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29 septembre 2014

Retraite: ces anciens qui ne lâchent rien...

A l’image d’un Sepp Blatter en piste pour un cinquième mandat à la tête de la FIFA, la tentation de durer n’est pas toujours bien comprise du public. Explications et témoignages.

Inamovible, Sepp Blatter brigue un ­nouveau ­mandat à la tête de la FIFA à 78 ans.
Inamovible, Sepp Blatter brigue un ­nouveau ­mandat à la tête de la FIFA à 78 ans. (Photo: Keystone)

Ils se cramponnent. Ils sont dirigeants d’entreprises, politiciens, hommes de médias, artistes, Dieu sait quoi encore. A l’heure où d’autres depuis longtemps se sont mis à la pêche ou au macramé, eux continuent. Ou veulent continuer. L’exemple le plus spectaculaire, c’est bien sûr celui de Sepp Blatter, tout-puissant patron de la FIFA, en piste, à 78 printemps sonnés, pour un cinquième mandat. Candidat pressenti, et seul en mesure de barrer la route à l’insubmersible Haut-Valaisan, Michel Platini, le boss l’UEFA, a déjà jeté l’éponge et y va de ses sombres pronostics sur la ténacité du vieux Sepp:

Je ne serai pas surpris s’il se représente une nouvelle fois en 2019. Avec lui, tout est possible.

Blatter s’en tamponne. A ceux qui lui reprochent, outre son âge, d’avoir contribué à plonger la FIFA dans un climat de corruption et de clientélisme, il assène ce principe quasi biblique: «Une mission n’est jamais finie». Et si on vient le chatouiller sur sa soif inextinguible de pouvoir, il botte en touche: «La seule chose que l’on peut me reprocher, c’est de ne pas avoir préparé un successeur. Mais cela, j’aurai le temps lors du prochain mandat.» Allez donc répondre à ça.

Ils sont increvables... et pourtant

Le cas de Blatter n’est pas isolé. Le conseiller national vaudois Jacques Neirynck, 83 ans et trois mandats sous la coupole, s’est vu refuser par son parti une nouvelle candidature, au Conseil des Etats cette fois. Tant pis, il ira quand même. (Lire encadré).

Chaque situation est évidemment différente pour chacun de ces glorieux anciens qu’on a l’impression d’avoir toujours vus à leur poste. Léonard Gianadda incarne, quasi physiquement, la fondation qu’il a créée, au point qu’il semble impossible de séparer l’homme de l’institution (lire encadré). Un Henri Dès, 94 Olympia au compteur et pas loin d’un demi-siècle de carrière, continue de remplir les salles. Pourquoi s’arrêterait-il? (Lire encadré). D’autres auraient bien continué mais en ont été empêchés. Tel l’animateur Jean-Charles Simon, qui s’est vu brandir par sa direction, et à la fureur des auditeurs, l’âge légal de la retraite pour mettre fin au mythique Aqua Concert présenté avec Patrick Lapp.

Il y en a bien sûr qui font le choix inverse. Le vibrionnant Claude Frey, véritable lapin Duracell de la politique et qu’on imaginait volontiers ne jamais pouvoir s’arrêter, a mis fin à sa carrière en 2003 déjà. C’est sur un support médiatique adéquat – Générations Plus, «le magazine des cinquante ans et plus» – qu’il justifie a posteriori ce choix de la mise en retrait:

Je ne regrette pas d’avoir quitté mes fonctions, sinon j’en serais réduit à me morfondre comme un vieux scrogneugneu.

«On m’arrête dans la rue pour me dire de tenir bon»

Jacques Neirynck, 83 ans, conseiller national.

Jacques Neirynck, 83 ans, conseiller national.
Jacques Neirynck, 83 ans, conseiller national. (Photo: Keystone)

«Mon parcours politique n’a rien d’extraordinaire: j’ai été élu en 1999, j’ai fait trois législatures au Conseil national. La logique veut qu’ensuite on se présente au Conseil des Etats – c’est ce que font la plupart des élus. Surtout qu’habituellement la première législature est consacrée à l’apprentissage de la fonction. C’est après deux ou trois mandats que les parlementaires sont bien formés. Il est donc absurde de partir à ce moment-là. Je vous signale que bien des gens ont commencé la politique très jeunes et ont une carrière bien plus longue que la mienne et sont donc tout autant sujets au risque de répétition ou de lassitude.

»En m’évinçant le PDC vaudois a commis une erreur, qui égratigne son image, pas la mienne, qui suis plutôt une victime dans cette affaire. J’ai l’impression d’être soutenu par l’opinion publique, on m’arrête dans la rue pour me dire de tenir bon. Même chose au Parlement. La seule réaction négative, c’est un écho ordurier dans «Le Matin».»

Un entretien de Jacques Neyrinck diffusé sur TV5 Monde (Source: Youtube)

Son avis sur le cinquième mandat de Sepp Blatter:«Je n’en pense rien. Je n’ai jamais vu un match de football de ma vie. Pour moi le foot, c’est le nationalisme et la violence.»

«Place aux jeunes... à condition qu’ils soient bons»

Léonard Gianadda, 79 ans, ingénieur, promoteur, mécène.

Léonard Gianadda, 79 ans, ingénieur, promoteur, mécène.
Léonard Gianadda, 79 ans, ingénieur, promoteur, mécène. (Photo: Charly Rappo)

«Le mot retraite ne fait pas partie de mon vocabulaire. Quand je vois passer les papis avec leurs mamies et leurs caddies ça ne fait pas vraiment envie.

C’est triste, ces couples qui n’ont plus rien en commun que la date de leur mariage.

Ma succession à la Fondation, tout ce que je sais, c’est que je ne serai pas là pour voir ça. Si quelqu’un veut prendre ma place, qu’il vienne! Je n’ai rien contre le principe de laisser la place aux jeunes, mais à condition qu’ils soient bons. Ce qui me motive encore, c’est tout simplement le plaisir. Surtout le plaisir de rendre service. Je m’ aperçois que tout ce que j’ai fait ces dernières années c’était pour les autres. On m’a demandé récemment d’être le parrain de cœur d’un hôtel pour handicapés qui va s’ouvrir à Martigny et de m’occuper de la décoration. Je suis donc allé voir chez lui mon ami le peintre Hans Erni, qui a fêté ses 105 ans le 21 février dernier. Vous savez quoi? Je l’ai trouvé en plein travail.»

Son avis sur le cinquième mandat de Sepp Blatter:
«Blatter, j’ai été interne avec lui au collège de St-Maurice, il y a quoi? soixante-cinq ans? Un cinquième mandat, pourquoi pas... Je trouve en tout cas triste de voir que les Suisses le critiquent, que les Valaisans le critiquent, et même les Haut-Valaisans.»

«C’est le public qui décide s’il veut toujours de moi»

Henri Dès, 75 ans, chanteur.

Henri Dès, 75 ans, chanteur
Henri Dès, 75 ans, chanteur

«La retraite n’évoque pas chez moi ce que ça peut évoquer chez d’autres qui s’en réjouissent parce qu’ils auront enfin des journées tranquilles, sans devoir aller au bureau tous les matins. Moi,je n’ai pas connu ça, je n’ai pas de patron, c’est le public qui décide s’il veut toujours de moi.

»J’ai quand même un peu diminué mes occupations professionnelles, ça me permet aussi d’avoir un peu de temps pour moi, pour réfléchir, lire, être bien avec ma femme, me balader.

»Etre passé 94 fois à l’Olympia, certes, le chiffre peut sembler ahurissant. Ça ne me démotive pas, au contraire. Même s’il s’agit d’une chanson que je chante depuis très longtemps, c’est le retour du public qui fait mon plaisir. Se trouver devant 1000-2000 personnes qui chantent mes chansons par cœur, voilà qui est extrêmement gratifiant.»

Clip de "Le Petit Zinzin". (Source: Youtube)

Son avis sur le cinquième mandat de Sepp Blatter:
«78 ans, c’est un âge un peu avancé quand même pour une tâche aussi lourde que diriger le foot au niveau mondial. Mais si lui s’en sent capable… c’est à lui de savoir. On a vu des chefs d’Etat très âgés remplir parfaitement leur rôle avec des décisions pleines de sagesse.»

«Quand on veut noyer son chien...»

Jean-Charles Simon, 66 ans, ex -animateur RTS.

Jean-Charles Simon, 66 ans, ex-animateur RTS.
Jean-Charles Simon, 66 ans, ex -animateur RTS. (Photo: Alexandre Chatton / RTS)

«La suppression «d’Aqua Concert», je n’en garde aucune rancune: c’était une décision marketing prise à l’époque par mes chefs avec la sagesse qui leur est coutumière. Il fallait faire la place à une nouvelle équipe, et quand on veut noyer son chien…

»J’aurais bien continué encore une année – mon camarade Lapp lui n’était pas atteint par la limite d’âge – mais ne dit-on pas souvent qu’on fait toujours l’année de trop?

»Le plus angoissant dans la retraite, c’est que je pensais devoir faire plein de choses pour ne pas m’ennuyer, or finalement non et cela veut dire que je n’ai peut-être plus la même énergie, la même envie. J’écris un peu, je m’occupe de ma famille j’ai la chance d’avoir des enfants encore très jeunes, je suis homme au foyer.

Son avis sur le cinquième mandat de Sepp Blatter:
«A la question de savoir ce que Blatter pouvait faire pour la Suisse, l’humoriste Nathanaël Rochat a répondu: «à part mourir, je ne vois pas». Mais franchement, si j’étais à sa place, quasi maître du monde, je m’accrocherais aussi. Très rares sont ceux qui, disposant d’un vrai pouvoir, se montrent capables d’y renoncer. A part de Gaulle, je ne vois personne.»

Visionner la dernière de "Aqua Concert"
Jean-Charles Simon et Patrick Lapp lors d'un entretien avec Darius Rochebin au sujet d'Aqua Concert (Source: Youtube)

© Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet