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23 novembre 2015

Rêve d’architectes

Considérés comme les stars montantes de l’architecture, le Vaudois David Begert et le Jurassien Sylvain Dubail forment un duo à l’audace assumée. Leurs réalisations sans concession suscitent l’émotion et étonnent sans toutefois détonner.

Sylvain Dubail (à gauche) et David Begert dans une cage d'escalier qu'ils ont crée.
Sylvain Dubail (à gauche) et David Begert ne manquent pasd’innover dansleurs créations, tout en tenant compte des besoins de leurs clients.

L’un vit dans la région lausannoise. L’autre dans les Franches-Montagnes. Le premier vient d’une famille de matheux, d’ingénieurs. Le second est fils d’agriculteur. Tous deux ont décroché un diplôme d’architecte à l’Ecole polytechnique fédérale (EPFL) en 2004.

C’est d’ailleurs sur les bancs de cette école qu’ils se sont rencontrés et appréciés. Ils, ce sont David Begert et Sylvain Dubail du bureau DB, une officine écartelée entre Renens et Saignelégier. Avec une «antenne» dans un bistrot à Neuchâtel.

La distance qui nous sépare nous permet de prendre du recul et de garder de la fraîcheur.»

La cage d'escalier en question
Un jeu subtil de transparence et de reflets habite cette cage d’escalier extérieure réalisée par le duo au Noirmont (JU).

La fraîcheur, c’est sans doute l’un des secrets de fabrication de ces trentenaires au corps d’adulte, mais à l’âme d’enfant. Comme des gosses, ils s’amusent à assembler leurs briques sur une place de village ou dans un pâturage. «Il faut garder le côté ludique du métier, le plaisir de faire», dit l’un.

Quand on tient une idée, il y a de l’euphorie. Quand on travaille sur un projet, il y a de l’ivresse,

ajoute l’autre. Possédé, passionné, ce duo met de la folie douce dans ses créations. Comme cette usine posée au milieu des prés ou cette maison à la façade de gazon.

Artisans poètes

Ce Vaudois et ce Jurassien font dans le sur-mesure, pas dans le prêt-à-habiter.

La maison est comme un miroir qui révèle la personnalité des gens qui l’occupent, elle doit donc correspondre à ce qu’ils sont.

L’important pour nous, au final, c’est que nos clients se sentent bien dans l’intimité de leur nouvel espace.» Pour atteindre ce but, ils soignent les détails, mais se défendent d’être des «ayatollahs de la finition parfaite».

«Nous dessinons presque tout, nous utilisons un logiciel tout nu, c’est-à-dire sans éléments préprogrammés, pour garder cette touche d’artisanat qui nous est si précieuse.»

«Ce que nous aimons, c’est jouer avec la poésie d’un lieu, c’est mettre du sens plutôt que chercher du beau.

Il faut que ça parle aux gens, que ça les interroge, relèvent-ils.

A l’image de ce projet de place à Saignelégier (JU) à travers lequel ils réinterprètent avec du bitume d’aujourd’hui le sol en terre battue et en chaille d’antan. «L’idée, c’est qu’il y ait des empreintes de fers à cheval qui se répètent de manière plus ou moins dense selon les endroits.» Un peu comme si le temps s’était arrêté…

Jeunes talents

L’originalité et l’authenticité de la démarche de David Begert et Sylvain Dubail interpellent. A un point tel que la rédaction de Wallpaper – ce fameux magazine de design international (lien en anglais) créé par le journaliste canadien Tyler Brûlé – les a fait figurer, avec dix-neuf autres bureaux du monde entier, à son palmarès 2014 des «stars montantes de l’architecture».

«Ce qui leur a plu? Sans doute, l’audace de nos réalisations qui sont toujours sur le fil du rasoir, le fait aussi qu’elles soient exécutées avec une économie de moyens, qu’elles sortent de l’ordinaire et qu’elles suscitent de l’émotion.»

«Totalement inattendue, cette distinction nous a donné de la reconnaissance déjà, de la visibilité ensuite et un peu de crédit enfin, poursuivent-ils. Avec Wallpaper, nous avons également eu notre instant paillettes, notre petit quart d’heure de célébrité. Ça fait du bien à l’ego sans pour autant le surbooster!» Ces joyeux lurons n’ont pas attrapé le melon.

Nous n’ambitionnons pas d’inscrire nos noms au panthéon, nous ne faisons pas de l’architecture pour les architectes.»

Ils n’ont même pas de plan de carrière, c’est dire! «Nous avons gardé chacun un job alimentaire à côté pour pouvoir nous offrir le luxe de choisir uniquement des projets qui nous stimulent.»

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Jeremy Bierer