Notre objectif est bien sûr de réduire le trafic et de favoriser l’utilisation des transports électriques.

Les villes sont-elles demandeuses de ce type de solution?

Il y a une très forte demande en Europe de projets de transports publics autonomes. La Commission européenne investit depuis plusieurs années dans la recherche liée aux transports publics autonomes, notamment via l’intermédiaire du projet «CityMobil2» dont a bénéficié BestMile.

Souhaitez-vous en savoir davantage? Retrouvez l'interview dans son intégralité en format PDF.

Texte: ©Migros Magazine - Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: François Wavre/Lundi13