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5 janvier 2017

Rendez-vous avec quatre mille ans d’art

La Brafa réunit à Bruxelles chaque fin janvier galeristes et antiquaires venus de toute l’Europe. Dans une atmosphère détendue, et pour un long voyage: de l’âge du bronze à nos jours.

Les œuvres d’art présentées à la Brafa proviennent d’une période allant de l’âge du bronze à nos jours, autrement dit de l'archéologie classique à l’art contemporain.

C’est ce qui s’appelle de tout: peintures, sculptures, bijoux, porcelaines, céramiques, mobiliers, pendules, cadres anciens, livres, manuscrits, verreries, dessins, gravures, tapis, tapisseries, pièces de monnaie, faïences, planches originales de bandes dessinées. Et cela porte un nom: Brafa, pour Brussels Antiques and Fine Arts Fair.

Autrement dit, l’une des plus anciennes foires d’art et d’antiquités qui se tient chaque année à Bruxelles les dix derniers jours du mois de janvier.

Quatre millénaires d’histoire de l’art, répartis sur tous les continents»,

annoncent modestement les organisateurs. Pour faire court: de l’âge du bronze à aujourd’hui. Pour faire long: archéologie classique, art précolombien, art tribal, art asiatique, objets d’art «de la Haute Epoque jusqu’au XXIe siècle». Comme s’il fallait encore une raison pour visiter ou revisiter l’improbable capitale européenne.

Cette année, cent trente-deux exposants seront présents, galeristes et antiquaires venus d’une quinzaine de pays, dont la Suisse. Il aurait pu y en avoir bien davantage: «Nous sommes contraints par les limites physiques du bâtiment que nous exploitons réellement à 100% et même plus», explique le président de la manifestation, Harold t’Kint de Roodenbeke.

Provenance des œuvres attestée

Le bâtiment? Tour & Taxis, un ancien site industriel bruxellois restauré, ensemble d’entrepôts situé le long du canal de Willebroeck, dans le quartier Nord de Bruxelles, et considéré comme «un bijou du patrimoine industriel belge», avec ses façades de briques et de pierre bleue.

La Brafa, résume son président, est un véritable musée éphémère, à la seule différence que toutes les œuvres sont à vendre!»

Une offre qui entend s’adresser à des publics fort divers. «Aux côtés d’œuvres muséales à des niveaux de prix forcément élevés, il est fondamental de pouvoir proposer des pièces plus accessibles, idéales pour commencer une collection ou simplement se laisser tenter.»

Qui dit marché de l’art, dit pièces parfois contestées ou douteuses. Harold t’Kint de Roodenbeke se veut rassurant. «En tant qu’organisateurs et étant nous-mêmes marchands, nous sommes extrêmement attentifs et intransigeants quant à la probité et au professionnalisme de nos exposants. Nous faisons appel à plus de cent experts indépendants à qui nous offrons les services pointus d’un laboratoire scientifique spécialisé.» Sans doute pas un luxe avec plus de 10 000 objets exposés.

Olivier Meessen, de la galerie bruxelloise Meessen de Clerck, spécialisée dans l’art contemporain et qui sera présente pour la deuxième année consécutive à la Brafa, explique l’intérêt pour lui d’une telle manifestation:

Etre là où est la clientèle. Les gens viennent moins facilement dans une galerie, notamment les Flamands qui se déplacent une fois par année à Bruxelles. Si vous n’allez pas vers eux, ils ne viendront pas chez vous.»

L’autre avantage qu’il y voit, c’est que la foire, qui était à l’origine un salon d’antiquaires, «est devenue au fil des années très éclectique et attire un public varié, des gens qui n’ont pas l’habitude de se rencontrer. Ceux qui connaissent l’art contemporain connaissent mal l’art ancien et vice versa, et ici s’instaure une forme de dialogue, de découvertes mutuelles.»

Ambiance décontractée

Selon Olivier Meessen, le visiteur aussi y trouvera largement son compte, côté atmosphère. «La spécificité de la Brafa, c’est le plaisir qu’on peut avoir, alors que d’habitude dans des domaines de niche très spécialisés et plutôt fermés que sont souvent aussi bien l’art contemporain que les antiquités, les gens ont un peu peur, ne sont pas forcément à l’aise, parce qu’ils ne se sentent pas connaisseurs.

Tandis qu’ici avec la multiplicité des domaines, il n’y a aucune raison d’être intimidé, l’ambiance est détendue, agréable, on pourra passer toute une après-midi à découvrir tranquillement plein de choses, alors que devant une galerie, souvent les gens n’osent même pas franchir le seuil.»

A noter que la Brafa propose également une vingtaine de visites guidées exclusives à la découverte des «trésors muséaux, artistiques et culturels» souvent méconnus qu’abrite la métropole belge. Et qu’aussi la fondation Roi Baudoin organi­sera chaque jour de la foire un cycle de conférences, les Brafa Art Talks.

Un hommage sera par ailleurs rendu à l’artiste franco-argentin Julio Le Parc, 88 ans, un des pionniers de l’art cinétique et de l’art optique, qui jongle avec les matières – carton, métal, plastique, bois – et des moteurs pour animer, faire parler et illuminer tout ça. Quatre de ses œuvres, de taille imposante, seront disposées à des endroits stratégiques de la foire.

Au milieu de l’hiver, de quoi avons-nous envie? De lumière, de couleurs, de gaieté, de féerie»,

raconte Harold t’Kint de Roodenbeke, pour justifier ce choix.

Un artiste en tout cas, Le Parc, qui a fait sienne cette forte volonté: «Trouver avec le public les moyens de combattre la passivité, la dépendance ou le conditionnement idéologique, en développant les capacités de réflexion, de comparaison, d’analyse, de création, d’action.» Tout un programme et un vrai catalogue de bonnes résolutions.  

Texte: © Migros Magazine - Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet