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14 octobre 2013

Réchauffement climatique: un bienfait pour les vins suisses?

La vigne est une plante extrêmement sensible aux variations du climat. Pour le meilleur... et parfois pour le pire aussi.

Vue sur le Lavaux
La hausse
 des températures se traduit dans 
les vignes par
 des floraisons, 
des véraisons
 et donc
 des vendanges précoces.

Mandaté par l’ONU, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a présenté tout récemment à Stockholm le premier volume de son 5e rapport. Sa conclusion: le réchauffement climatique est «sans équivoque»! Si l’on en croit les divers scénarios envisagés par ces spécialistes, la température moyenne de la Terre devrait encore grimper de 0,3 à 4,8 °C d’ici à 2100... avec les effets dévastateurs que l’on imagine.

Cette hausse programmée inquiète et fait débat jusque dans les caves pourtant fraîches de nos vignerons. En effet, à l’image de la plante qu’ils cultivent, ces derniers s’avèrent particulièrement sensibles aux sautes d’humeur météorologiques. Ce n’est pas Olivier Viret, chef de département à Agroscope Changins-Wädenswil (ACW) , et à ce titre responsable de la recherche en viticulture et œnologie pour l’ensemble de la Suisse, qui nous contredira:

Le réchauffement climatique figure parmi nos priorités stratégiques. Tous nos projets intègrent d’ailleurs cette composante.»

Cet ingénieur agronome et docteur ès sciences naturelles nous accueille au Centre viticole du Caudoz, un domaine de près de 6 hectares de vigne situé au cœur de Pully et entièrement dédié à l’expérimentation. «On a la chance de disposer ici d’un suivi annuel des principaux stades du développement du Chasselas depuis… 1925.» Quatre-vingt-neuf ans d’observation qui montrent notamment que ce n’est qu’à partir de la fin des années 80 que les températures ont commencé à prendre l’ascenseur.

Olivier Viret, chef de département à Agroscope Changins-Wädenswil (ACW).

Dans la vigne, cela s’est traduit par des floraisons, des véraisons et donc des vendanges précoces. Un phénomène qui s’est déjà produit par le passé, «entre 1940 et 1953», comme nous le précise notre interlocuteur qui tient ainsi à rappeler le caractère cyclique et la grande variabilité du climat sous nos latitudes. Sans toutefois bien sûr nier la réalité du réchauffement climatique.

La crainte d’une intensification des épisodes météo extrêmes

Mais quel est l’impact réel de cette évolution sur les vins produits dans notre pays? «Dans l’ensemble et jusqu’à présent, ils ont profité de ces changements en termes de qualité. Parce que ces nouvelles conditions permettent d’obtenir des maturités toujours plus optimales.» Ce qui n’est pas le cas en Australie et en Californie où cette maturité phénolique s’accompagne désormais d’un taux de sucre et d’alcool très élevé.

En bouche, c’est chaud, c’est cuit… Bref c’est flatteur au premier abord, mais ensuite on fatigue très vite!»

Au Centre viticole du Caudoz à Pully, 6 hectares de vigne sont dédiés à l'expérimentation.

S’ils ne craignent pas encore les coups de chaud (sauf peut-être en Valais où l’on recourt déjà traditionnellement à l’arrosage), les vignerons suisses s’inquiètent, en revanche, de l’intensification des épisodes météo extrêmes (pluies diluviennes, brusques écarts thermiques…) qui stressent le vignoble et nuisent à son épanouissement. Avec, entre autres conséquences, le retour en force du trio maudit: mildiou, oïdium et pourriture grise. «On subit aujourd’hui une pression considérable de ces maladies fongiques à cause d’événements pluvieux violents toujours plus fréquents et de la forte humidité relative qu’ils entraînent.»

Mettre au point des cépages plus résistants

Voilà pourquoi, depuis 1996, les chercheurs d’Agroscope orientent leur travail sur la création de plants de vigne capables de faire obstacle aux attaques répétées de ces micro-organismes. Ils viennent d’ailleurs d’homologuer une nouvelle variété de rouge baptisée Divico , en hommage au mythique et redouté chef helvète. «Avec ce cépage très résistant, on limite le recours aux produits phytosanitaires. C’est vraiment une solution écologiquement intéressante.»

Les échantillons de Chasselas récoltés depuis 1925 prouvent une hausse des températures depuis la fin des années 80.

Olivier Viret verrait-il l’avenir viticole suisse en rose? «Je suis confiant. Que ce soit en termes de qualité ou de diversité, on se trouve dans une situation confortable à l’échelle internationale. Pour l’instant, nos vins bénéficient de ce changement climatique. Reste à voir comment cela évoluera à l’avenir… Mais dans l’agriculture, on est habitué à devoir s’adapter en permanence à cet environnement qui n’est jamais stable et, jusqu’à présent, on a toujours trouvé des solutions.»

Auteur: Alain Portner

Photographe: Christophe Chammartin