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25 août 2014

Attention, nous restons trop assis!

Déjà considéré comme un fléau outre-Atlantique et dans les pays scandinaves, le «too much sitting» va être encore plus difficile à combattre que l’inactivité physique.

Illustration sur le sujet, rester trop assis nuit à la santé.

Et si les salariés assis étaient en train de devenir les nouveaux fumeurs? Une espèce menacée et soupçonnée d’efficacité moindre et de laisser-aller coupable. En Suisse, l’inquiétude face au «too much sitting» n’est encore que murmure. Ailleurs, selon plusieurs études et des voix de plus en plus nombreuses, rester sur sa chaise ou son fauteuil au bureau – avant de s’affaler sur son canapé à la maison – serait tellement mauvais pour la santé que nous serions à la veille de voir le travail debout devenir la norme. Voici donc quelques bonnes raisons de s’y mettre aussi chez nous (un peu) avant la plupart de nos collègues.

C’est meilleur pour la santé

Passer plus de cinq heures par jour assis devant un écran ou un livre augmente de 34% le risque d’insuffisance cardiaque.

Dès huit heures par jour (à peu près la moyenne en Amérique du Nord), on encourt 15% de risque de décès prématuré supplémentaire par rapport à ceux qui s’asseyent moins de quatre heures. Très mauvaise nouvelle pour la plupart des travailleurs du secteur tertiaire, le plus actif de notre pays. «On se prépare, assis, à en mourir», lance même Rob Danoff, un médecin ostéopathe américain. Là-bas, la mode du travail debout revient alors que les signaux d’alarme se multiplient. C’est Thomas Jefferson, l’un des pères fondateurs de la nation étasunienne, qui va être content, lui qui, bien avant que la médecine n’étudie les méfaits de l’excès de sédentarité, restait debout à son bureau.

Douleurs de dos, dégénérescence musculaire, maladies cardiaques et cardiovasculaires, diabète, cancer du côlon, insuffisance du cœur provoquant un essoufflement à l’effort: la liste des risques encourus par notre génération trop assise est longue. «Nous sommes une société qui s’avachit, passant du siège du bureau au canapé de la maison. Et le combinaison peut être mortelle», poursuit Rob Danoff.

C’est bon pour la ligne

John Buckley, un chercheur de l’Université de Chester, étudie les effets sur la santé des salariés profitant d’un aménagement sans chaises. D’abord, il prévient qu’aller au fitness ou faire son footing une fois par semaine ne compense pas les méfaits de la position assise prolongée.

Il rappelle ensuite que sur environ seize heures de veille, nous en passons près de quinze assis. D’après son calcul, si vous étiez debout trois à quatre heures par jour cinq jours par semaine, vous pourriez brûler 30 000 calories de plus annuellement. Entre autres parce que lorsque nous sommes debout, comme lorsque l’on fait du sport, le rythme cardiaque s’accélère et le corps brûle davantage de calories. Autre bienfait de la position debout: elle tonifie la silhouette, contribuant à faire travailler les muscles.

Vous êtes dynamique, et ça se voit

Quel salarié travaillant dans un bureau ne connaît pas la petite somnolence d’après un repas de midi un peu trop riche? Rester debout permet de limiter les effets naturels de la digestion, de même que le «standing desk» rend plus dynamique tout au long de la journée. Et puis, rien de tel pour se faire remarquer dans un open space, dans une position qui donne de la hauteur et montre de la détermination et de l’engagement par rapport à vos collègues avachis devant leurs écrans. Des entreprises comme Google ou Facebook équipent un nombre grandissant de bureaux debout aux Etats-Unis.

Vous prenez la suite de grands précurseurs

Si Winston Churchill, le célèbre premier ministre britannique de la Seconde Guerre mondiale, fumait peut-être un peu trop le cigare pour être qualifié de personnalité «healthy» (saine), il travaillait le plus souvent debout devant un grand bureau en bois. Avec des allures de chaire pastorale, celui de l’écrivain Hemingway, offert par son ami Bill Davis, était aussi en bois mais beaucoup plus petit. Comme Benjamin Franklin longtemps avant lui, l’ancien secrétaire à la défense des Etats-Unis Donald Rumsfeld travaillait debout grâce à un bureau conçu sur mesure. On citera encore l’écrivain américain Philip Roth. Et bientôt vous?

© Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Corina Vögele